Former 1998 World Cup winner Lilian Thuram answers journalists’ questions during an interview with AFP on April 4, 2018 in Paris. (Photo by Christophe SIMON / AFP)

Lilian Thuram et le racisme dans le foot : retour sur la polémique de la semaine

Une déclaration du Champion du monde 98 a fait polémique cette semaine. On fait le point sur cette affaire.

La semaine dernière, sur la pelouse de Cagliari, en Sardaigne, Romelu Lukaku, nouvel attaquant de l’Inter Milan, a été victime de cris racistes lorsqu’il a donné l’avantage aux siens sur pénalty. La saison dernière, déjà à Cagliari, c’était Moïse Kean et Blaise Matuidi, joueurs de la Juventus Turin, qui avaient été victimes de racisme.

Après l’affaire Koulibaly, en décembre 2018, qui avait vu le défenseur de Naples être la cible d’injures racistes à San Siro de la part de supporters de l’Inter Milan, la fédération italienne avait voulu prendre des mesures. Avait alors été décidé que les matches seraient désormais arrêtés en cas de racisme. Sauf que cela n’a jamais été appliqué, notamment à Cagliari.

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Pour parler de ce racisme ambiant en Italie, le journal Corriere dello Sport a interviewé Lilian Thuram. Le champion du monde 98 prend souvent la parole dans les médias pour dénoncer les discriminations raciales dans le football. Mais cette fois, son analyse a été dénoncée avec virulence. Voici les propos qui ont fait polémique cette semaine :

"Nous devons être conscients que le monde du football n’est pas raciste, mais qu’il existe un racisme en Italie, en France, en Europe et plus généralement dans la culture blanche. Les Blancs ont décidé qu’ils étaient supérieurs aux Noirs et qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent d’eux. C’est quelque chose qui se passe malheureusement depuis des siècles. Et changer une culture n’est pas facile."

Dans la foulée, de nombreuses personnalités, notamment sur les réseaux sociaux, se sont emparées du sujet pour dénoncer le "racisme anti-blanc" dont ferait preuve Lilian Thuram. C’est le cas de Florian Philippot, président du parti des Patriotes :

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La LICRA s’est également emparé du sujet, assurant, dans un communiqué, qu'"il n’est pas possible d’essentialiser un groupe – en l’occurrence 'les Blancs' en le définissant globalement par des caractéristiques uniques qui vaudraient pour l’ensemble de ses membres". Elle ajoute :

"Cette assignation, qui crée un monde avec les 'Blancs' d’un côté et les 'Noirs' de l’autre, n’est pas acceptable si on prétend, comme souhaite le faire Lilian Thuram, combattre le racisme."

D’autres personnalités ont, quant à elles, défendu Thuram, accusant ses détracteurs de vouloir masquer le débat initial qui était celui de la lutte contre le racisme dans le football. C’est le cas de l’ex-joueur Vikash Dhorasoo, qui accuse l’extrême droite d’avoir inventé le racisme anti-blanc, ou de Rokhaya Diallo, qui a profité de l’émission à laquelle elle participe sur RTL pour recentrer le débat sur le racisme :

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SOS Racisme a voulu, à son tour, recentrer le débat, dans un communiqué :

"L’association antiraciste et Sportitude France rappellent que cette phrase est avant tout l’expression d’une exaspération face à l’inaction des instances de football, des pouvoirs publics et des clubs concernant le racisme dans le sport ; et particulièrement l’Inter Milan qui n’en est pas à son coup d’essai en matière de racisme à travers une partie de ses supporters."

Le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, a ajouté : "Le vrai problème n’est pas un morceau de phrase de Lilian Thuram. Le problème, c’est que des Noirs soient accueillis régulièrement par des cris de singe sur des stades de foot dans l’indifférence des autorités et trop souvent de leurs coéquipiers."

Sur RTL, ce jeudi, Lilian Thuram a voulu lui-même désamorcer la polémique, expliquant que ses propos ont été sortis de leur contexte :

"On a fait un amalgame de mes réponses sans mettre les questions […] Ça ferait plaisir à beaucoup de personnes de me mettre dans la catégorie raciste […] Les gens qui sont en capacité de faire des cris de singe à un Noir sont racistes, ils ont un complexe de supériorité qui cache un complexe d’infériorité".

Par Lucie Bacon, publié le 06/09/2019

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