Anne-Laure Salvatico

"J'ai toujours entendu des hommes commenter" : entretien avec Anne-Laure Salvatico

L'une des voix de ce mondial.

Depuis plus de 10 ans, Anne-Laure Salvatico évolue chez Infosport. Présentatrice et rédactrice en chef de plusieurs émissions sur la chaîne du groupe Canal +, cette journaliste de 34 ans a ajouté une nouvelle corde à son arc pendant la Coupe du monde féminine, en devenant commentatrice principale pour la chaîne cryptée.

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Football Stories ⎜ Qu'est-ce que ça fait de débuter le commentaire par une Coupe du monde ?

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Anne-Laure Salvatico ⎜ C'est allé très vite. Il y a deux mois, on m'a demandé si le commentaire m'intéressait et j'ai passé des tests. Je me suis dis que je n'avais rien à perdre, et j'ai fait un essai lors du match Marseille-Angers. Ça s'est bien passé et on m'a dit dans la foulée "tu vas commenter les matches du Brésil dans le groupe C." 

Tu t'es inspirée de certains commentateurs ou tu as tout de suite voulu avoir ta propre patte ?

Je sais que j'ai tout à apprendre, qu'il faut que je progresse. Du coup j'ai écouté les commentateurs de ma chaîne comme Stéphane Guy ou David Berger, parce qu'il y a quand même des codes de commentaires à respecter, comme laisser la place aux consultants et à l'ambiance. J'ai aussi des souvenirs quand j'étais petite de Thierry Gilardi ou de Grégoire Margotton, mais j'ai du mal à dire que j'étais fan d'un commentateur ou que j'avais un modèle. 

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Comment expliques-tu qu'il n'y ait pas plus de commentatrices de foot en France ? 

Par mon parcours, je pense avoir un début d'explication. Depuis que je suis petite, quand je regarde des matches à la télévision, j'entends des hommes commenter. Et ça a toujours été comme ça. Du coup, dans mon esprit, ça n'a jamais été une possibilité que je devienne commentatrice. Pour être honnête, je ne l'ai même jamais envisagé avant qu'on me le propose. Aujourd'hui, ça devient beaucoup plus réel. J'ai un frère qui a deux petites filles, et je me dis qu'elles vont grandir avec l'idée que des femmes peuvent commenter des matches. Plus tard, ça sera une option pour elles ou pour toutes celles qui veulent faire ce métier. 

Tu as l'impression qu'il y a plus d'attente autour de toi du fait que tu es un femme ?

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Honnêtement, non. La pression est plus liée au fait que je débute plutôt que parce que je suis une femme. En tout cas, j'espère que c'est ça. 

Il y a quelques mois, Denis Balbir a créé la polémique en disant que les femmes n’avaient pas le "timbre de voix" pour commenter des matches de football. Quel est ton avis à ce propos ?

Je trouve que ce débat n'a pas lieu d'être. Je peux écouter un homme avec une voix aiguë aux commentaires, ou une femme avec une voix grave. Personnellement, je n'ai pas fait de travail particulier sur ma voix pour qu'elle sonne plus grave. 

Globalement, qu'as-tu pensé de cette Coupe du monde ?

J'ai eu la chance de commenter des matches, mais aussi d'être sur le terrain pour suivre les Bleues. Et en toute honnêteté, ce mondial m'a beaucoup émue. J'ai commencé à jouer au foot il y a 20 ans, et à cette époque on jouait avec les maillots des garçons. On n'avait rien à nous, et ça a beaucoup évolué depuis. Lors du match d'ouverture France-Corée, quand j'ai vu ce stade plein à craquer, ça m'a foutu des frissons. On sent que le football féminin a fait un grand bon en avant avec ce mondial. 

Tu penses que ça va continuer à se développer dans ce sens, ou est-ce qu'il y a le risque que la hype retombe vite à la fin du mondial ?

Je pense que ça va donner l'impression d'un soufflet à la rentrée. À coup sûr, on va voir passer des commentaires du type "vous voyez, plus personne ne regarde maintenant que le mondial est fini." Évidement, il ne faut pas s'attendre à ce que les matches de première division fassent 11 millions d'audience. Mais sur du long terme, c'est certain que cette Coupe du monde va changer les choses. Les jeunes filles qui ont suivi la compétition vont rejoindre des clubs, qui auront eu aussi grandi grâce à ce mondial. Mais il va falloir laisser le temps de digérer cette Coupe du monde. 

Pour terminer, quel est ton avis sur le parcours des Bleues ? Est-ce qu'on doit se satisfaire de ce quart de finale, ou on a le droit d'être un peu déçus ?

À mes yeux, avant toute chose, la grande victoire est en dehors du terrain. Les audiences, les stades pleins à chaque rencontre, l'attachement avec le public... Ce sont des choses inquantifiables. Aujourd'hui, des spectateurs sont capables de citer l'équipe-type, de débattre autour de certains choix du coach par rapport à la place de Cascarino ou celle de Gauvin. On ne voyait jamais ça avant. En un mois, le foot féminin a été apprécié et les gens se sont attachés à cette équipe : ça va bien au-delà du sport en lui même. 

Après, sur le plan sportif, les objectifs n'ont pas été remplis (Noël Le Graët avait parlé de dernier carré, NDLR). Même si c'était compliqué de sortir ces USA, j'ai quelques regrets avec cette équipe de France parce qu'elle s'est mise à jouer un peu tard. Il ne leur a pas manqué grand-chose pour battre ces Américaines. Et d'un point de vue plus global, l'équipe est forte et a de grosses individualités, mais j'aurais aimé qu'il y a une Kadidiatou Diani à tous les postes sur le terrain (rires). Il a parfois manqué un peu de folie à ces Bleues. 

Par Julien Choquet, publié le 05/07/2019

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