Arsène Wenger a répondu à vos tweets : "il faut faire confiance à Pogba et Griezmann"

Comme après chaque match de l'Équipe de France, nous avons rencontré Arsène Wenger afin de lui faire débriefer le match de la veille via vos tweets. Au programme du jour, le match contre l'Albanie. 

Les choix de Deschamps, la pelouse du Vélodrome, les difficultés dans le jeu et le futur des Bleus : autant de points qui ont beaucoup fait parler sur Twitter mercredi soir lors du match contre l'Albanie. Arsène Wenger a répondu à vos tweets afin de décrypter la performance de l'Équipe de France, et ainsi se projeter sur l'avenir des Bleus dans cette compétition.

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"Je pensais qu’il avait de bonnes raisons de faire confiance aux deux. Finalement, il en a décidé différemment, parce qu’il est tous les jours avec les joueurs à l’entraînement et il a des informations que nous ne connaissons pas. Au final, il a réagi comme un bon entraîneur : quand on voit qu’on s’est trompé, il ne faut pas être assez stupide pour persister sur cette mauvaise idée. Il a su être flexible et changer d’attitude en cours de match en faisant entrer les deux joueurs en jeu en repassant en 4-3-3, et il a bien fait.

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On se demande si on va faire jouer nos deux meilleurs joueurs, et on est un des rares pays à faire ça. J'espère que les performances de ces deux joueurs vont calmer ce débat que j’ai trouvé très surprenant toute la semaine. Si on veut avoir une chance de gagner l’Euro, il faut faire confiance à Pogba et Griezmann."

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"Je ne connais pas le Parc de la Courneuve (rires). Mais je suis d’accord pour dire que la pelouse du Vélodrome n'était pas bonne mercredi soir. Est-ce qu'elle était honteuse ? C’est peut-être un mot un peu fort, et ce n’est pas la seule pelouse qui n’est pas convaincante. Le point noir de cet Euro, c’est que les pelouses ne sont pas à la hauteur de la qualité des stades. Je suis à genoux devant le stade Vélodrome : il est lumineux, magnifique, les formes sont superbes et il dégage une vraie atmosphère. Mais il faut que la pelouse soit à la hauteur de ce stade, c'est désormais une obligation."

Deschamps s'est plaint le lendemain dans la presse du concert d'ACDC qui a eu lieu moins d'un mois avant le début de l'Euro. Vous partagez cet avis ?

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"Oui. Il devrait y avoir des contingences qui empêchent les concerts au moins 2 mois avant. On sait bien qu’une pelouse endommagée ce n’est pas en 3 semaines que tu la répares et si tu poses une nouvelle pelouse il faut du temps d’enraciement. Il y a eu une erreur de programmation à ce niveau-là, c'est sûr."

"Il y a des gens qui ont de l’humour (rires). C’est vrai que l’OM n’était pas à la hauteur au Vélodrome cette année, et les Bleus ont énormément souffert mercredi. Il faut dire que collectivement, les Albanais nous étaient supérieurs sur la vitesse de compréhension du jeu.

Quand tu prends chaque joueur français et que tu le compares à chaque joueur albanais en face, individuellement on va plus vite, on est plus fort physiquement, mais collectivement on avait l’impression que les autres étaient plus rapides que nous. On n'était pas à la hauteur à ce niveau-là."

(Il hésite) "Là où je suis d’accord c’est que ça se joue sur des détails. Après, des petites équipes il y en a quand même, l’Albanie n’est pas dans le top 10 au classement FIFA. Toutes les équipes sont difficiles à battre parce qu’elles sont bien préparées, bien organisées : elles sont prêtes.

Quand une équipe prend l’initiative du jeu et qu’elle n’arrive pas à donner le rythme, à créer des décalages par ses passes, elle ne met pas en difficulté l’adversaire. Il faut rendre hommage à l’Albanie pour son intelligence de jeu, cette faculté à nous sortir de notre jeu, c’était remarquable.

Le foot a aujourd’hui un gros problème, c’est que si tu prends l’initiative du jeu et que tu n'es pas assez fort, tu es plus en danger que dangereux. Et on l’a encore vu hier, comme on l’a vu en Premier League cette année, où Leicester a gagné le championnat en ayant 30% de possession à chaque match. Je pense que la France sera certainement meilleure contre les grandes équipes que contre celles face auxquelles on doit faire le jeu parce qu’on n'a pas trouvé notre rythme et notre fluidité pour construire. On sera peut-être plus à l’aise face à de grosses équipes où l’on sait qu’il faut défendre et les cogner en contre parce qu’on a les qualités physiques pour le faire."

"C’est le choix discutable de Deschamps. On est obligé de prendre des décisions qui ne sont pas toujours très populaires et qui se discutent. À la fin il faut que quelqu’un prenne sa décision, et il a pris cette décision en son âme et conscience. Mais c’est vrai que l’étincelle de Ben Arfa, tout le monde a envie de la voir, surtout dans un match comme mercredi soir."

"Il est dur hein (rires). S’il veut faire cette analyse-là je pense qu’il faut analyser le pourcentage de passes vers l’avant de tous les joueurs, le pourcentage de celles qui vont dans le dernier tiers du terrain et comparer tout ça avec les stats de Matuidi. Ceci dit, Blaise est un joueur qui est très fort pour récupérer le ballon, et sa première qualité c’est sa projection sans le ballon vers l’avant. Il a le timing pour se projeter entre le latéral et le défenseur central, donc dans une équipe qui domine comme le PSG il devient très efficace. Mercredi soir, on a été poussif dans la construction du jeu donc ses courses ont été moins efficaces."

Les critiques sont dures envers Matuidi, parce qu'une majeure partie des internautes voient une immunité envers lui, alors que Pogba a été très fortement critiqué après le match contre la Roumanie... 

"J’ai regardé une deuxième fois le match contre la Roumanie, pour me faire une vraie opinion. Je trouve qu'en général, les critiques ont été extrêmement dures sur Pogba. Dans ce match-là, Matudi et Pogba étaient à peu près au même niveau.

Ceci dit, on attend aussi beaucoup plus de Pogba. Mais on oublie qu'il n’a que 23 ans, et qu’à 23 ans c’est difficile d’être le leader de l’Équipe de France. Des gars comme Platini ou Zidane ont aussi été remis en question à cet âge-là. Pogba est en train d’apprendre le métier. On dit qu’il a fait un mauvais geste hier, mais c’est un processus par lequel les joueurs passent. Ils démarrent à 20-21 ans en Équipe de France, tout le monde leur dit : "tu es le plus beau et le plus fort qu’on n'ait jamais eu". Petit à petit se crée de l'attente, et à 22-23 ans on te dit : "hey mon gars, t’apportes pas ce qu’on attendait de toi."

Et d’un coup, tu te retrouves projeté de tout en haut à une remise en question extrêmement brutale. Qu’il n’apporte pas tout ce qu’on attend de lui, c’est normal à cet âge-là. Il sera le joueur qu’on attend à 26 ans. Je n’ai connu aucun joueur qui a porté l’Équipe de France à 23 ans. Aucun. Là il passe par une phase de maturation, on commence à le remettre en question. C’est le test mental dans la carrière d’un grand joueur. Soit il va perdre l’aura qu’il avait, soit il va montrer qu’il est le joueur qu’on attendait et il va encore progresser. C’est la phase normale du très bon joueur sur le chemin du grand joueur."

"Payet il a toute la "Payet technique" pour être extrêment efficace (rires). Il est capable de réaliser n'importe quel geste technique. Le problème de Payet mercredi, c’est qu’il n’était pas dans un grand soir physiquement. Il a beaucoup, beaucoup donné dans le premier match, et ce n'est pas un gars qui a un moteur exceptionnel. Je l’ai trouvé en difficulté physiquement, surtout quand il était dans l’axe."

"Il est partout. Il a surtout l’intelligence d’être sur le chemin du jeu et d’être tout le temps là où il faut être. Et parfois tu te dis, "mais pourquoi tu vas là ?", et il te récupère un ballon que personne n’attendait qu’il récupère. Au bout de 20 minutes, j’avais déjà compté 3 interceptions fantastiques. En Europe, les meilleurs milieux défensifs en font 4 par match. Lui il est au-dessus de 6 en général. C'est exceptionnel."

"Sur le match d’hier il a été dangereux quand même, mais il lui manquait quelque chose. Le problème de la finition c’est que c’est cyclique, hormis quelques exceptions. Et Giroud, c'est un attaquant qui marche particulièrement par cycle. Mais il a quand même cette force mentale d’insister et de continuer à lutter, même si mercredi soir, ça ne lui a pas réussi."

"On a l’impression que Coman a été sorti juste après une action fantastique. Quand tu es entraîneur,  tu es souvent confronté à ce genre de problèmes. Quand tu fais un remplacement, tu prends une décision qui n'est pas immédiate. Le temps que ton remplaçant se change, qu’il se prépare, le joueur que tu vas remplacer peut faire une action extraordinaire et tu es pris en porte-à-faux par rapport à la décision que tu as prise. C'est ce qui est arrivé avec Coman."

"Je pense surtout que ça veut dire qu’on est les plus forts physiquement dans cette compétition avec l’Angleterre et l’Italie. On sentait au fur et à mesure que le match avançait qu'on prenait l'avantage physique, et que les Albanais avaient de plus en plus de mal. Je crois que la sortie d'Ajeti, le défenseur central albanais, nous a favorisé les choses. Il a été impérial, notamment en dégageant un nombre de ballons incroyables. Son remplacement nous a bien facilité les choses, parce que Griezmann n’aurait peut-être pas eu ce ballon de la tête si Ajeti était resté sur la pelouse. Le "Dédé Time" nous convient parce qu'on a cette supériorité physique."

"Quand même, à ton âge tu dois avoir un cœur super solide. Va peut-être boire un petit coup entre la 80ème et la 85ème et revient après comme ça tu seras rassuré (rires)"

"Je les donne toujours parmi les favoris. Je maintiens ce que j’ai dit tout à l’heure, notre force physique sur la durée va être importante, et contre les grandes équipes on aura moins la responsabilité de faire le jeu, et on a la puissance sur les contres pour poser des problèmes à tout le monde. Surtout que je pense que les autres nations favorites ont un point faible : elles sont défensivement vulnérables…

... même l’Italie ?

À part l’Italie oui. C’est la seule équipe qui pour l’instant a convaincu sur un plan purement défensif. Mais les autres équipes sont vulnérables défensivement. Donc ça peut convenir aux Français de se baser sur une situation de départ plus défensive avec la volonté de contrer sur notre vitesse. Je reste persuadé qu'on va aller en finale et qu'on va gagner l'Euro. Mais peut-être entre la 85ème et la 90ème (rires)."

Par Julien Choquet, publié le 18/06/2016

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