Théo Griezmann : "Avec mon père, on sait dès l'échauffement si Antoine est dans un bon jour"

Lorsqu'Antoine Griezmann a marqué face à l'Albanie pour la deuxième victoire des Bleus à l'Euro, il y a un Français qui était encore plus heureux que les autres : Théo, le petit frère d'Antoine. Témoin privilégié de l'éclosion de Griezmann, Théo revient sur cet Euro côté coulisse, pour nous faire vivre la compétition de l'intérieur.

Si vous ne le saviez pas encore, Antoine Griezmann a un petit frère, Théo, qui aime tout autant le foot que son aîné. Entre l'Euro, les cours, la création de sa marque de vêtements, The GZ Brand, et les déplacements pour suivre son frère durant la compétition, Théo nous explique comment il s'organise et soutient son frère qu'il espère voir le plus longtemps possible dans cet Euro à domicile.

Théo Griezmann (Instagram)

Théo Griezmann (Instagram)

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Te rappelles-tu de la première fois où tu as suivi un match professionnel de ton frère ?

La première fois, c'était lors des matches de préparation de début de saison avec la Real Sociedad. Un joueur s'était blessé et Antoine avait été appelé de la réserve en équipe première pour jouer le match avec les pros. C'était son premier avec la Real, et j'étais venu le voir là-bas. Il avait marqué, c'était un truc de malade, une grande fierté.

À l'époque, il n'avait pas encore le nom floqué dans le dos, juste le numéro. Il était titulaire pour le match, et en le voyant rentrer sur le terrain avec les autres joueurs, ça m'a fait bizarre, surtout pour la première fois. Au début tu te dis que c'est comme si tu regardais un match de district, mais quand tu vois qu'il joue contre des joueurs pros, ça fait quelque chose.

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Pour toi, quelle est la meilleure façon pour suivre ton frère quand il joue ?

La meilleure façon, c'est devant la télé. Niveau émotion, c'est au stade, mais le mieux ça reste devant la télé avec mes potes, comme ça on peut débattre au calme.

Quel est le souvenir qui te vient en premier par rapport à un match d'Antoine ?

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C'est le match face à Lyon en tour préliminaire de Ligue des Champions, là où il met le retourné (20 août 2013, défaite 0-2 de Lyon, ndlr). Tu vois le virage des Bad Gones ? Et bien j'étais à droite, dans la tribune latérale, là où étaient les familles. J'étais côté droit du but en fait. Donc quand il a fait le ciseau, il était en face de nous. Quand il a marqué, cela m'a fait tellement bizarre que j'ai cru que la balle n'était pas dedans. C'était tellement incroyable que personne n'a réagi chez les supporters de la Real. C'est seulement quand Antoine est venu vers nous pour célébrer qu'on a compris qu'il y avait but (rires). C'était un truc de fou. On l'a ensuite vu à la fin du match, il m'a filé son maillot et depuis il est encadré chez moi. Je crois que c'est le plus beau souvenir que j'ai eu.

"Les déplacements, c'est uniquement pour les matches des Bleus"

Quel est ton programme pour cet Euro 2016. Tu suis tous les matches ou uniquement ceux des Bleus ?

Je regarde tous les matches parce que j'ai des potes italiens et portugais et si je ne les suis pas, ça va commencer à critiquer (rires). On se fait toujours chambrer, donc quand l'Italie perd comme face à l'Eire (1-0, ndlr) j'aime bien taquiner mon pote italien. Les déplacements, c'est uniquement pour les matches des Bleus.

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Qui l'aurait cru ? #EURO2016

Une photo publiée par THÉO GRIEZMANN (@theogriezmann) le

Justement comment se passent les déplacements ?

Tout est prévu à l'avance. C'est la FFF qui déplace les familles, ils nous envoient les billets. Nous, les Griezmann, on préfère se déplacer à part de l’organisation. Par exemple, on préfère partir nous-mêmes en train, comme on a les billets de la FFF, on rentre directement au stade. On paie notre hôtel, on n'utilise pas les logements de la FFF. On fait tout par nous-mêmes, c'est plus simple. On préfère rentrer le lendemain du match. C'est plus pratique.

Avec les cours, as-tu fais en sorte de pouvoir regarder tous les matches ou vas-tu en manquer certains ?

Je suis en stage, donc je me suis arrangé avec mon entreprise pour pouvoir les prévenir lorsque l'Équipe de France joue. En 2014 pour la Coupe du Monde, j'étais aussi en stage, du coup je l'avais loupé pendant un mois, mais je m'étais arrangé avec l'école. Ils ne m'ont rien dit, juste de profiter donc c'est cool.

"Quand on a marqué, cela a un peu délivré 66 millions de personnes"

Comment sens-tu les Bleus dans cette compétition ?

Au début je trouvais qu'ils peinaient défensivement et offensivement. Mais bon, ils ont tous 50 ou 60 matches dans les jambes, c'est sûr que ça fatigue, surtout que certains n'ont pas forcément eu de semaine de repos, comme Antoine qui a joué la finale de Ligue des Champions ou Rami qui a disputé la finale d'Europa League. Mais ils ont vite repris du poil de la bête et ils sont de plus en plus bons. On espère que pour les phases finales, ils vont être encore meilleurs.

Lors d'un match, arrives-tu à savoir en quelques secondes si Antoine est dans un bon jour ou pas ?

Oui, à l'échauffement. Avec mon père, on sait dès l'échauffement si Antoine est dans un bon jour ou pas. Si on le voit sourire, qu'on ressent qu'il a de la joie de vivre, qu'il est content de jouer, on voit qu'il est dans un bon match. Je ne peux pas trop l'expliquer, mais je le vois tout de suite.

Qu'as-tu ressenti lors du but d'Antoine face à l'Albanie. Ça devait être un match bien spécial... 

Oui ! Tous les journaux le critiquaient. L'Equipe a mis en une "L’inquiétude Griezmann"... (rires) donc automatiquement quand on a marqué, cela a un peu délivré 66 millions de personnes. Franchement c'était une grosse émotion, parce que c'était son premier but à l'Euro, dans une grosse compétition ! En plus il n'avait pas marqué à la Coupe du Monde 2014, donc marquer dans un tournoi majeur avec son pays, c'est une grande émotion. Mais je n'étais pas au stade, j'étais devant la télé avec mes potes donc après on a fait un cortège dans les rues de Mâcon, ma ville, c'était marrant (rires).

"Le plus beau maillot d'Antoine, c'est celui de la finale de la Ligue des Champions cette année"

Refais-tu le match avec Antoine à la fin de la rencontre ?

Oui, quand je vois qu'il loupe par exemple, je lui envoie un message, je le chambre un peu (rires). Après quand c'est trop dur, quand il perd, je l'appelle ou j'essaye de lui envoyer un petit message. Par exemple, je lui dis : "Pourquoi tu n'as pas tiré pied gauche ?", même si je ne suis pas spécialement bon au foot, j'essaye de lui donner des petits conseils. Et quand il gagne, je l'appelle aussi ou je lui laisse un message vocal.

Tu étais au Brésil pour la Coupe du Monde en 2014, où tu as pu rencontrer les Bleus. Lequel t'a le plus impressionné ?

Celui qui m'a le plus impressionné, c'est Benzema. Tout le monde le critique et dit des choses sur lui mais c'est un gars en or, il est super sympa. Les soucis qu'il a n'ont rien à voir avec la personne, moi je trouve que c'est quelqu'un de super gentil. Si tu écoutes les gens, les joueurs en Équipe de France, ils sont tous nuls ou n'ont pas une bonne mentalité, mais quand tu les rencontres vraiment, tu vois que ce sont des gens comme nous, qu'ils sont vraiment au top.

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Tu portes souvent le maillot de ton frère. T'en ramène-t-il d'autres adversaires ?

Oui. Le plus beau maillot d'Antoine, c'est celui de la finale de la Ligue des Champions cette année, et celui de la Supercoupe d'Espagne qu'il a remportée avec l'Atlético en 2014. Il y en a un que j'adore aussi, c'est le premier maillot au monde de l'Atletico qui a été floqué Griezmann. C'est celui qu'il portait quand il a été présenté après son transfert. Et sinon, en dehors d'Antoine, il y a le maillot de Cristiano Ronaldo avec la sélection. Neymar avec le Brésil aussi, celui de Messi, de Benzema et de Ronaldo avec le Real Madrid. Je pourrais aussi mettre celui d'Iniesta également.

Quand tu sais qu'il y a un gros match, l’appelles-tu pour passer ta commande de maillot ?

Oui c'est ça (rires). Un exemple, pour France - Brésil (26 mars 2015, défaite 3-1 de la France, ndlr), je lui ai envoyé un message avant en lui disant : "Prends moi le maillot de Neymar s'il te plaît". Il l'a pris et pour Cristiano, c'était pareil. Il avait demandé à Tiago et il lui a donné. C'est top.

"La finale de la Ligue des Champions cette année, c'était l’ascenseur émotionnel"

Quelle a été ta plus grande émotion de foot avec ton frère ?

C'est la finale de la Ligue des Champions cette année. C'était l’ascenseur émotionnel. Quand il est rentré sur le terrain, je pleurais déjà, parce que tu vois ton frère en finale de Ligue des Champions alors que l'année dernière je la regardais à la télé. Et puis comme cette année c'était à Milan, on était au tout premier rang, vraiment proche du terrain. Et quand la musique de la Ligue des Champions s'est lancée, Antoine m'a regardé et là je me suis dit : "Ça y est on est arrivé, on est au top du football européen". Là aussi j'ai pleuré.

Et puis il y a encore eu un ascenseur émotionnel, parce qu'on prend un but dans les 20 premières minutes (15e, but de Ramos). Antoine a un penalty à la 55e que j'ai dû regarder au moins 15 fois depuis le match. Malheureusement, il tire sur la barre. Carrasco marque à la fin, relance le match et on se dit qu'on peut gagner car on voit que le Real verrouille et qu'ils sont cuits. Puis on arrive à la séance de tirs au but. Antoine frappe en premier, il marque, puis Juanfran rate le sien avant que Cristiano marque. Là c'est le coup derrière la nuque. Antoine pleure, et toute la famille aussi. Dans l'avion en rentrant, c'était la soupe à la grimace. Donc je pense que là où il y a eu le plus d'émotions, c'est la finale de la Ligue des Champions.

#YOUNG

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Tu sais ce qu'a dit Ronaldo à Antoine lorsqu'ils se sont croisés lors de la remise des médailles ?

J'aurais bien voulu lui demander mais je ne sais pas du tout. Il a dû lui dire quelque chose comme : "Tiens bon, tu vas gagner ta Ligue des Champions toi aussi". Mais bon, on a vu ces derniers temps que Ronaldo avait manqué un penalty à l'Euro, Ramos aussi. Mais celui en Ligue des Champions, c'est celui qu'il ne fallait pas louper. C'est pour ça que lorsque Antoine marque le penalty lors des tirs au but pendant la finale, on le voit à la caméra, il dit : "Ce n'est pas celui là que je dois mettre". Donc c'est la loterie. Il tire bien le penalty en plus. Il m'a dit que quand il a pris le ballon, dans sa tête il s'est dit : "fort au milieu". Mais il l'a mis trop forte au milieu et boum la barre.

"Si on pouvait être à la cérémonie et soulever le Ballon d'Or, ce serait beau"

On parle d'Antoine comme d'un candidat au Ballon d'Or. Qu'est-ce que tu en penses ?

On espère ! S'il gagne l'Euro pourquoi pas. Mais vu les monstres qu'il y a devant on va redescendre un peu sur terre. Gagner le Ballon d'Or devant Messi qui cartonne encore cette année, Ronaldo qui a encore gagné une Ligue des Champions et Suarez qui a fini meilleur buteur de Liga avec plus de 50 buts (sic), c'est un peu compliqué. Mais bon j'espère. Si on pouvait être à la cérémonie et soulever le Ballon d'Or, ce serait beau.

Que feras-tu le 10 juillet prochain ?

Je serai à la finale parce qu'il y aura Antoine (rires). Il en a loupé une, donc il faut qu'il se rattrape sur celle-ci. Ce serait encore plus beau de la gagner avec l'Équipe de France.

Par Rémi Dumont, publié le 24/06/2016

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