Le Red Star, c’est (presque) toujours à Bauer

Rue du Docteur Bauer à Saint-Ouen, un vendredi soir. Face à leur stade, les supporters du Red Star, club mythique fondé par ‘Monsieur Coupe du Monde’ Jules Rimet, se retrouvent à l’Olympic pour suivre le match de leur équipe.

L’Olympic, un rad comme il en existe cinquante dans cette ville du 93, fait aujourd’hui partie de la culture Red Star. "Depuis que je suis le Red Star, on s’est toujours retrouvé ici avant les matches, après les matches et pendant la mi-temps", nous raconte Rémi. Il est vrai qu’une des particularités du stade Bauer ces dernières années était d’ouvrir les portes de son enceinte gratuitement après les 45 premières minutes ; les supporters en profitaient alors pour refaire le plein de blondes tièdes et de Ricard sans glace. "C’est donc tout naturellement qu’on se retrouve ici les soirs de Ligue 2 pour suivre le Red Star à la télé".

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Photo Adrien Vautier

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Depuis la montée en deuxième div’, le Red Star ne joue plus à Bauer, au grand dam des supporters qui remplissaient l’an passé les 3 000 places disponibles sur les 10 000 que compte le stade. Avec ses gradins d’un autre âge et son toit en tôle, l’enceinte centenaire, symbole de la banlieue rouge de Paris, semble figée dans le temps. À défaut de mises aux normes du stade Bauer que se disputent le club, la mairie et dans une moindre mesure la région, l’Étoile Rouge a délocalisé ses matches à Beauvais. Un périple de 80km que les supporters audoniens ne peuvent assumer.

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Photo Adrien Vautier

Ce sont principalement les Beauvaisiens qui vont au stade. La navette affrétée par le club sert avant tout à emmener les ramasseurs de balle, laissant seulement quelques places aux fans. "Ce soir, il y a un abonné qui n’a pas pu monter" nous raconte Clément, membre des Red Star Fans. De toute façon, le départ se fait bien trop tôt (18h) pour ces travailleurs qui ne peuvent se permettre de poser des RTT tous les vendredis. Ue fidèle parmi les fidèles regrette amèrement la situation :

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Quitte à poser des congés, autant le faire pour les déplacements. Avec la montée, la saison dernière a été extraordinaire. Ce qui est paradoxal maintenant c’est qu’on souhaiterait presque retourner en National pour revivre les matches à Bauer ! (rires)

En effet, cette idée est combattue par les plus anciens qui ont connu les galères de la DH. "Pour nous, la tribune était un exutoire social, qui se fait à Bauer dans un cadre familial, populaire et anti-fasciste. Tu travailles comme un con toute la semaine en attendant le vendredi soir pour pouvoir exploser. Là, on n’a même plus ça".

Photo Adrien Vautier

Photo Adrien Vautier

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Le match va débuter. On trouve un streaming pas trop crade qu’on branche sur l’écran plat acheté cette année par Akli, le patron du bar. "Avec le stade qu’on aperçoit derrière les fenêtres du bar, ça leur rappelle des souvenirs", balance le bonhomme entre deux Picon-bières. Dans le bar, on a fait de la place pour que tout le monde puisse s’asseoir face à la TV. Clément fait tourner une enveloppe pour le prochain déplacement : "Un car à double étage, on peut y rentrer 90 personnes !" Chacun y va de son commentaire, on célèbre les buts par les mêmes chants qu’on lance habituellement en tribunes. "Le Red Star, c’est à Bauer ! Et le Red Star, c’est à Bauer !"

Photo Adrien Vautier

Photo Adrien Vautier

Par Romain Poujol et César Charb (What’sTheFoot)
Photos : Adrien Vautier (site et instagram)

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Par Romain Poujol, publié le 23/10/2015

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