On était à Wembley pour Angleterre/France

Au regard des derniers horribles événements parisiens, un match de foot peut paraître dérisoire. Mais c’était là plus qu’une rencontre, plus que du sport. Cet Angleterre/France est devenu en quelques heures un symbole de paix, de solidarité et surtout, contre toute attente, de joie. 

Depuis 3 jours, on savait que le match était maintenu, malgré les circonstances. Depuis 2 jours, les Anglais nous avaient promis qu’ils entonneraient la Marseillaise, par respect et par solidarité, et l’hymne français s’était donc retrouvé en une de plusieurs quotidiens anglais. Le protocole avait été inversé, La Marseillaise après le God Save The Queen, un tifo devait être déployé, Lassana Diarra, touché par la perte de sa cousine vendredi soir, était resté avec ses coéquipiers et tous devaient être forts.

Alors on a pensé que l’atmosphère de cette rencontre allait être lourde, que l’ambiance serait plus au recueillement qu’à la fête comme c’est le cas dans les stades anglais. Il n’en a rien été.

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Photo Matthew Kirby

Photo Matthew Kirby pour Konbini

Il est un peu plus de 17h, heure locale, quand on arrive aux abords de Wembley. Les portes du stade ouvrent dans une heure et demie, le match débute dans 3 heures. Dans la large rue qui mène du métro au stade, les journalistes paraissent au fur et à mesure presque aussi nombreux que les supporters. Les cadreurs essayent de capturer le meilleur angle de Wembley et de son arche tricolore pour l’occasion, La Marseillaise est entonnée de nombreuses fois au micro d'intervieweurs avides de belles images à montrer, les supporters se succèdent devant les caméras. Des supporters, d’ailleurs, dont on a parfois du mal à déterminer l’équipe de coeur : les drapeaux français sont partout, même sur les épaules et les joues des Anglais. Du bleu, du blanc, du rouge à n’en plus finir. Et si seulement 2 000 fans français étaient attendus, on a l’impression qu’ils sont alors déjà 10 fois plus.

Il n’a jamais été question de se soumettre à la peur

On interroge quelques uns d’entre eux. Pour certains, la question de ne pas se rendre à Wembley après les attentats de vendredi s’est posée. Mais pour une grande majorité, il n’a jamais été question de se soumettre à la peur. Pour les Anglais, rendre hommage aux victimes des attentats, et plus largement à la France, est "normal". Et des discours comme rarement entendus, surtout aux abords d’un stade, rassurent. C’est le cas de celui de Ian, 37 ans :  "On s’en fout des rivalités, de ce qu’il s’est passé avant, nous serons toujours là pour vous, Français." Cette soirée sera décidément spéciale.

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Photo Matthew Kirby

Photo Matthew Kirby pour Konbini

18h30, les portes du stade s’ouvrent. Dans les coursives, certains terminent de se maquiller aux couleurs tricolores et ajustent leur écharpe du match autour de leur cou pendant que d’autres boivent une dernière bière avant d’aller s’installer. De la bonne humeur, toujours et partout. On s’assoit, l’enceinte se remplit peu à peu, la fanfare se prépare en faisant le tour de la pelouse, les supporters français les plus organisés, banderoles déployées, dans un angle, tout en haut, font déjà beaucoup de bruit. Puis les joueurs entrent sur la pelouse s’échauffer, sont plus que d’habitude encore chaleureusement accueillis. Lors de l’annonce des compo, Morgan Schneiderlin et Anthony Martial, nouveaux chouchous outre-Manche, sont acclamés un peu plus que les autres. Chacun rentre aux vestiaires, le stade est presque plein, il retient son souffle, prêt à vivre un moment d’émotion intense.

Des applaudissements assourdissants, émouvants

Il est bientôt 20h. Les joueurs reviennent, les coaches portent des bouquets, des officiels aussi. Les drapeaux anglais et français sont étendus sur la pelouse. Tous les joueurs anglais sont alignés sur la pelouse, même les remplaçants. À côté les Français. Les iPhone sont prêts, les voix aussi. Le God Save the Queen retentit alors, puis, sans presque aucune transition, La Marseillaise.

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Wembley a chanté la Marseillaise

Quand le stade tout entier de Wembley chante la Marseillaise après les attentats à Paris !

Posté par Konbini sur mardi 17 novembre 2015

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Les paroles défilent comme prévu sur les deux écrans géants, le tifo bleu-blanc-rouge apparaît dans un virage. C’était fort. Mais les minutes qui suivirent le furent infiniment plus. Car les joueurs se sont alors mélangés et regroupés autour du rond central, pour une minute de silence comme jamais respectée, seulement troublée par les lointains moteurs des deux hélicoptères survolant toute la soirée Wembley, puis conclue par des applaudissements assourdissants, émouvants.

Photo Matthew Kirby pour Konbini

Photo Matthew Kirby pour Konbini

Puis le match a commencé, mais plus rien ne comptait. Les joueurs n’y étaient pas vraiment, d’ailleurs. Ben Arfa n’y arrivait pas, Martial était trop timide, Gignac n’avait pas assez le ballon et la France a perdu 2-0, mais on s’en foutait. On n’avait pas vu un match de foot, on avait assisté à un moment unique de l’histoire du sport, de l’Histoire tout court, aussi, peut-être, un peu. En sortant du stade, la fête continuait. En attendant le métro, Français et Anglais entonnaient une dernière fois La Marseillaise, en choeur, puis plus surprenant, YMCA, sans évidemment oublier la chorée, alors que les étrangers éclataient de rire. Tout le monde souriait.

On est allé voir un match à Wembley, et plus que jamais, on a compris que le foot c’était ça : un peu de sport et beaucoup d’amour.

Photo Matthew Kirby pour Konbini

Photo Matthew Kirby pour Konbini

Par Lucie Bacon, publié le 18/11/2015

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