À Leicester, on a vécu un match avec les fans du club qui est en train de marquer l'histoire

Theo McInnes était dans les rues de Leicester, entouré de fans, pour vivre le match des Foxes face à United.

Au début de l’année 2013, la ville de Leicester avait fait les gros titres, car les ossements de Richard III, le dernier roi d’Angleterre issu des Plantagenêt, avaient été retrouvés enterrés dans la ville après une partie de cache-cache de 500 ans. Mais hier, Leicester était à deux doigts de marquer à nouveau l’histoire d’Angleterre, de façon peut-être plus marquante que des ossements retrouvés sous un parking.

"D’après les bookmakers, il y avait dix fois plus de chances pour que Simon Cowell devienne Premier ministre"

Au mois d’août, personne ne prenait Leicester au sérieux, ce qui n’est pas très surprenant pour une équipe montée il y a deux ans et ayant failli être reléguée la saison dernière. Les chances des Foxes semblaient plutôt minces. D’après les bookmakers, il y avait dix fois plus de chances pour que Simon Cowell (un producteur de musique/animateur tv de X-Factor, ndt) devienne Premier ministre.

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Même si les équipes du haut de classement ont joué en-dessous de leur niveau cette saison, affronter Manchester United sur son terrain, ce n’est jamais du gâteau. Les hommes de Ranieri n’ont d'ailleurs réussi à soutirer qu’un point aux Red Devils. Mais, en se trouvant à huit points devant les deuxièmes, Tottenham, Leicester a de bonnes chances de soulever le trophée. Hier, je me suis rendu à Market Street, dans le centre de Leicester pour parler aux passants et prendre le pouls d’une ville qui s’apprête peut-être à entrer dans l’histoire du football.

L'ambiance monte au pub (Theo McInnes)

L'ambiance monte au pub (Theo McInnes)

L’excitation était palpable : tous les supporters de Leicester n’ayant pas fait le déplacement jusqu’à Manchester remplissaient les pubs de la ville. En faisant la queue pour entrer dans l’un des bars bondés du centre-ville, j’ai eu l’occasion de parler à quelques-uns des supporters qui se déversaient dans les rues. Martin, qui était présent avec son fils Ashley et son ami Lou, est un supporter de Leicester depuis sa naissance :

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J’aurais aimé que mon père soit encore vivant. C’est lui qui m’a posé sur un mur pour que je puisse assister à mon premier match, et j’aimerais qu’il soit encore là pour voir ça. Je suis heureux d’être ici avec mon fils, cela fait qu’on est quand même deux générations à assister à ce moment !

C’est alors que Lou a commencé à m’expliquer combien ce jour était important, et ce qu’une victoire signifierait pour les fans :

Je supporte Leicester depuis 50 ans. Il ne s’est jamais rien passé d’aussi fou pour l’équipe. La Coupe de la Ligue, c’était du jamais vu pour le club, mais comparé à ce qu’il nous arrive maintenant, c’est peanuts. C’est historique ce qu’il se passe.

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Ashley l’interrompit pour y aller de son impression :  "J’ai 5 enfants — et ce qu’il se passe, c’est aussi bon qu’un accouchement, voire mieux. Mec, j’échangerais trois de mes gosses contre ce championnat".

De gauche à droite : Lou, Ashley, Martin (Theo McInnes)

De gauche à droite : Lou, Ashley, Martin (Theo McInnes)

À ce moment Man U en avait mis un au fond des filets, et la tension était palpable. En entrant dans la Market Tavern pleine à craquer, il y avait un silence inhabituel. On sentait l’anxiété, mais finalement des cris de joie percèrent le silence lorsque Wes Morgan égalisa. Et il restait encore plus d’une heure de jeu. L’air s’emplit alors de folie et d’excitation, tous les fans trépignaient à l’idée que le titre n’était plus très loin.

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La tension est à son comble (Theo McInnes)

La tension est à son comble (Theo McInnes)

Une fois que l’arbitre a sifflé la mi-temps, les supporters désormais ivres se sont répandus dans les rues, aspirant une dernière bouffée d’air pour se préparer à affronter quarante-cinq minutes angoissantes. Je me suis dirigé vers Paul, un homme bien habillé qui se tenait devant le bar, espérant obtenir quelques analyses.

Désolé, mais je ne suis pas un supporter de Leicester... Je suis pour Leeds. En fait, je suis venu de Sheffield où je travaille comme chauffeur pour un couple indien qui voulait venir voir le match. Mais je suis coincé ici donc je dis bonne chance à Leicester, parce qu’un événement comme celui-là ne se produit que tous les cinquante ans. Cela montre qu’on peut aller très loin avec du travail, de la détermination, et un peu de chance.

Paul et son gros gamos (Theo McInnes)

Paul et son gros gamos (Theo McInnes)

Après Paul, je suis allé voir Rickie, drapé de blanc et de bleu, les couleurs désormais célèbres des Foxes de Leicester. "Jusqu’ici on a très bien joué. Je pense qu’on va gagner. Mais dans le pire des cas, il suffit que Chelsea batte Tottenham demain, et avec la rivalité entre les deux clubs, je pense que c’est possible." Juste par curiosité, j’ai demandé à Rickie ce qu’il comptait faire si Leicester réalisait son rêve dès ce soir : "Si on gagne ce soir, je me la colle direct".

Rickie (Theo McInnes)

Rickie (Theo McInnes)

Tandis que la deuxième mi-temps commençait, je me suis faufilé à l’intérieur du Friary Pub pour sentir la ferveur des fans de Leicester. La seconde moitié du match mettait les nerfs des supporters à rude épreuve. Manchester enchaînait les attaques, Leicester ne devant son salut qu’à son incroyable gardien Kasper Schmeichel. Dans les dernières minutes, Danny Drinkwater a été sanctionné d’un deuxième jaune discutable, mettant les nerfs des supporters en pelote, Manchester obtenant deux coups francs effrayants.

"Richard III veut que nous gagnions"

Le coup de sifflet final est venu arrêter un score qui n’était pas aussi beau que ce qu’espéraient les supporters. Mais un seul point semblait suffire, la victoire en Premier League paraissant quasi assurée. Tandis que les supporters quittaient les pubs et se dispersaient dans la rue, j’ai eu la chance de recueillir l’avis de Saeed, supporter de Leicester depuis son plus jeune âge :

Il faut juste que nous fassions des progrès constants, mais on va y arriver. J’y crois de tout coeur, on peut gagner. Richard III veut que nous gagnions. On a trouvé son corps, mais maintenant on va gagner la Premier League.

Les gens feraient-ils la fête, en dépit du fait que l’équipe n’ait pas vraiment gagné ? D’après Saeed, c’étaient chose certaine : "Moi, je vais faire la fête tout le mois prochain, quoi qu’il se passe. Même si on n’a pas le trophée aujourd’hui, on sait qu’on va l’avoir. On fêtera ça !" Saeed n’avait pas tort, la masse de supporters a commencé à s’animer, transformant le centre de Leicester en un joyeux chaos.

L'ambiance dans la ville (Theo McInnes)

L'ambiance dans la ville (Theo McInnes)

Mais ce n’est pas à Leicester d’en décider. Ils seraient couronnés si jamais les champions en titre, Chelsea, se sortaient de leur confrontation avec Tottenham autrement que par une défaite. Ne tentons pas le destin, mais si Chelsea s’en sort ce soir, peut être que cela veut dire qu’on verra bientôt Simon Cowell entrer au 10 Downing Street.

Reportage réalisé par Theo McInnes, traduit par Dario 

Par Football Stories, publié le 02/05/2016

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