"Je m’énerve quand je vois un ex-joueur voter pour l’extrême droite" : Juninho tacle Ronnie et le candidat Jair Bolsonaro

Le nouveau combat de Juninho. 

Le 7 octobre dernier, les résultats du premier tour de l'élection présidentielle brésilienne sont tombés. Jair Bolsonaro, le candidat d'extrême droite, a obtenu 46% des voix, écrasant ainsi Fernando Haddad (26%), le candidat du Parti des travailleurs (PT) et héritier de Lula. 

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Des résultats inquiétants, qui ont fait réagir Juninho Pernambucano, l'ancienne gloire de l'OL. Dans un long entretien pour El País, le Brésilien a voulu alarmer le peuple brésilien sur les dangers qu'il pourrait encourir en élisant Jair Bolsonaro à la tête du pays. Un entretien traduit par l'excellent site la Grinta, dans lequel la légende de l'OL exprime notamment ses craintes vis-à-vis du silence d'anciens footballeurs brésiliens suite à ces - dangereux - résultats : 

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"Ma conscience politique et ma responsabilité en tant que citoyen se sont développées bien après le moment où j’ai décidé d’arrêter de jouer. J’ai appris les choses en lisant, en voyageant partout dans le monde et en observant comment tout cela fonctionne pour ensuite exprimer mon opinion. Mais c’est clair que le jeune joueur, qui n’est pas l’ami de journalistes et qui n’a personne pour le protéger, va se tuer s'il s'exprime politiquement. Il vaut mieux pour lui d’éviter de dépenser son énergie là-dedans pour se concentrer sur son jeu. Je comprends l’athlète qui joue toujours et qui préfère ne pas se positionner. Mais un ancien athlète qui a une bonne qualité de vie et qui ne s’engage pas dans la situation du pays est inadmissible."

Des critiques sur le silence de certains, accompagnées de quelques leçons pour les anciennes gloires qui prennent la défense du candidat d'extrême droite. Principale personnalité visée : Ronaldinho, qui n'a pas hésité à se positionner comme partisan de Bolsonaro, pourtant ouvertement homophobe, nostalgique de la dictature, et qui prône la répression au pays : 

"Beaucoup de Brésiliens ignorent que d’autres ont été torturés et assassinés pendant la dictature. C’est désespérant de voir des gens soutenir les interventions militaires. L'armée existe pour défendre le pays, protéger les frontières, mais pas pour tuer les Brésiliens dans les favelas. Ils n’ont pas été formés pour cela. Ils disent que je défends le voleur. Mais le peuple doit arrêter avec cette manière de penser que tout crime est égal. L’assassinat est une chose, le vol en est une autre. Je ne peux pas mettre un jeune de 18 ans qui a volé dans une prison. Car quand le mec sort de prison, il veut se venger de la société. C’est pour cela que je m’énerve quand je vois un ex-joueur de football voter pour l’extrême droite. Nous venons d’en bas, nous avons été élevés au sein du peuple. Comment l’oublier ? Comment être de ce côté ? Tu vas soutenir Bolsonaro, mon frère ?"

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Si Juninho admet "ne pas savoir" s'il se lancera dans une carrière politique dans le futur, il admet que son passage en France l'a marqué, notamment au niveau des mentalités, et que sans le football, il n'aurait jamais développé la conscience politique qui est la sienne aujourd'hui  : 

"Ce qui m’a surtout frappé pour la politique, c’est le côté humain des Français. Je pensais que le Brésilien était solidaire. Mais c’est un mensonge. Le Français est solidaire pour de vrai ! Il y a les extrémistes, la partie qui méprise les musulmans, la partie raciste. Mais la majorité du peuple français a une humanité très développée. J’ai vu le plus jeune joueur de mon club recevoir des propositions pour gagner le double de son salaire dans un autre club et refuser parce qu’il jouait dans le club de sa ville et qu’il ne voulait pas en partir. Et moi je ne le comprenais pas. Je regardais uniquement le côté financier. C’était ma mentalité. J’ai vu aussi des joueurs qui arrivaient de pays encore plus pauvres que le nôtre, de pays en guerre civile, avoir plus de respect pour leur prochain et leur éducation. Nous sommes très avides. Je l’ai su parce que j’ai vécu en dehors du Brésil. Le football m’a enseigné à voir le monde. Le football m’a sauvé la vie."

Le 28 octobre prochain, jour du deuxième tour de la présidentielle, Juninho militera à nouveau pour Fernando Haddad, afin d'éviter de voir apparaître une possible nouvelle dictature au Brésil, après celle qui a sévi entre 1964 et 1985. Un nouveau combat pour le milieu de l'OL, bien loin de ceux qu'il a mené sur les terrains pendant plus de vingt ans. 

Par Julien Choquet, publié le 12/10/2018

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