Entretien avec la présidente du FC Paris Arc-En-Ciel, club LGBT de la capitale

En plein Paris, bien loin des strass et des paillettes du PSG, se cache le FC Paris Arc-En-Ciel, club LGBT de la capitale. 

Entretien réalisé en août 2017.

Créé en 1997, le FC PAEC est un club historique de l’Hexagone. Pourquoi ? Il est tout simplement le plus ancien club de football français à lutter contre l’homophobie. Un combat qui, 20 ans plus tard, est malheureusement toujours d’actualité.

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Mélanie Pieters est la présidente du club depuis 2014. Également joueuse de l’équipe féminine, elle s’est livrée sur l’importance de cette lutte et sur les motivations qui animent le FC Paris Arc-En-Ciel. Entretien.

(© Football Club Paris Arc-En-Ciel)

Konbini | Pour ceux qui ne connaissent pas le FC Paris Arc-En-Ciel, pouvez-vous nous présenter le club ?

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Mélanie Pieters | Nous avons aujourd’hui cinq équipes, trois masculines (deux de foot à 7 et une de foot à 11), et deux féminines (une de foot à 7 et une de foot à 11). Il faut savoir qu’à la base, nous avons commencé avec une équipe masculine et une féminine, donc ça s’est très bien développé.

Dès la création, le message était clair : se battre contre l’homophobie dans le foot. À la base, il y avait plus de personnes homosexuelles, ou en tout cas concernées, mais dorénavant il y a de tout. L’objectif étant de lutter contre toutes les discriminations, n’importe qui peut nous rejoindre, tant qu’il ou elle adhère à nos valeurs de tolérance, de vivre ensemble, et de diversité.

Le combat est donc désormais beaucoup plus large…

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Oui. Par exemple, il y a trois ans, une fille est arrivée et ne voulait pas enlever son voile pour jouer au foot. Elle n’avait jamais trouvé de club auparavant, à cause de cela. Avec nous, la seule limite c’est qu’elle ne pouvait pas jouer de matches officiels, car c’est interdit par la FFF. Mais elle a pu s’entraîner avec son voile sans problème. C’est un bon exemple de nos multiples combats, et du fait que nous sommes ouverts à tout le monde.

Quand on voit toutes les actions mises en place en Angleterre pour lutter contre l’homophobie – Charlton notamment, qui partage désormais son nom avec une équipe LGBT –, vous ne trouvez pas que la France a pris du retard à ce niveau ?

Il y a des initiatives, un peu timides…

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Trop timides ?

Oui. Les mobilisations sont souvent noyées avec le combat contre le racisme, et les discriminations en général. En fait, tout est englobé en une journée, et il n’y a rien de spécifique pour lutter contre l’homophobie. Et ça se passe uniquement en Ligue 1, donc les féminines ne sont pas concernées, à l’inverse de l’Angleterre.

Aujourd’hui, quand on écoute la FFF, il n’y a pas de problème d’homophobie dans le foot français. À la fois ils n’ont pas tort, et à la fois ils se trompent. Le problème, c’est que les insultes, ou les dérives homophobes, ne sont quasiment jamais rapportées sur les feuilles de match officielles. Pour que ce soit le cas, il faudrait que l’arbitre les entende, puis les signale, et enfin, que les incidents soient remontés. C’est quasiment mission impossible aujourd’hui à notre niveau.

Ça vous est déjà arrivé ?

L’année dernière, on a eu des problèmes. C’était un match de foot à 7 féminin, sans arbitre officiel. Nous étions menées, puis nous avons commencé à revenir au score en seconde mi-temps. À ce moment-là, l’entraîneur de l’équipe adverse a dit à ses joueuses "on ne va quand même pas se laisser faire par une équipe de pédés". Avant tout, il faudrait lui expliquer qu’on est des filles, donc il y a un petit souci dans ses termes (rires). Certaines ont sûrement été influencées par ses propos, et ça a dégénéré.

On a fait remonter l’incident, et au final les sanctions ont été les suivantes : une amende de 8 € pour chaque club, car les feuilles de match étaient mal remplies. Aucun lien avec les insultes, l’équipe adverse ayant sûrement joué la carte de la victime également. C’est très compliqué d’obtenir justice dans ces cas-là.

Vous jugez donc que la FFF ne prend pas ses responsabilités sur ce genre de problèmes ?

Ils ferment un peu les yeux, et ils n’ont pas envie de se rendre compte du problème. Il y a cette crainte de se faire accuser d’un tas de choses, d’être "pro-homo", comme on a pu le voir récemment avec des associations dans des lycées, ou avec les politiques de la Manif pour Tous.

Le racisme et le sexisme sont des combats qui ne posent pas de problème, mais l’homophobie, c’est différent. Ça mériterait d’être pris à bras-le-corps, comme toute autre discrimination. Quand il y a une histoire de racisme dans un stade, les clubs sont sanctionnés, les supporters aussi. C’est aujourd’hui durement combattu, et c’est très bien d’ailleurs. Les gens ont compris que ce n’était pas normal, et que ce genre de comportement n’avait pas sa place dans un stade. L’homophobie, c’est différent, il suffit de compter les "tire pas comme une fille" ou autre "sale gay" que l’on peut entendre tomber des tribunes.

"En France, on a une particularité : on n’aime pas les communautés"

Le problème n'est-il malheureusement pas que ces expressions sont devenues banales dans un stade de foot ?

Le problème, c’est qu’être homo est aujourd’hui associé à la féminité, et la notion d’être plus faible. C’est pour ça que l’insulte est aujourd’hui banalisée. Ils ne se rendent juste pas compte à quel point c’est homophobe et sexiste de tenir ce genre de propos.

Vous pensez que le sujet est aujourd’hui trop sensible pour être défendu par les instances ?

Visiblement, oui. Même si j’aimerais dire le contraire.

(© Football Club Paris Arc-En-Ciel)

Du coup, quelles sont les solutions ? Une grande campagne de sensibilisation de la FFF ? Un coming out d’un grand joueur ?

Les deux. Je pense que l’un déclencherait forcément l’autre. L’information et la sensibilisation à grande échelle permettraient aux joueurs concernés de se dire "bon c’est safe, c’est le moment de se lancer". Et à l’inverse, si un joueur fait son coming out, d’autres vont suivre. Des questions vont se poser, et il y aurait forcément des campagnes par la suite.

Quand vous dites "c’est safe", cela veut dire qu’actuellement il est dangereux pour un homosexuel de se lancer dans le monde du foot ?

On a la chance d’être à Paris, donc c’est un peu moins un problème. Mais oui, je pense que c’est le cas. C’est arrivé que des filles rejoignent notre club parce que leur ancien coach avait appris leur relation, donc elles ne jouaient plus dans leur ancienne équipe. Il n’y a pas de question de niveau dans ce cas, c’est clairement de l’homophobie.

Nous, on le voit sur les féminines. Certaines n’avaient jamais joué au foot, alors qu’elles sont passionnées. Elles n’avaient jamais osé franchir la porte d’un club avant de connaître l’existence du nôtre. C’est effarant de voir ça en 2017.

Cette année, la photographe de Bournemouth est devenue la première femme transgenre à travailler dans un club anglais. Pourrait-on imaginer la même chose en France ?

J’aimerais bien répondre oui, mais je suis pessimiste sur le sujet. Je vois comment ça évolue, et qu’on est très peu écoutées. Dans la tête des gens, être homosexuel c’est une chose, alors une femme transgenre…

En France, on a une particularité : on n’aime pas les communautés. C’est un mot qui nous fait un peu peur, quelle que soit la communauté. Alors qu’en Angleterre, c’est tout l’inverse. C’est une manière de s’émanciper, d’exister. Les équipes comme la nôtre ont des sponsors, et ce n’est pas le bar du coin. C’est un souci culturel. En France, on a vraiment ce problème avec les communautés. D’ailleurs on nous dit souvent "Mais ils n’ont qu’à aller dans les clubs comme tout le monde, le dire et ça se passera bien… Pourquoi ils se mettent à part ?" Ça serait bien que ce soit aussi simple, mais ce n’est pas le cas.

(© Football Club Paris Arc-En-Ciel)

Pensez-vous que les médias ont également un rôle à jouer dans cette lutte contre l’homophobie dans le foot en France ?

Oui, forcément. Il suffit de voir les diffuseurs, qui tous les ans retransmettent une banderole, un chant homophobe. Alors oui, quand on fait du direct, ce n’est pas évident à contrôler. Mais il faudrait en parler et dénoncer, plutôt que de le cacher rapidement et d’étouffer la chose. Ce n’est pas toujours simple, mais il y a un rôle à jouer.

On peut aussi imaginer que des médias en parlent positivement, mettent en avant votre combat plutôt que de dénoncer des pratiques.

Bien sûr, ça serait très intéressant. Le problème est le suivant : qui va le faire ? Et comment cela sera relayé ? Malheureusement, ce sont souvent des sujets qui tombent dans l’oubli. Bien sûr qu’il y a un rôle à jouer au-delà des incidents, et que de mettre en avant ce souci majeur, plus loin que le foot mais dans notre société, c’est primordial.

Est-ce que ce retard pris par le foot français vous a dégoûtée du foot de haut niveau ?

Moi, non, parce que j’aime trop ça. Mais je sais qu’il y a des personnes dans notre équipe qui ont arrêté de regarder les matches à la télévision. Elles se contentent de pratiquer le football désormais. Le discours est simple : comme il n’y a pas d’actions organisées pour avancer, elles ne veulent pas leur donner d’argent en regardant les matches.

Par Julien Choquet, publié le 26/08/2017

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