Entretien avec Jérémy Nicolas, qui a lancé une cagnotte pour financer son fauteuil de foot

Jérémy Nicolas, joueur de foot-fauteuil de Saint-Étienne, a lancé une cagnotte Leetchi afin de financer l'achat d'un fauteuil dans un but simple : pouvoir exercer sa passion. 

Entre Saint-Étienne, son club, et Toulon, où il vit, il n'y a que 400 kilomètres, mais pour lui c'est un gouffre. Condamné à s'entraîner dans la Loire seulement 4 week-ends par an, durant lesquels se jouent les matches du championnat de France de foot-fauteuil, Jérémy Nicolas est réduit à regarder le ballon chez lui sans pouvoir y jouer.

Mais son amour pour ce sport l'a poussé à lancer une cagnotte Leetchi pour financer son "Strike Force Elite". Ce fauteuil, qui n'est pas remboursé par la Sécurité sociale, est une véritable machine : sans ça, il ne peut pas s'entraîner chez lui. C'est pour cela qu'il a lancé un appel aux internautes. 

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(©️ DR) 

Football Stories | Pourquoi avoir lancé une cagnotte Leetchi ?

Jérémy Nicolas | J'ai des ambitions sportives, qui font que pour la compétition, je suis handicapé par le fait de ne pas pouvoir m'entraîner. J'évolue en championnat de France de foot-fauteuil, je joue à l'ASSE et je ne fais que les matches, car les entraînements sont éloignés de Toulon, où je vis.

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Le club me prête un fauteuil, mais seulement pour les matches. Mon but est d'avoir un fauteuil qui me permettrait de m'entraîner à Toulon, pour avoir l'espoir, pourquoi pas, d'être sélectionné en Équipe de France. C'est comme le vélo : si tu arrêtes de pratiquer, tu perds vite.

Comment vois-tu aujourd'hui l'évolution de la cagnotte ?

Je l'ai lancée y a trois, quatre mois. Au début, ça n'a pas pris, j'ai galéré pour avoir la première centaine d'euros. Mais aujourd'hui, je suis plutôt satisfait de son évolution. 

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J'ai essayé, au culot, de demander à quelques célébrités ou à des joueurs de foot. Mais personne ne me répond, c'est difficile. On m'a dit d'utiliser Twitter, mais le problème, c'est que je n'y comprends rien. J'ai fait des appels à plein de grandes sociétés, mais je n'ai pas eu de réponses. Je suis un peu bloqué en ce moment.

Qu'est-ce que ces fauteuils ont de particulier ?

Ils sont vraiment allégés au maximum. Il n'y a pas de superflu, c'est super bas pour avoir le meilleur centre de gravité possible. L'assise est carrément reculée de manière à avoir tout le poids vers l'arrière. On a aussi des petites roues à l'avant pour favoriser les rotations. Enfin, la batterie et le moteur sont boostés. C'est super sophistiqué.

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C'est surtout très spécifique au foot-fauteuil, tu ne peux vraiment pas te balader dans la rue avec. Les gens ne comprennent pas pourquoi je demande un fauteuil de sport en plus de celui que j'ai au quotidien. L'explication est simple : tu n'as pas du tout le même confort dans un fauteuil classique, les suspensions ne sont pas les mêmes... C'est impossible de rouler au quotidien avec ce fauteuil spécial : si tu essaies, tu t'exploses la gueule (rires) !

(©️ DR) 

Surtout que les fauteuils adaptés au sport ne sont pas vraiment remboursés...

En fait, tu as le droit, tous les cinq ans, de changer de fauteuil. Et la sécu peut te donner jusqu'à 4 000 euros pour cet achat. Mais ils ne font pas cette différence sport/quotidien. J'ai changé de fauteuil il y a trois ans, donc je ne peux pas bénéficier à nouveau de ces aides. Et comme le fauteuil adapté pour le foot n'est pas du tout utilisable au quotidien... C'est compliqué.

Comment as-tu découvert le foot-fauteuil ?

J'ai eu une maladie évolutive : l’amyotrophie spinale. Je marchais jusqu'en 2011, puis plusieurs choses ont changé. Je me fatiguais beaucoup quand je marchais, et moralement, ça n'allait plus. La maladie avait gravement évolué, alors j'ai voulu essayer le fauteuil roulant. Mais à partir de là, mes muscles se sont atrophiés, car la maladie fait que si tu n'entretiens pas tes muscles, tu les perds. Résultat : je ne peux plus marcher du tout aujourd'hui.

En 2012, j'ai assisté à un championnat amical, qui se déroulait dans ma ville. Ça m'a bien plu. J'ai discuté avec plusieurs joueurs de foot-fauteuil, qui m'ont fait essayer leurs équipements. Et j'ai de suite accroché, ça m'a ouvert les yeux. J'ai compris que je pouvais faire autre chose que me morfondre dans ma vie.

J'ai alors cherché les clubs des alentours, puis j'ai découvert celui de La Garde, avec qui j'ai joué jusqu'à être vice-champion en D3, avant de rejoindre l'AS Saint-Étienne. On avait fini premiers de notre poule la saison dernière, avant de perdre en phase régionale.

Comment arrives-tu à concilier le foot à Saint-Étienne et ta vie à Toulon ?

Les matches se déroulent à Saint-Étienne. Il y a quatre, cinq week-ends par an durant lesquels les matches sont organisés, avec quatre rencontres par week-end. Il y a une dizaine d'équipes dans mon championnat, qui s'affrontent dans un système de poules. Les premiers vont en phase régionale, puis en finale nationale pour obtenir le titre de champion de France.

Ton objectif à long terme, c'est les Jeux Paralympiques ?

Non, en fait dans les Jeux Paralympiques, le foot-fauteuil n'est pas représenté. C'est bien dommage, parce que les Bleus ont été champions du monde. On commence progressivement à parler du sport pour les handicapés, c'est bien, mais très peu du foot-fauteuil. J'aimerais bien que cela change.

Pour aider Jérémy, vous pouvez vous rendre directement sur le lien de sa cagnotte.

À relire -> Quand le Mancunien Eric Bailly s'essaye au foot fauteuil

Par Sacha Dahan, publié le 04/10/2017

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