Que vaut réellement l'Australie, le premier adversaire des Bleus au mondial ?

J-1 avant le grand jour pour les Bleus. 

Ce samedi, l'Équipe de France affronte l'Australie à Kazan, pour son premier grand rendez-vous de ce mondial. Et si beaucoup y voient ici l'occasion de prendre trois points facilement, peu connaissent réellement le potentiel de l'Australie, équipe très méconnue en France. Afin d'en savoir un peu plus, on a interrogé Daniel Garb, journaliste sportif pour Fox Sports Australie, qui suit les Socceroos pour la troisième Coupe du Monde consécutive. Entretien. 

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Comment est vécue la Coupe du Monde du côté de l'Australie ?

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Tout le monde est très excité. C'est toujours important pour l'Australie de participer à une Coupe du Monde, parce que nous ne sommes pas des grands habitués. Il faut rappeler qu'entre 1974 et 2006, nous n'avons pas réussi à nous qualifier une seule fois. Donc quand on y parvient, c'est forcément un gros événement. Et même si le premier match nous fait un peu peur, cela n'altère pas l'enthousiasme et l'impatience de tous d'enfin lancer notre mondial.

Quel est la place du foot dans le paysage sportif australien ?

Ce qu'on peut affirmer, c'est que ce n'est pas le sport le plus populaire. Il y a énormément de sports pratiqués en Australie, notamment le cricket et le rugby, les deux sports les plus suivis. Mais le foot est en plein développement, notamment grâce à la Coupe du Monde 2006, où nous avons atteint les 8es de finale pour la première fois de notre histoire. Et si l'on veut que ça continue dans ce sens, cette Coupe du Monde est très importante pour notre pays. 

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Si vous êtes le plus honnête possible, quelles sont les chances des Socceroos face aux Bleus ? 

(Rires) On a très peu de chances de gagner. Ça serait le plus grand exploit sportif de notre pays. Mais ça ne veut pas dire que c'est impossible, on se rappelle tous par exemple du résultat du Sénégal en 2002 face à la France (victoire 1-0 des Sénégalais lors du match d'ouverture, ndlr). On espère qu'on sera solide défensivement, et qu'on pourra réussir à gratter les trois points en fin de match. Mais le talent qu'a la France... c'est effrayant. Et j'ai peur que nous ne soyons pas au niveau pour rivaliser. 

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Si vous étiez Didier Deschamps, quels conseils donneriez-vous aux joueurs français pour battre les Australiens ?

Le seul conseil que je pourrais vous donner, ça serait de jouer votre football. Nous allons rester derrière et attendre la France, c'est une certitude. Il ne faudra pas paniquer et être patient pour les Bleus, c'est la clé du succès. C'est donc le conseil majeur que je donnerais : prendre son temps, et surtout ne pas paniquer si ça ne rentre pas. 

Quel est selon vous la plus grosse faiblesse de l'Australie ?

Nous manquons de réalisme devant le but, car nous n'avons pas de grands buteurs. Il reste encore Tim Cahill, mais il a 38 ans et n'est pas dans la forme de sa vie. Quand tu regardes notre liste, aucun de nos attaquants n'est un serial buteur dans son club. C'est un de nos points noirs. En dehors de ça, notre défense est solide et notre milieu intéressant, mais il nous manque un vrai gros talent, comme la France peut l'avoir avec Mbappé, Dembélé, Griezmann ou Lemar.  

Quel est le joueur dont les Bleus doivent se méfier ?

Bonne question. Mathew Lecky est en grande forme et peut faire parler de lui pendant ce mondial. C'est un joueur très rapide, qui arrive à maturité et qui a de l'expérience dans les grands matches étant donné qu'il joue en Bundesliga. Sinon, il y a bien entendu Daniel Arzani. Il est encore plus jeune que Kylian Mbappé mais risque d'en surprendre plus d'un. Je pourrais aussi citer Tom Rogić et Aaron Mooy, beaucoup plus confirmés et qui ont également une belle carte à jouer. 

Question inverse : quel joueur français vous fait le plus peur ?

Antoine Griezmann. Sans hésitation. C'est un attaquant fort, complet, qui n'hésitera pas à prendre ses responsabilités si besoin. Kylian Mbappé aussi nous fait peur : il est si rapide, ça va être très difficile pour nos défenseurs d'être au niveau face à lui. 

Peux-tu nous parler de Bert van Marwijk, le sélectionneur de l'Australie qui a repris la sélection au mois de janvier, et qui la quittera à la fin du mondial ?

C'est un coach plein d'expérience et nous avons beaucoup de chance de l'avoir. Il ne faut pas oublier que c'est lui qui a mené les Pays-Bas en finale de la Coupe du Monde 2010, et qui a permis à l'Arabie Saoudite de se qualifier pour ce mondial russe. On a réalisé une bonne préparation avec lui, et le fait qu'il sache déjà qu'il quittera son poste à la fin du mondial n'est pas un problème. Il a le soutien des joueurs, des journalistes et du peuple australien : il est dans d'excellentes conditions pour mener au mieux son équipe vers ses objectifs. 

En France on a eu la chance d'avoir Zinédine Zidane. Vous avez le bonheur de connaître Tim Cahill, qui participera à sa quatrième Coupe du monde avec l'Australie.... 

Il est une légende du sport australien. Tout le monde le connaît et il a permis à l'Australie de rayonner partout dans le monde. C'est une icône, un leader, même quand il ne joue pas. Depuis le banc, dans le vestiaire, il a cette aura qui fait qu'il dynamise tout le groupe et qu'il leur donne une confiance démesurée. Et puis il continue à marquer et à être décisif, comme face à la Syrie lors des qualifications. En sortie de banc pendant ce mondial il peut être un joker plus qu'intéressant. 

Après une dernière Coupe du Monde compliquée, où l'Australie avait pris 0 point, quel est l'objectif cette année ?

L'objectif est clairement de passer les poules. Il y a quatre ans, nous n'avions pas d'expérience et étions tombés dans une poule très compliquée. Mais le groupe a muri et a connu des choses ensemble. Après avoir gagné la Coupe d'Asie, on doit passer un cap et sortir des poules lors de ce mondial. Sinon ça serait un échec. Même si le premier match est difficile, on doit être au niveau du Danemark et du Pérou. Si on ne passe pas, tout le monde sera déçu. 

Par Julien Choquet, publié le 15/06/2018

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