Football, the Religion by Tony Burns

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En images : immersion insolite chez des moines bouddhistes de Birmanie, rois du foot

Qui l'eût cru ! Être moine en herbe dans un monastère en Birmanie ne se résume pas uniquement à un lifestyle discipliné consacré à la foi en Bouddha et à une nuée de rituels spirituels. C'est aussi étonnamment taquiner le ballon rond dans des parties endiablées de foot à 5 au coucher du soleil.

Dans sa série "Football, Religion", le photographe globe-trotter anglais Tony Burns nous embarque dans un voyage initiatique et intemporel loin des terres du football, très exactement à Mandalay, deuxième ville birmane, nommée la "cité des joyaux".

Football, the Religion by Tony Burns

Football, the Religion by Tony Burns

Déjà auteur d'une immersion électrisante au sein de la culture foot des favelas de Rio, ce Liverpudlien, dont le club de coeur est Everton, ne s'attendait pas à pareille stupéfaction lorsqu'un après-midi de 2013, à dos de moto-taxi, il croisa la route d'une vingtaine de jeunes moines adolescents jouant au football à l'extérieur d'un monastère en teck. Un rêve pour tout photographe voyageur que Tony Burns nous a dans ses moindres détails :

Imaginez un instant vous retrouver nez à nez avec des moines birmans en train de dribbler dans leurs robes sur des terrains boueux. C'était une occasion en or et surtout de l'ordre du jamais vu ! Aussi surprenant que cela puisse paraître, leur niveau de jeu était très bon, ils jouaient à 5 contre 5, le gagnant restant sur la "pelouse". Les parties s'enchaînaient rapidement dans une frénésie générale, entre habilité des gestes et dureté des tacles. Je devais tirer une histoire de ces scènes uniques d'un autre temps, dont les protagonistes ne portent ni maillots ni shorts mais bel et bien leur "kesa" orangée habituelle.

L'habit ne faisant pas le moine, ni le footballeur, le photographe s'est alors entouré de cinéastes locaux et de traducteurs pour obtenir les autorisations nécessaires afin d'immortaliser ces matchs d'anthologie, devenus partie prenante de la vie de ces dignes représentants du zen, parfois au détriment des arts martiaux.

Football, the Religion by Tony Burns

Football, the Religion by Tony Burns

Au final, des coulisses de certains monastères aux terrains de fortune, ce caméléon social s'est immergé avec succès dans le quotidien particulier de ces Messi et Ronaldo bouddhistes, pour la plupart âgés de moins de 20 ans. Incollable sur le sujet, il n'hésite pas à relater pourquoi les moines novices sont plus en mesure de jouer au foot que les anciens :

Tous se lèvent à 4 heures du matin, petit-déjeunent et passent la matinée en classe, les cours tournent en général autour de l'apprentissage de la vie dédiée à Bouddha. Après leur déjeuner, ils n'ont plus le droit de s'alimenter pour le reste de la journée et c'est aux alentours de 16h que les plus jeunes sont libres d'aller taper dans la balle. Jusqu'à environ 20 ans, les moines n'ont que 10 règles à suivre et peuvent donc profiter de leur enfance en dehors de leur scolarité, alors qu'à l'âge adulte, ils doivent se conformer à 227 préceptes.

Football, the Religion by Tony Burns

Football, the Religion by Tony Burns

Dans son périple, Tony Burns est passé d'un monastère à l'autre, souvent à l'environnement disparate, soit minuscule et vétuste ou gigantesque et assez moderne, à l'instar d'un campus universitaire. Mais à chaque visite, le constat reste identique : de fortes similitudes subsistent entre le football de rue des favelas de Rio et les moines en devenir jouant en Birmanie.

À titre d'observateur et de photographe, j'ai été frappé par la tournure intemporelle que prend le football dans ces lieux. C'est comme si ce sport n'avait pas d'âge, les chaussures ou crampons sont facultatifs et un rien peu faire office de but ou de poteaux. Sans flirter avec le cliché, c'est vraiment le football dans sa forme la plus pure et le beau jeu qui prennent place dans les quartiers brésiliens et birmans. En Angleterre, par exemple, le football de rue semble révolu et maintenant, les enfants jouent la plupart du temps pour des clubs gérés localement, plutôt que de s'exercer en bas de chez eux avec leurs camarades. Ces gosses portent certainement les chaussures dernier cri des équipementiers.

Football, the Religion by Tony Burns

Football, the Religion by Tony Burns

Souvent perçu comme une religion en Amérique du Sud et s'apparentant à une porte de sortie ultime pour des jeunes pris au piège d'une pauvreté persistante, le football représente a contrario davantage un moyen de distraction et de communion chez les moines birmans, qui apprennent à manger, jouer et vivre ensemble, autour de leur amour commun pour le ballon rond. D'ailleurs, équipés de TV et d'internet, beaucoup d'entre eux ont la possibilité de suivre le foot mondial et leurs équipes fétiches, si bien que la victoire historique de Leicester leur est sans doute remontée aux oreilles :

Certains sont très au fait des résultats en Premier League, Liga et en Ligue des Champions. Le foot étant le sport national en Birmanie, il est très relayé. En 2013 et 2014, j'ai eu l'occasion  d'échanger avec des moines supporters de Chelsea et Manchester United, mais aucun d'Everton, ce qui n'enlève rien au côté épique de la rencontre !

Transpirante de spontanéité et d'élégance, sa série de clichés met ainsi en lumière un mode de vie assez méconnu en Occident et démontre sans artifices que la jeunesse du monde, peu importe sa religion et son train-train quotidien, est inexorablement contaminée par le virus du football.

Football, the Religion by Tony Burns

Football, the Religion by Tony Burns

Dans une logique respectueuse et à caractère footballistique, Tony Burns s'est évertué à ne pas envahir la vie privée de cette communauté. Au contraire, il s'est agenouillé des heures, photographiant des instants intenses et plaisirs excentriques partagés le long des lignes de touche. Lui retiendra toute sa vie l'accueil chaleureux et ce mix d'émotions, entre extase et privilège d'interagir avec des rois du ballon rond pas comme les autres.

Par Max Raby, publié le 11/05/2016

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