"Notre plus grande réussite, c'est Mbappé" : on a discuté avec un scout français de Football Manager

Les petites mains qui causent la perte de votre vie sociale. 

Depuis le 2 novembre, date de sortie de Football Manager, les fans du jeu se régalent. Leur objectif premier : trouver les petites pépites qui garniront leur effectif, et deviendront les Ballons d'or de demain. Un travail de longue haleine, qui n'est rien à côté de celui abattu par les scouts de Football Manager. Des hommes de l'ombre qui travaillent chaque année pour observer, noter et rendre FM toujours plus réaliste. 

En France, ils sont trois à la tête de ce réseau de scouts : Benjamin Miquet, responsable de la Ligue 1 et de la Ligue 2, David Kergoustin, qui s'occupe du championnat national, et Ludovic Soulard, qui gère le reste des championnats (de la nationale 2 aux divisions régionales.) À l'occasion de la sortie du jeu, Benjamin a répondu à nos interrogations, et a levé le mystère sur ce travail passionnant. Entretien. 

Football Stories | Comment est-ce qu'on devient scout pour Football Manager ?

Benjamin Miquet | J'ai commencé à travailler comme assistant, à l'époque où je vivais en Russie. Au début, je m'occupais uniquement du club de Kazan, jusqu'au jour où il y a des soucis avec la base de données en France. C'était à l'époque de Football Manager 2014. J'ai remonté les erreurs sur des forums spécialisés, et Sports Interactive m'a appelé pour remplacer la personne en charge de la France. J'ai commencé à bosser sur le National en décembre 2014, puis j'ai gravi les échelons, jusqu'à m'occuper de la Ligue 1 et de la Ligue 2 aujourd'hui. 

Concrètement, comment êtes-vous organisés ?

Ça fonctionne comme une pyramide. Tout en haut, tu as les chefs de recherche de Sports Interactive, qui récupèrent les bases de données de chaque pays et s'occupent de vérifier qu'elles sont bien coordonnées. En dessous, tu as les responsables, qui s'occupent soit d'un pays, soit d'une division au sein d'un pays. C'est mon travail. Et en dessous, tu as les assistants. Ce sont les spécialistes des clubs, qui scrutent chaque joueur tous les week-ends. 

Être responsable scout, c'est un travail à plein temps ?

Non, j'ai un travail à côté. Il faut savoir que la plupart des gens qui travaillent comme scouts pour Football Manager sont des bénévoles. Nous sommes actuellement 35 à couvrir le territoire, et chacun est animé par les mêmes passions : son amour pour Football Manager et celui pour son club. Parce qu'il faut savoir que nos assistants sont avant tout des fans de foot, et qu'ils veulent que leur équipe soit représentée le plus fidèlement possible dans le jeu. C'est aussi simple que ça. 

Quelles sont les différences majeures entre un scout pour Football Manager et un scout pour un club professionnel ?

Quand tu travailles au sein d'un club, tu es entouré d'un directeur sportif et d'un chef de recrutement, et tu as des buts bien précis. Par exemple, tu supervises des joueurs pour un poste ciblé. Tu dois répondre à la problématique suivante : "est-ce que ce joueur peut m'apporter quelque chose dans le futur ?" Nous, on ne travaille pas dans cette optique. On va voir le maximum de matches, et on cherche à recueillir le plus d'informations possibles sur chaque joueur. 

Vous avez déjà été démarché par un club professionnel ?

Non, je n'ai jamais été contacté. Mais ce n'est pas forcément ce que je recherche. 

Est-ce que vous êtes obligés d'aller au stade pour scouter des joueurs ?

À la base, on essaie de faire en sorte que les assistants que nous recrutons soient des abonnés au stade. D'ailleurs, plus des trois quarts de mon équipe le sont. Mais parfois, tu es obligé de faire des concessions. Par exemple dernièrement, un mec de Grenoble m'a contacté pour suivre le GF38. C'est un amoureux du club depuis toujours, il veut nous aider, mais financièrement il n'a pas les moyens de s'abonner. Je ne vais pas lui en tenir rigueur, étant donné que je n'ai personne pour suivre le club pour le moment. C'est un vrai amoureux, et ça peut suffire dans ces cas-là, s'il suit son club au quotidien par d'autres vecteurs. 

On suppose que pour suivre les équipes de jeunes, ça doit être assez compliqué... 

Oui, c'est de plus en plus fermé. On peut prendre comme exemple les matches des jeunes du LOSC l'an dernier, qui étaient interdits au public parce que Bielsa avait fermé le camp d'entraînement. C'est plus simple pour les clubs qui ont des chaînes TV, comme l'OM ou l'OL, qui diffusent les U19. Après, que ce soit pour les jeunes ou les clubs amateurs, on se sert de tous les canaux qui peuvent nous aider : forums de supporters, presse locale, etc.

Combien de joueurs avez-vous suivis pour remplir la base de données de Football Manager 2019 ?

Les plus gros clubs de Ligue 1 ont plus de 95 joueurs représentés dans FM19, et le plus petit une soixantaine. Et il y a des joueurs qu'on n'a pas pu créer parce qu'il nous manquait trop d'infos, ou parce qu'on n'avait pas les droits. Cette année, on n'a pas pu ajouter Timothée Pembele au PSG par exemple. On sait que c'est un super espoir, et beaucoup de suiveurs nous disent qu'il est plus fort que Stanley N'Soki. Problème : il est né 8 jours trop tard pour être dans Football Manager. Il faut qu'au 1er septembre il ait 16 ans, et il est né le... 9 septembre 2002. Pas de chance (rires)

Quel est le meilleur jeune que vous ayez vu jouer ?

Claudio Gomes, le milieu français de Manchester City. C'était pendant l'Euro U17 en France, il m'a impressionné. Sinon, notre plus grande réussite sur Football Manager c'est Kylian Mbappé. Depuis FM 16 on lui a mis un potentiel au-dessus de la moyenne, et on a poussé au potentiel maximum sur FM18. Lors de sa première saison à Monaco, on n'avait pas osé lui mettre parce que confirmer au niveau professionnel c'est toujours compliqué. Mais il avait quand même 190 (la note de potentiel maximum est de 200, ndlr). 

Quelles seront les futures stars de demain ?

Au niveau du potentiel, on a plusieurs noms qui ressortent sur notre base de données : Mickaël Cuisance, Willem Geubbels, Amine Gouiri. Ils sont déjà connus par ceux qui suivent le foot de très près, mais ils ont vraiment un gros potentiel. 

À force de suivre autant de matches, au bout d'un moment vous n'en avez pas marre du foot ?

Non, c'est une passion. Mais c'est fatigant, parce que gérer une base de données c'est énorme. Et le niveau d'exigence augmente d'année en année de la part des fans du jeu. Je ne pense pas faire ça à vie parce que physiquement c'est dur. Pour tout t'avouer, je prends mes premières vacances depuis un an et demi cette année. C'est épuisant, mais c'est une vraie passion. 

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