Ronaldo en tenue folklorique (globoesporte)

Les villes de foot les plus pop : #1 Madrid

Vous essayez de comprendre pourquoi Tévez est retourné à Boca Junior ou encore qu'est-ce qu'Istanbul peut bien avoir de si séduisant ? Dans certaines villes, le football est bien plus qu'un sport : c'est un art de vivre. Happiness FC vous explique pourquoi.

On commence par Madrid et ses clubs phares : le grand Real et ses Brésiliens réputés pour être de bons vivants, son voisin plus modeste, l'Atlético, sans oublier le Rayo Vallecano.

Atlético-Real, un derby sur le toit de l'Espagne (giancarlodeleon)

Atlético-Real, un derby sur le toit de l'Espagne (Twitter @giancarlodeleon)

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Quand on se réfère aux palmarès des clubs, Madrid est certainement l'une des villes du monde qui respirent le plus le foot. On parle quand même de dix Ligues des Champions et trente-deux Liga pour le Real, deux Ligue Europa et dix titres de champions d'Espagne pour le rival. Ça forge la réputation d'une ville. Souvent considéré comme un duel David contre Goliath, les récents succès des "matelassiers", surnom donné aux joueurs de l'Atlético, ont fait de ce derby l'un des matches les plus chauds d'Europe.

Madrid, une ville, trois clubs

Si les deux équipes sont entrées dans le patrimoine de la capitale ibérique, c'est que leurs valeurs sont ancrées dans l'ADN de Madrid. Il est difficile de résumer la ville à un club ou à l'autre, tant il y a de diversité. Les deux équipes sont liées à tel point qu'une seule petite année sépare leur date de création (1902 pour le Real contre 1903 pour les Colchoneros). Comme son nom l'indique, le Real Madrid est à l'origine le club de l'élite espagnole et de la famille royale. L'Atlético, lui, appartient plutôt à une classe populaire où se mélangent étudiants, immigrés sud-américains et ouvriers.

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Les stades abritant les deux rivaux sont à l'image de leurs différences. Quand l'utra moderne Santiago Bernabeu honore la grandeur du Real, Vicente Calderon, l'antre de l'Atletico, semble plus marginale, malgré ses 55 000 places. Marginale car construite en briques, légèrement vétuste et plus difficile d'accès. Le football du XXème siècle. On en oublierait presque le petit dernier de la capitale, le Rayo Vallecano, habitué à faire l'ascenseur entre division une et deux , dont les valeurs sont beaucoup plus proches des rouges et blancs. 

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Le Roi Juan Carlos, grand fan des Merengue au côté du capitaine du Real, Iker Casillas (casareal)

Le Roi Juan Carlos, grand fan des Merengues, aux côtés du légendaire capitaine du Real, Iker Casillas (casareal)

En plus de cent ans d'histoire, le peuple madrilène s'est littéralement pris d'amour pour le foot. D'abord pour le sport mais surtout pour la portée symbolique que celui-ci avait dans le contexte de la Guerre Civile espagnole. Alors que le Rayo Vallecano, situé dans les banlieues populaires, était réputé pour sa branche de supporters anarchistes, communistes et anti-fascistes, le Real Madrid représentait le pouvoir absolu. Pour l'Atlético, les choses sont différentes : il y a toujours un paradoxe qui entoure le club. Le profil type du supporter colchonero varie.

À Vicente Calderon on aime le foot populaire, loin des strass et paillettes du voisin Galactico. Dès 1939, quand la guerre civile se termine, l'équipe est décimée. C'est alors que le club, créé par des jeunes étudiants basques, prend un virage nationaliste. Les dirigeants recrutent plusieurs militaires pro-Franco pour reconstruire le groupe. D'un côté, les travailleurs, majoritairement communistes, de l'autre les nationalistes d'extrême-droite. Des représentations encore ancrées dans le quotidien de la capitale, même si aujourd'hui les rivalités se sont adoucies et ce, malgré la diversité encore importante dans les tribunes du stade Vicente Calderon. Une accalmie liée aux récents succès du club ainsi qu'à leur entraîneur Diego "El Cholo" Simeone, qui incarne parfaitement la dualité de son clubs et ses supporters.

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Les fans de l'Atletico Madrid en feu lors du derby madrilène (AFP)

Les fans de l'Atlético Madrid en feu lors du derby madrilène (AFP)

Le mythe madrilène, forgé par ses histoires et ses grandes stars

La rivalité entre les deux frères ennemis s'est au fil des ans atténuée. Si le Real Madrid fait office de mastodonte à l'échelle mondiale, il le doit surtout à ses nombreux joueurs stars, de l'après-guerre jusqu'à aujourd'hui. Chaque décennie a eu son lot de footballeurs charismatiques. Cristiano Ronaldo, Figo, Bechkam, Ronaldo ou encore Zidane et bien avant eux, Di Stephano, Raymond Kopa dans les années 50 ont fait vibrer le peuple madrilène, au point d'ériger le Real Madrid comme le plus grand club du monde. La Maison Blanche s'est aussi fait connaître par ses nombreux sud-américains venus fouler la pelouse du Santiago Bernabeu : Ronaldo, Roberto Carlos, Marcelo, Kaka ou encore les buteurs géniaux Ivan Zamorano et Hugo Sanchez. Parmi ces grands noms, les Brésiliens ont formé la célèbre Dream Team des Galactiques. En plus de la culture du beau jeu, ils ont aussi apporté l'amour de la fête, qui ne manquait déjà pas tellement, dans la capitale espagnole. Au point de véritablement transformer Madrid, devenue aujourd'hui l'un des endroits à la mode des nuits européennes.

Chez les Colchoneros, les grandes épopées sont plus récentes. Deux victoires en Ligue Europa et un titre de champion d'Espagne depuis 2009 ont fait de l'Atlético le troisième club du pays. Toujours avec cette réputation que l'on pourrait comparé en France au combat des irréductibles Gaulois face à l'Empire romain. Une comparaison encore plus vraie quand on aborde le petit dernier madrilène, le Rayo Vallecano. Le club des faubourgs sud de Madrid tient sa renommée non pas de son palmarès quasi vierge, mais plutôt des valeurs que le club défend, notamment à travers l'un de leur groupe de supporters, les Bukaneros 92. Ces socios ont la particularité d'être affiliés aux groupes anarchistes et anti-fascistes de la région. Ils militent à travers des actions humanitaires, largement soutenues par la direction du club. La dernière initiative: dessiner sur le troisième maillot du club des bandes de couleur rendant hommage aux "Héros anonymes", autrement dit ceux qui combattent le SIDA ou encore la maltraitance des enfants. Le petit Rayo demeure un club à part dans le panorama foot de Madrid.

Le graffiti des ultras du Rayo (invision-free)

Le graffiti des ultras du Rayo (invision-free)

À Madrid, l'amour des habitants pour leurs équipes se ressent à chaque coin de rue. Pour comprendre l'amour du peuple madrilène pour le football, il est important de se balader à Puerta del Sol, quartier célèbre pour son ambiance festive, ou dans les faubourgs du sud de la capitale. Les petites ruelles, les bars, restaurants et balcons, tous vivent au rythme du football. Et quand le Real Madrid gagne un titre, c'est le symbole de la cité qui s'enflamme : la place de Cybèle, avec son imposante fontaine à la gloire de la déesse "gardienne des savoirs" accueille les milliers de passionnés venus fêter la victoire aux côtés de leurs idoles, nichés sur le toit de leur bus. 

Car le mythe se construit surtout grâce aux victoires.

Par Léo Ciabrini, publié le 05/08/2015

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