En images : l'incroyable tour du monde de Caio Vilela, le photographe du street foot

Focus sur un road trip footballistique rare au cœur de la passion universelle suscitée par le ballon rond à travers le monde.

"À 17 heures, partout sur le globe, les kids jouent au football. C'est un moment magique de la journée. Donnez-moi un vélo ou une voiture avec chauffeur local et je vous le prouverai." À l'instar de Bafétimbi Gomis ou de Pipo Inzaghi, le photographe brésilien Caio Vilela est un as du hors-jeu, à la seule différence qu'il ne foule pas les pelouses et ne se revendique pas renard des surfaces. Lui est plutôt de la trempe des observateurs à l'extérieur des stades, flairant loin du foot business l'essence même du jeu balle au pied : le street football.

Brésil, Jericoacoara (Photo Caio Vilela)

Jericoacoara, Brésil. (© Caio Vilela)

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Depuis 2003, cet éternel supporter des Corinthians déambule à travers le monde, du Moyen-Orient au Japon en passant par le Tibet et le Brésil. Sa série Football Without Boarders raconte ses pérégrinations dans 105 pays, explorant au plus près la relation entre une jeunesse anonyme et le football, à chaque fois sur des terrains improvisés.

Elément déclencheur de son long périple initiatique, l'Iran restera gravé en lui à tout jamais, puisqu'il a dessiné les contours de sa vie lors des 12 dernières années :

"J'étais à Yazd, au centre du pays, quand j'ai pris par hasard une photo de gosses se dribblant à côté d'une façade sublime à l'architecture islamique et largement emblématique de cette ville. L'image a été publiée dans le magazine aérien Brazillian Airlines pour illustrer une interview avec un gars de la FIFA qui était, à l'époque, responsable de l'élévation du drapeau du football comme symbole de paix. J'ai alors eu une étincelle et l'idée m'est venue de garder mes yeux grands ouverts afin de capturer chaque scène de foot de rue se produisant à côté d'un lieu symbolique, d'un paysage urbain ou naturel."

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Russie, Ekaterimbourg (Photo Caio Vilela)

Ikaterinbourg, Russie. (© Caio Vilela)

S'appuyant sur sa double casquette de reporter et de guide touristique dans l'optique d'étoffer son projet, Caio Vilela s'est rapidement vu commissionné. Aujourd'hui, cinq livres sur le street football mondial sont à mettre à son actif, dont le célèbre Strassen Fussball, publié uniquement en Allemagne. De cet ouvrage, ressort d'ailleurs son mantra : "Le foot n'est pas uniquement joué dans les stades mais aussi dans les rues et dans les âmes."

"Le foot, un outil pour la paix et l'union entre les cultures et les nations"

Alors que des violences entachent régulièrement le foot professionnel européen et sud-américain en tribunes comme sur le terrain, ces clichés bourrés d'innocence viennent adoucir le constat et soulignent l'aspect humaniste de ce sport, à condition qu'il ne dépasse pas le stade du hobby pour rejoindre celui du lobby.

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"Ce football que je capture, loin de l'industrie du sport et de la pression de l'argent, est un outil pour la paix et un instrument d'union entre les cultures et les nations. Vous n'avez pas à parler la langue. Un contact visuel, une passe bien distillée ou un geste technique suffisent à communiquer et suscitent des moments épiques. Vous partagez alors une joie commune et rassemblez autour de vous. Le foot crée naturellement des valeurs authentiques telles que l'union, la camaraderie, la solidarité, l'amitié, la complicité, l'esprit d'équipe et la réciprocité."

Inutile de faire l'autruche, le football illustré par Caio Vilela représente donc une forme d'art. Les rituels de match de fin d'après-midi improvisés paraissent ici dissemblables dans leurs détails mais résolument identiques dans leur essence : une bande d'amis, un objet rond, une gorgée de sourires et hop, le tour est joué.

Yemen, Shibam (Photo Caio Vilela)

Shibam, Yémen. (© Caio Vilela)

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Pour immortaliser sur le vif ces instants magiques, ce globe-trotter a souvent dû prendre son mal en patience pendant des heures, parfois des journées entières, à bord d'avions, d'autobus, de taxis samaritains ou parfois sur des bicyclettes afin d'atteindre des lieux perdus d'Amazonie ou reculés du Tibet. Tant d'efforts fournis dans l'infime espoir de tomber à pic sur des kids s'exaltant ballon au pied comme au Yémen ,son souvenir le plus époustouflant :

"Au Yémen, 60 % de la population a moins de 14 ans. C'est un pays très pauvre et, lorsque vous marchez dans les rues de n'importe quelle ville, vous trouvez des enfants jouant partout ; et vous devez faire face à des situations terriblement étranges. Je me souviens d'un match joué sur le fond sablonneux d'un lit de rivière sec à Shibam, ville sur laquelle Al-Qaïda se concentrait. Malgré tout, l'atmosphère était si joviale et détendue, ils se dribblaient en futah, un costume traditionnel."

"Le foot peut être une maladie et un médicament"

Au fil de son tour du monde, cet aventurier hors norme a pu peaufiner son analyse sociologique du football en se liant notamment avec des initiateurs de projets humanitaires (Street Football World) qui visent à utiliser le football comme un moyen d'intégration sociale pour les enfants en difficulté. C'est ce côté si noble et thérapeutique du sport le plus pratiqué au monde qui se dégage de son trip photographique. Même si selon lui, la réalité est parfois diamétralement opposée :

"Le foot peut être une maladie et un médicament, il peut rendre les gens aveugles et violents lorsqu'ils tombent dans le fanatisme en tribunes ou se prennent trop au sérieux sur le terrain. C'est le côté que je n'aime pas, que je ne veux pas photographier. Force obscure à part, le foot peut être joué aussi pour le plaisir, spontanément, de façon improvisée, il permet de tisser des liens forts d'amitié et se présente comme un exutoire formidable pour des jeunes au quotidien morose. Le foot fait briller."

Iran, Yazd (Photo Caio Vilela)

Yazd, Iran. (© Caio Vilela)

Inconnus et talentueux, tous ces garçons avec qui Caio Vilela a pu partager des moments en or ont maintenant l'occasion de scintiller dans les pages de ses livres, tout comme ils rayonnent chaque jour sur des terrains de terre, loin des yeux des recruteurs. Ces matchs sauvegardés en images sont le fruit du pur hasard et rien ni personne ne pourra prédire l'avenir de ces joueurs en herbe :

"Dans un avenir proche, l'un d'entre eux commencera probablement à travailler et arrêtera de jouer. Ils grandiront tous. Peut-être que certains continueront à taquiner le ballon ensemble pendant encore quelques années. Peut-être qu'un ou deux embrasseront une carrière de footballeur professionnel. Imaginez combien de buts brillants Tostão, Pelé, Zico ou Ronaldo ont dû marquer, enfants, sur des terrains poussiéreux, sans caméras de télévision comme témoins de l'instant. Avec ces gosses, je remédie à cela en enregistrant leurs coups d'éclat !"

Brésil, Amapa

Amapa, Brésil. (© Caio Vilela)

Zico justement, immense star brésilienne des 70's et 80's – et une idole de Caio Vilela –, a signé la préface de Futebol-Arte, deuxième book du photographe. Un voyage au cœur de la pratique du ballon rond dans les 27 régions du pays du football qui a résolument émoustillé voire rendu nostalgique le "Pelé Blanc", ex-meneur de jeu de la Seleção :

"Le livre de Caio m'a fait remonter dans le temps. J'ai voyagé à Bahia, où nous jouions (avec mes amis) sur la plage. La marée était si haute qu'elle envahissait notre terrain en mettant un terme à la partie. Mais personne ne s'en souciait vraiment. Nous étions heureux de donner du repos au ballon pour un bon bain. C'était le vrai jeu. Un football sans engagement, sans argent, sans presse. C'était pur, c'était le bonheur. Certains de mes buts étaient peut être encore plus beaux que ceux que j'ai marqués contre la Nouvelle-Zélande lors de la Coupe du monde 1982. Je me souviens de toutes ces vraies émotions et de tous ces matchs que j'ai joués durant mon enfance. Ma période de football de rue était la meilleure. Le bon vieux temps." (Extrait de Futebol-Arte)

Tout est dit. Prochaine étape pour Caio Vilela, la Russie et sa jeunesse fada de "vrai" football.

Par Max Raby, publié le 08/11/2016

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