(Thierry Antoine)

On a discuté avec Topas, le joueur-rappeur du Red Star

Footballeur le jour, rappeur la nuit

Topas a un profil particulier dans le football. Et dans le rap également. Le jeune attaquant de 20 ans n'est pas seulement un joueur du Red Star, il est aussi un rappeur signé sur le label de MHD. Repéré par ce dernier grâce à son freestyle "En Brrr", il sort ce vendredi son premier projet officiel : #MortsIlsSont. L'occasion était donc parfaite pour discuter foot et rap avec le grand espoir des deux univers.

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Football Stories | Comment tu fais pour gérer ta carrière de footballeur et de rappeur ?

Topas | Les deux emplois du temps se complètent bien : j'ai studio de 14h à 18h et de 20h à 22h j'ai entraînement. C'est à deux minutes donc c'est facile.

Entre les entraînements et les matches, à quel moment tu trouves le temps d’écrire tes morceaux ?

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Je les écris chez moi. Une fois, je l'ai fait au studio, mais je n'avais pas le choix. J'avais écrit un morceau la veille et quand je suis arrivé au studio, j'ai vu qu'il manquait quelques mesures. J'ai été obligé d'écrire et finalement, ça a bien donné. Le morceau sera dans le projet et il s'appelle "Cette vie-là".

Comment t’en es venu à faire du rap ?

Mon grand frère faisait du rap aussi. Quand j'étais petit, c'est lui qui m'a donné envie d'écrire mes premiers bouts de texte, ça s'est fait tout seul après.

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(Thierry Antoine)

Comment tu qualifierais ta musique ?

Pour l'instant, je ne sais pas trop où me placer, je teste plein de trucs. Il peut y avoir une instru funk qui me plaît, comme une instru rap à l'ancienne. Tant que je peux faire les deux, je le fais. Mais de base, je suis plus rap : j'aime bien bien écrire et kicker.

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Tu penses que tu pourras tenir ce rythme de jongler entre les deux activités ? Tu te vois devenir pro et être rappeur en même temps ?

Pour l'instant, ça me va. Je suis au Red Star, qui est un club très culturel, c'est ce qu'il pouvait m'arriver de mieux parce qu'il me permet de faire les deux.

Si tu deviens pro, tu penses avoir le temps pour continuer à être rappeur ?

C'est déjà ce que je fais. Si je deviens pro au Red Star, ce serait parfait. Pour l'instant, je ne le suis pas mais on me laisse déjà faire les deux. Encore une fois, c'est le club idéal pour moi. Je m'y plais vraiment beaucoup. 

Ça veut dire que tu pourrais faire toute ta carrière au Red Star ?

Je ne sais pas, j'espère. Pour devenir pro, il faut travailler. J'ai du boulot encore devant moi, donc je garde la tête sur les épaules et je travaille.

Ils en disent quoi tes coéquipiers de ta double casquette rappeur-footballeur ?

Ils m'encouragent, ils me chambrent et ils me donnent de la force, tout le temps. Ce qui me plaît chez eux, c'est qu'ils ne font pas la différence entre le rappeur et le footballeur. Ils sont naturels avec moi. Ils me prennent pour un footeux, pas pour un rappeur.

Et ton entraîneur ?

Il me chambre aussi parfois. Une fois je suis arrivé en retard à un match, et l'entraîneur m'a mis sur le banc alors que je devais être titulaire. À la fin du match , qu'on a gagné et pendant lequel je suis finalement rentré, il m'a demandé : "est-ce que tu arrives en retard pour un concert ?" Je lui ai répondu que non et il m'a sorti après : "c'est pareil pour le foot."

(Thierry Antoine)

Si, demain, un gros club comme le Real Madrid ou Chelsea te propose de signer chez eux mais qu'on te demande d'arrêter le rap, qu'est-ce que tu ferais ?

J'arrêterais. Ce serait avec des regrets, parce que depuis le début je travaille pour réussir, mais ma priorité c'est le foot, je suis né avec.

À l'inverse, on te propose de signer dans une grosse maison de disque, de faire des tournées dans le monde entier et tu amasserais plein de disque d'or, de platine ou de diamant...

Je vais prendre beaucoup de recul et énormément réfléchir avant de leur répondre. À la base, le but de la vie c'est de s'épanouir et avoir de l'argent pour être bien. Et si je fais toutes ces tournées, j'aurais ce que je souhaite. Mais il faut vraiment que je réfléchisse.

Tu joues comme attaquant, comment tu définirais ton style de jeu ?

Je suis plus du genre à aller dans la profondeur car je me sers beaucoup de ma vitesse. Je pourrais être dans un registre plus complet, mais ce ne sera pas aussi bien, c'est pour ça que je préfère m'appuyer sur mes qualités. Si je peux aller dans la profondeur, j'y vais. Je ne vais pas aller décrocher pour être dos au jeu.

Du coup, tu te reconnais plus dans un joueur comme Mbappé ?

Je me reconnais plus dans lui parce qu'il va super vite dans la profondeur et c'est un finisseur. Il ne lâche pas le steak. Quand j'ai vu ce qu'il a fait à la Coupe du monde, ça m'a fait rêver. Je me suis dit : "Lui peut faire ça et moi non, alors qu'il a mon âge ?" Quand je suis reparti à l'entraînement, j'avais encore plus la dalle. Quand je le vois jouer avec le PSG le vendredi ou le samedi soir, je sais que le dimanche j'aurai encore plus envie en match.

Qu’est-ce qui est le plus kiffant entre réussir un geste technique et trouver une bonne punchline ?

C'est écrire une punchline. Parce que le geste technique, une fois que tu l'as fait, ça y est, c'est fini. Alors que la punchline, elle est enregistrée. Et puis, je suis attaquant de base, donc je suis là pour marquer des buts, pas pour faire du beau jeu.

C'est laquelle ta punchline préférée ?

Parmi celle que j'ai écrite : "Un stylo, une feuille, un ballon de foot et des crampons / Au studio j'écris des punchlines et sur le terrain je mets des grands ponts". Elle est superbe celle-là. Quand tu l'entends, tu sais que c'est moi.

Comment tu vois ta carrière de rappeur ? Tu fais ça pour le plaisir ou tu te vois encore continuer ?

Au début je le faisais pour le plaisir, et quand j'ai vu que ça commençait à devenir sérieux, je me suis dit qu'il fallait vraiment que je m'investisse. J'espère aller le plus loin possible, faire plein de tournées comme MHD, avoir des disques d'or ou de platine. En gros, j'espère vraiment le meilleur dans la musique.

(Thierry Antoine)

Dans un reportage pour Vice, tu dis que le foot et le rap c’est un peu la religion des cités, c’est-à-dire ?

Au quartier, tout le monde joue au foot et tout le monde a peut-être voulu essayer de rapper. C'est vraiment la base. Et si tu arrêtes l'école, ce sont les deux issues les plus accessibles. Et le fait que je fasse les deux, ça inspire beaucoup les petits. Plusieurs fois j'ai reçu des messages de soutien, comme quoi je leur donnais de la force. Ça me motive encore plus.

On a fait une interview avec Mehdi Maïzi sur les rapports entre le foot et le rap, et dans celle-ci, il nous disait que les footballeurs rêvent d'être des rappeurs et les rappeurs rêvent d'être des footballeurs. Tu es d'accord avec ça ?

C'est vrai ce qu'il dit. J'ai commencé avec le foot et j'ai voulu être rappeur aussi, et maintenant que je le suis, on peut dire que j'ai réalisé le rêve des rappeurs et des footballeurs. J'ai conscience que je n'ai pas fait grand chose encore, mais je cravache pour réussir.

Plus tard, qu’aimerais-tu qu’on retienne de toi : tes talents de footballeur ou de rappeur ?

Je veux qu'on retienne que je viens d'en bas. Si j'ai réussi, j'ai envie que les gens le retiennent, que ça marque les esprits. Et je veux qu'on se souvienne mon talent dans les deux domaines parce que je m'investis à fond dans les deux.

Par Abdallah Soidri, publié le 08/03/2019

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