Et si les rappeurs français étaient footballeurs ?

Rappeurs et footballeurs se connaissent, sinon s’estiment. Et si les MCs troquaient le micro contre une paire de crampons, qui seraient-ils ?

Oxmo serait Riquelme : classe et élégance 

OXMO RIQUELME

Le choix des puristes. De ceux qui aiment la technique, la classe, l’élégance. Bien plus que la vitesse ou la puissance, critères physiques trop éloignés de l’essence de l’art qu’ils apprécient. Ainsi, Oxmo, avec son flow nonchalant, ressemble fortement au numéro 10 argentin, incapable d’effacer un adversaire par une accélération. En revanche, les deux bonhommes ont en commun la maîtrise du tempo, d’une chanson comme d’un match. Les textes de l’un sont travaillés autant que les passes de l’autre sont ciselées, avec justesse et douceur. De même, volontairement loin des médias, ils préfèrent briller sur la scène/le terrain que sous les projecteurs, et conserver un recul salvateur. Sur eux-mêmes et l’avenir de leur art, en analysant les évolutions. Tranquillement. Calmement. Des espèces en voie de disparition, hélas. D’ailleurs, Riquelme a tiré sa révérence…

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Vald serait Neymar : envie et insolence

VALD NEYMAR

Les mecs qui tracent leur route. Sans forcément calculer le reste : les anciens, les règles, les us et coutumes… Lorsque vous remontez quelques années en arrière, le rappeur du 93 avouait, sourire en coin, qu’il ne connaissait pas beaucoup de MCs, qu’il était venu tard au rap et ne possédait pas une grande culture de son art. Mais que son objectif était "de tout bai*er en 3, 4, ans" ! Une insolence qui le rapproche de Neymar, lequel provoquait les anciens à dix-sept printemps à peine au Brésil, à coup de passements de jambes et roulettes, récoltant des coups et inimitiés. Le Brésilien ose tout sur le terrain, même les gestes "interdits" entre professionnels, comme Vald et ses clips. Un goût pour la transgression qui ne les empêche pas de réussir, Vald gagne du terrain, Neymar monte (déjà) sur le podium du Ballon d’Or 2015 avec le Barca.

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Sinik serait M’Vila : attente et déception

SINIK

La chute fut sacrément rude. Après deux maxis prometteurs, le rappeur des Ulis confirme son talent avec un street album qui se vend comme des petits pains, sous le label Néochrome. Puis rebelote avec un "vrai" album, sous la Warner, qui cartonne. En deux ans, le MC épate tout le monde, et certains le présentent comme l’avenir du game français, le futur patron. À fond, il délivre un album quatre ans consécutivement, puis commence à toucher ses limites. Avant la chute, la disparition. Du M’Vila tout craché, propulsé nouveau numéro six des Bleus à 20 ans après seulement une saison dans l’élite, et vendu par son coach d’alors (Frédéric Antonetti) comme un joueur type "Barcelone". Seulement, après 22 sélections, Yann M'Vila cumule surtout les écarts de conduite, plus que les exploits ballon au pied (droit). Il s’égare, ne supporte plus les critiques et finit par s’exiler en Russie, loin de tout le monde. Comme Sinik, qui avait fini par se terrer pour fuir les embrouilles perso et les déceptions musicales. En 2015, les deux lascars tentent un retour sur le devant de la scène : Malsain l’assassin avec l’album Immortel 2, l’ancien Rennais sous les couleurs de Sunderland. Mais, pour l’instant, ça ne prend pas…

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Booba serait Cristiano Ronaldo : muscle et ego

BOOBA RONALDO

Sans contestation possible, leur ego surdimensionné reste leur principal point commun. Le Duc de Boulogne se voit comme le numéro 1, à l’instar de CR7. Les deux l’affirment haut et fort, défient leurs concurrents et gonflent les muscles au besoin. D’où les séances de muscu intensives et quotidiennes ! Et quand on les attaque ? Ils répondent avec morgue. Comme lorsque l’attaquant du Real Madrid, après avoir été sifflé à Zagreb, expliquait que les supporters adverses étaient "jaloux" parce qu’il est "riche, beau garçon et un grand joueur". Les deux ne reculent devant rien pour être le numéro 1, encore moins devant leur ennemi intime contre qui ils enchaînent les clashs : Rohff pour B2O, Messi pour Cristiano. De même, sans renier leur amour du rap ou du foot, les deux avouent aimer profiter de la vie, de leur compte en banque bien garni. La preuve, Booba vit à Miami depuis plusieurs années et Ronaldo lâchait il y a peu qu’il avait hâte de "mener la belle vie" après le foot. Avec eux, l’avis est toujours tranché : on les aime ou on les déteste. Et cela leur va bien. Enfin, de toute façon, ils sont au-dessus de ça alors…

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Seth Gueko serait Ben Arfa

SETH BEN ARFA

Le talent n’a pas de prix, il s’apprécie. Le natif du Val-d’Oise est maître ès punchline, autant que celui des Hauts-de-Seine des dribbles et feintes. Les prouesses techniques, c’est leur dada. Une chanson de Seth Guex, c’est une ribambelle de jeu de mots, d’analogies, d’allitérations… Comme dans la chanson "Gros dérapage" de son dernier album, lorsqu'il lâche : "Suicidaire comme ce brave homme Patrick Dewaere, qui malheureusement n’a pas pu boire le troisième". Et un match d’Hatem, c’est une succession d’accélérations foudroyantes, de double-contacts faciles, d’ouvertures léchées… L’un a du bagout, l’autre est un bijou. L’un créé des néologismes, l’autre des esquives. Une ressemblance qui dépasse le cadre de leur métier. Tandis que Seth Gueko se voit affublé de l’image d’un beauf vulgaire, violent, premier degré et irréfléchi, il égrène les références cinématographiques (Audiard, Dexter). HBA, taillé pour sa supposée bêtise d’éternel adolescent, s’intéresse au soufisme, lit du Nietzsche et cherche à penser à autre chose qu’au ballon. Deux autodidactes qui ont eu besoin de temps pour arriver à maturité, le temps d’appréhender l’environnement dans lequel ils évoluent. Mais qui nous ont toujours régalé.

Nekfeu serait Douglas Costa : travail et modestie

NEKFEU DOUGLAS

Les deux ont eu la foi très jeune. En leurs qualités. Leur détermination et leur volonté de réussir étaient ancrées en eux, poussant le rappeur à quitter le domicile familial même pas majeur, tandis que le Brésilien quittait son pays pour l’Ukraine à seulement 19 piges ! Leur objectif : apprendre et grandir, sans perdre de temps. Les épreuves et difficultés ? Aucun problème, pour réussir, il le faut. Une précoce maturité qui les poussa à travailler leur gamme dans l’ombre, avant d’éclater à la face du grand public. Car avant que Nekfeu passe au Grand Journal de Canal+, fasse Bercy et autres en solo, il arpentait les Rap Contenders et scènes de Paris comme de banlieue avec son groupe 1995. Idem pour Douglas Costa, qui cassait des reins depuis plusieurs saisons avec le Chakhtior Donetsk, avant de faire de même au Bayern Munich, en Bundesliga et en C1. Si leurs techniques font des ravages, les deux lascars impressionnent également par leur polyvalence. Le Fennec peut aussi bien balancer (Nique les Clones, U.B.) que vous emmener en ballade (On verra, Princesse), le gaucher brésilien déborder à toute allure sur l’aile gauche que délivrer des caviars de l’autre côté. Le tout grâce à une mentalité exemplaire. Humbles, amoureux de leur art, ils écoutent, respectent les anciens et ne brûlent pas les étapes.

Relire : L'équipe type des punchlines de 2015

Par Maxime Lavoine, publié le 15/01/2016

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