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Rencontre avec la photographe Hlenie : "Zlatan a explosé de rire, et j'ai pris une photo à ce moment-là"

À 25 ans, elle a déjà photographié Zlatan Ibrahimovic, Kevin Durant, Wiz Khalifa et suivi Booba, PNL et Kalash dans leurs concerts. Hélène, mieux connue sous le pseudo de Hlenie, se fait peu à peu une place dans le monde de la photo.

Timide mais ambitieuse, Hlenie nous a raconté comment elle avait débuté dans les milieux du foot et du rap, qui ne lui étaient pas forcément familiers...

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Une photo publiée par H LENIE (@hlenie) le

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Football Stories | Peux-tu te présenter ?

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Hlenie | Je m'appelle Hélène, j'ai 25 ans. On me connaît plus communément sous le nom de Hlenie. Je viens de Tours, je suis à Paris depuis 2008, où j'ai fait des études de cinéma, et je me suis acheté mon premier appareil en 2008, 2009. Et je suis devenue photographe.

C'était quoi comme appareil ? 

C'était un Canon 550D, avec un objectif 18-55 millimètres, la base.

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Est-ce que tu peux revenir sur ton parcours ?

J'ai fait une licence et un début de master d'études cinématographiques, à la fac dans le 13e, et j'ai arrêté parce que la photo s'en est mêlée.

Pourquoi la photo ?

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J'étais passionnée par l'image de façon générale. Déjà avec le cinéma, ce qui m'a passionnée, c'était de réussir à capter le mouvement et l'énergie. Ensuite, j'avais envie d'essayer de capter ça en image fixe, voir si j'arrivais à faire ressentir ce mouvement-là sur une photo. J'ai acheté mon appareil, et j'ai commencé à expérimenter des choses.

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Petit à petit, j'ai rencontré les bonnes personnes, j'ai commencé à shooter dans un club, le Social Club. C'était une soirée avec Birdy Nam Nam aux platines, ce n'était pas du tout prévu mais il y avait une super énergie. J'ai pris les photos et on m'a recontactée pour revenir en faire dans ce club. La semaine suivante, il y avait une soirée hip-hop, j'y ai fait mon premier essai. J'y ai rencontré Yoan [Prat, ndlr] et Tom [Brunet, ndlr], qui ont créé Yard. On a travaillé ensemble à partir de ce moment-là.

Et dans le foot, comment as-tu commencé ?

Avec Yard, on travaillait avec des sponsors qui nous demandaient de couvrir des événements. Pour le premier que j'ai photographié, j'accompagnais des influenceurs qui allaient à un match du PSG [une opération Nike, ndlr]. Ça a été la première entrée en matière, on va dire. Quelques jours plus tard, avec cette même opération, ils faisaient venir des footballeurs, et j'ai photographié Zlatan, Thiago Silva et Yohan Cabaye.

Alors, ça fait quoi de photographier Ibrahimovic ? 

C'est impressionnant, en fait. Il est vraiment charismatique, naturellement. Même si on ne connaît pas trop le foot ou le joueur, l'homme en lui-même est un peu imposant. Je me suis fait toute petite, mais ça s'est très bien passé.

"La photo qui me marque le plus, c'est celle que j'ai prise de Kevin Durant, pendant un entraînement"

Quel meilleur souvenir gardes-tu justement de tes shootings dans le foot ?

Je dirais que c'est ce shooting-là, car ce n'était pas du tout prévu, on m'a donné ma chance vraiment à la dernière minute. Il y avait des photographes qui étaient prévus sur le shooting, et moi j'étais un peu là par hasard. Au final, ça s'est hyper-bien passé, que ce soit avec la marque ou avec le joueur. Il y a eu un peu d'interaction, au début j'étais hyper-timide, et puis au fur et à mesure, on est dans le feu de l'action, et on te fait confiance, c'est à toi de jouer. Et quand tu vois que ça marche, c'est hyper-excitant.

De quelle photo es-tu le plus fière ? 

Celle qui me marque le plus, c'est une photo que j'ai prise de Kevin Durant, quand on était en Allemagne pendant un entraînement. Je l'ai suivi et photographié pendant à peu près 8 jours. Au début, je sentais que ce n'était pas évident, on ne nous avait pas présentés, et il voit débarquer une photographe qui va le suivre tout le temps pendant une semaine.

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Kevin Durant. (© Hlenie)

Petit à petit, il voit les photos, il apprend à faire confiance, à accepter, et moi je le découvre aussi à travers ses entraînements, ses joies, ses peines. Au moment où j'ai pris cette photo, je m'en souviens, il était vraiment dans l'effort, dans la peine. C'est une photo où il est de dos, avec ses ballons. Elle m'a marquée, je crois que lui aussi, j'espère !

Justement, as-tu des retours de joueurs sur tes photos ?

Oui, parfois directement, quand les athlètes me remercient, comme Kevin Durant l'a fait, ça m'a beaucoup touchée. Evan Fournier aussi, que je connais bien maintenant et que j'aime beaucoup photographier. Et parfois indirectement, quand je les vois mettre mes clichés en photo de profil, ou qu'ils les postent, c'est une grande satisfaction. Je n'ai pas forcément besoin qu'il me disent merci, mais ça, ça suffit pour me dire que le travail est bien fait. Et quand ils me rappellent aussi, ça me touche, forcément.

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Kobe Bryant. (© Hlenie)

Dans le foot, y a-t-il une photo qui t'a marquée plus qu'une autre ? 

Oui, je dirais les premières, avec Zlatan. Il y en a une que j'aime beaucoup, que je n'ai pas postée mais qui me rappelle un super bon souvenir. C'était pendant cette journée où je n'étais pas censée faire des photos. Pour ce shoot, la marque voulait des photos très naturelles, pas du tout posées, le photographe sur le shooting disait aux joueurs : "Ne me regarde pas, fais comme si je n'étais pas là." Avec Zlatan, je voulais capter sa spontanéité, donc je lui dis : "Si tu veux me regarder, tu peux", il a éclaté de rire et j'ai pris une photo à ce moment-là et je l'adore. Il y a eu un instant de laisser aller, c'est quelqu'un qui se contrôle beaucoup, et là il y a eu un moment de relâchement que j'aime bien.

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Zlatan Ibrahimovic. (© Hlenie)

Comment fais-tu pendant tes shootings pour installer une relation de confiance avec tes sujets ?

Quand je dois en faire pour les interviews Yard, j'aimais bien shooter après, parce qu'il y a le temps de l'entretien pour que l'artiste ou l'athlète se détende, fasse confiance à l'équipe, prenne ses marques. Généralement après les interviews, j'ai 5 minutes à peine pour faire la photo. C'est pas évident quand tu te retrouves face à face, c'est un peu gênant, donc je ne lui dis pas "Regarde-moi ou souris", ce sont des photos qui ne marchent pas, donc j'attends. Souvent ils sont accompagnés d'amis ou de leur agent, et quand ils parlent entre eux et qu'il y a un moment de sourire, avec une expression sur le visage, je vais prendre la photo.

Il y a une personne qui a été un tout petit peu différente, et super à l'aise, c'était Wiz Khalifa. Je me suis retrouvée face à lui, il m'a dit bonjour, puis il m'a fait un enchaînement de poses de son visage dans tous les sens, c'était hyper-drôle, du coup j'ai une série de photos de lui avec des expressions totalement différentes. Ça s'est vraiment bien passé.

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Wiz Khalifa. (© Hlenie)

La musique, parlons-en. En parallèle, tu suis des rappeurs, notamment dans des concerts. Comment tu évolues dans ce milieu du hip-hop ?

Au départ, j'ai fait dix ans de conservatoire de musique classique, donc arriver dans le hip-hop et dans le rap ensuite c'était hyper-intéressant, c'était totalement différent, ça m'a passionnée. Il y a autant d'énergie dans l'un comme dans l'autre, et ça m'a beaucoup plu.

Dans la légende @pnlmusic @yard @hlenie #Pnl #Pnlmusic #Danslalegende #DLL

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Avec Yard, j'ai eu l'occasion de rencontrer beaucoup de rappeurs, de couvrir plein de concerts, de capter l'énergie, de les écouter parler. Petit à petit, j'ai eu envie de continuer à explorer ça. Un jour, on avait rendez vous avec Booba à Genève pour faire une interview. C'était un rappeur que je ne connaissais pas du tout, j'étais très curieuse de découvrir comment il était, comment il s'exprimait.

"Booba est hyper-gentil, il a beaucoup d'humour"

Il est comment alors selon toi ? 

Il est super professionnel, hyper-gentil, il a beaucoup d'humour, donc c'est très agréable de photographier quelqu'un comme ça.

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Booba. (© Hlenie)

Il est à l'aise devant l'objectif ?

Oui, il fait confiance. Une fois qu'il sait pourquoi t'es là et quel genre de travail tu fournis, il te laisse faire. Ensuite, moi, personnellement, j'aime bien lui montrer ce que je fais, j'aime bien qu'il valide, sans mauvais jeux de mots [sourire], il est assez serein en fait.

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Booba à Dakar. (© Hlenie)

Est-ce qu'il y a un concert qui t'a marquée plus qu'un autre ?

Ouais. Booba à Dakar, en octobre dernier. Il y avait beaucoup de petits, des parents aussi, qui étaient là avec leurs enfants, et ça courait dans tous les sens, c'est une énergie incroyable. Pour moi qui aime capter l'énergie, ça c'est parfait.

On dit souvent que le foot et le rap ont de nombreux points communs, notamment que les footballeurs aimeraient être des rappeurs et que les rappeurs auraient aimé être footballeurs, qu'est-ce que tu en penses ? 

Je trouve que c'est assez vrai. D'ailleurs, on les voit beaucoup interagir entre eux, ils se repostent les uns les autres, ils discutent entre eux, ils s'aiment beaucoup je pense. Ils viennent beaucoup du même milieu, du même quartier. Ce sont des choses qui rapprochent. Ils n'ont peut-être pas eu la vie facile au départ, et ils arrivent à progresser, à percer, ça marche, et ils se reconnaissent aussi les uns les autres. Je trouve ça très cool.

C'est facile pour toi, en tant que femme, d'évoluer dans ces deux milieux professionnels qui sont assez masculins, tu t'y sens à l'aise ?

Je m'y sens très bien, je fais totalement abstraction de ça, et comme je suis naturellement quelqu'un d'assez timide et réservé, ça se passe toujours très bien. Je n'ai pas eu de mauvaises expériences, que ce soit avec les gens que je photographiais ou les équipes autour. Quand je travaille avec certaines marques, il y a beaucoup de femmes malgré tout. Les athlètes avec qui je travaille, ce sont surtout des hommes, dans le milieu du rap, beaucoup aussi, mais autour il y a quelques femmes, et ça se passe très bien.

KLH @kalash972 | @yard summer club #yardsummerclub #yard #ysc #yscbysprite #kalash #klh

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Ton parcours ressemble beaucoup à celui d'Elisa Parron, qui photographie également beaucoup des footballeurs et des rappeurs, vous vous connaissez ? 

On ne se connaît pas du tout, mais c'est vrai qu'on nous compare beaucoup. Ce qui est peut-être logique étant donné qu'on travaille dans le même milieu. On ne s'est jamais croisées mais on fait les mêmes choses dans le foot ou dans le rap. Après, moi, le milieu du rap, ce n'est pas quelque chose que je veux forcément pousser, c'est un plaisir de travailler avec des artistes comme Booba, et si l'artiste me le demande je suis là, mais c'était plus une expérience, et après j'ai envie de progresser un peu ailleurs.

Et le milieu du sport, du basket notamment, ça me plaît beaucoup, surtout le rapport avec les athlètes, quand le contact s'établit, j'aime bien que ça continue. Ce côté photoreportage me plaît beaucoup. Je pense qu'on est semblables, mais aussi très différentes, et tant mieux !

Vers quoi aimerais-tu évoluer ?

J'aimerais continuer le photoreportage, j'en ai fait trois pour Onze Mondial. J'étais allée à Istanbul pour photographier Fenerbahçe-Galatasaray. C'était aussi pour capter un peu la ville avant le match, parce que ce jour-là toute la ville change vraiment du tout au tout, donc c'est assez passionnant d'aller à la rencontre des gens et j'aimerais continuer. Continuer aussi le suivi avec des athlètes ou des artistes qui me font confiance.

"Goaaaaaaaaalllllll" Fenerbahce vs Galatasaray, March 8th 2015, one of the best memories of my life.

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Est-ce qu'il y a un footballeur que tu aimerais photographier ? Est-ce qu'il y en a un qui dégage quelque chose que tu aimerais capter en photo ?

Je l'avais déjà photographié, j'aimerais bien qu'il y ait un suivi, c'est Antoine Griezmann. Il était hyper-calme et gentil, d'une simplicité déconcertante. Et il est hyper-concentré dans ce qu'il fait, dans son travail il est très performant, ça m'intéresserait beaucoup. Mais l'équipe de France en général, ça me plairait.

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Antoine Griezmann. (© Hlenie)

Que peut-on te souhaiter ?

Que ça continue ! [rires]

À lire -> Interview SMS : à 25 ans, HLénie a déjà photographié tes rappeurs préférés

Par Lucie Bacon, publié le 16/01/2017

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