On a discuté avec Luidji : "Dans ma beauferie, j’ai failli me tatouer l’écusson de Monaco"

Rappeur et supporter de l'AS Monaco, aucun mélange n'est impossible pour l'auteur de Tristesse Business.

Longtemps cantonné au rôle de rookie, Luidji a confirmé les attentes placées en lui avec Tristesse Business : saison 1, son premier album. Malgré une jeunesse passée aux quatre coins de l'Île-de-France, c'est bien pour l'AS Monaco que penche le cœur d'Alexis. Il faut dire que quand un joueur de l'équipe vous invite en vacances chez lui, l'amour en rouge et blanc devient une évidence. 

Football Stories | Quand on te parle de foot, quels sont tes premiers souvenirs ?

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Luidji | Mes premières foulées au stade Géo-André de La Courneuve avec mon petit équipement Décathlon, mes petits crampons Décathlon. Ça me rappelle aussi les premiers matches à la télé, quand j’avais le droit de regarder qu’une mi-temps.

T’as commencé à jouer à quel âge ?

J’ai commencé vers 7, 8 ans en poussin. J’ai arrêté juste avant d’arriver en senior parce que ça commençait à me saouler. J’étais le mec technique et rapide sur le côté, à qui tu fais la passe quand c’est trop difficile. Sauf que je n’étais pas du tout un leader, donc quand ça devenait difficile pour tout le monde, ça l’était aussi pour moi. Si je rejouais aujourd’hui, ça serait différent. Je ne serais pas ailier ou attaquant mais 6 ou 8. Dans l’entrejeu, c’est là où l'on a les vrais joueurs de foot, ceux qui lèvent la tête. Je jouais trop tête baissée.

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Tu avais un bon niveau ?

Ça va, j’ai joué jusqu’en PH. J’ai arrêté parce que j’étais en négociation avec le Real Madrid à la fin de ma carrière et finalement ça s’est pas fait parce que… les croisés, tu vois ! [Rires] En vrai, ça me saoulait de me lever les dimanches matins, remplir les gourdes parce que je m’étais fâché avec l’entraîneur, mettre le numéro 14 et rentrer pour les 15 dernières minutes.  

Tu avais le rêve d’être pro ?

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Je n’ai jamais eu ce rêve franchement : j’aurais kiffé, mais quand je vois ce que deviennent la plupart des footballeurs, ce n’est peut-être pas plus mal. Je n’ai pas l’impression qu’ils ont d’autres centres d’intérêt que la caisse, les meufs, le foot et leur chien. Ce n’est même pas un cliché, je le vois quand je suis au contact d’un joueur. Par exemple, un footballeur comme Drogba, qui agit pour son pays, il n’y en a pas assez. Il y a trop de joueurs qui pourraient faire des choses et le pouvoir qu’ils ont sur les gens est mal utilisé.

"Un footballeur comme Drogba, qui agit pour son pays, il n’y en a pas assez"

Tu joues encore aujourd’hui ?

Hier encore, j’ai joué sur un terrain près de chez moi. Mais il y a longtemps que je n’ai pas vraiment joué et transpiré. J’ai commencé à prendre soin de mon alimentation, je vais essayer de me reprendre sur le sport et le foot en particulier. C’est bon pour le cardio et ça oxygène le cerveau.

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Et en tant que supporter, c’est quoi tes souvenirs ?

L’un des plus douloureux c’est la finale de Monaco en 2004, perdue contre le FC Porto. Je suis supporter monégasque et je crois que j’ai pleuré. C’est un des premiers matches que j’ai pu voir en entier. J’avais 13 ans et à partir des quarts de finale, j’ai eu le droit de regarder les matches en entier. Le titre de champion de 2017, la Coupe du monde 2018 de l’équipe de France sont aussi de bons souvenirs.

Ça t’est venu comment de supporter Monaco ?

À l’époque où je commence à suivre le foot, mon père avait un pote qui s’appelait Wagneau Eloi. Il nous a invités chez lui en vacances dans sa villa pendant deux semaines. Je suis reparti avec plein d’étoiles dans les yeux et d’équipements de l’AS Monaco.

C’est qui ton idole de l’AS Monaco ?

Celui que je regretterai toujours, c’est Bernardo Silva. Je n’y croyais pas au début, quand il est arrivé je me disais "encore un joueur qu’on a pêché au Portugal pour Jardim". Mais quand je vois son niveau, son humilité et ce qu’il dégage, c’est le genre de joueur avec qui j’aurais aimé passer un peu de temps.

Tu penses quoi de sa suspension après sa blague à Benjamin Mendy ?

Franchement, c’est de la merde. Quand on connaît l’équipe 2017 de Monaco et la complicité entre ces joueurs, le problème est politique. On a enlevé le contexte d’amitié entre les joueurs et on le sanctionne pour montrer que ce n’est pas bien. D’autres gens auraient pu se servir de cet exemple, si c’était resté impuni, pour vraiment partager ce genre de conneries en mode raciste.

Tu avais des posters de joueurs dans ta chambre ?

Dédicacé même ! J’avais toute l’équipe de Monaco de 99 à 2001 avec Marco Simone tout ça. J’avais Lens aussi vu que Wagneau Éloi y a joué avec Tony Vairelles, Brunel, les anciennes gloires ! [Rires]. On a un jeu comme ça avec des potes, on ressort tous les vieux blazes de notre époque pour savoir qui va le plus loin comme Sylvain Kastendeuch.

Tu la vois comment cette saison ?

Je la suis, mais surtout je la subis. On se fait vraiment chier. J’aime bien Petrov, notre directeur sportif, et il disait qu’en gros ça lui cassait les c*uilles que ce soit toujours le PSG qui gagne la Ligue 1 et que tout le monde l’accepte. Je suis super fier de mon club qui a réussi à arracher un titre sans tous les millions et les paillettes. À la fin de la saison, il restait que 13 joueurs avec tous les matchs qu’il y avait. Dans ma beauferie, j’ai failli me tatouer l’écusson de Monaco avec "Saison 2016-2017".

T’as pu aller au stade un peu ?

Oui, j’ai un cousin qui joue là-bas et des amis sur la Côte d’Azur donc j’y allais quand j’étais en visite là-bas. C’est comme ça que j’ai vu les débuts de Kylian Mbappé en remplaçant chez les jeunes. Depuis, récemment, je suis en contact avec le pôle communication. Ils sont tombés sur mes sons, ils ont kiffé et m’ont invité. Ça doit leur faire bizarre d’être supporté par un rappeur. Moi-même, parfois, je me dis que je supporte un club où le stade est vide et qui n’est pas vraiment en France. Mais quand on va en Ligue des champions, on est quasiment le seul club en France à faire des bons parcours. Entre tous les joueurs qu’on a formés et ceux qui y sont passés, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas une culture foot à Monaco.

Et ton cousin, il en est où ?

Yoann Etienne a été prêté en Belgique l’année dernière, et là il joue pour la réserve de Monaco. Il a 22 ans, il a d’ailleurs gagné la Gambardella avec Mbappé et ils jouaient dans le même couloir parce que c’est un arrière gauche.

Pourtant, tu te revendiques bien "Parisien" comme le titre d’un morceau de 2015 ?

Je ne suis pas un supporter fermé. Si Monaco ne joue pas la Ligue des Champions, je vais soutenir le PSG. Je ne suis pas un rageux : déjà qu’on a qu’une Ligue des champions pour tout un pays, autant se supporter les uns, les autres. On pourra faire la fine bouche quand on en aura 3 ou 4.

En parlant de Paris, dans ton freestyle pour Red Binks, tu dis : "J’arrive comme le respect que Paris doit à Cavani"

Il n’est pas respecté à sa juste valeur. Au stade, c’est bien parce qu’ils le respectent, ils veulent qu’il tire les pénos. Au stade, t’es beaucoup plus concerné par ton équipe et plus à même de critiquer ton club. Quand t’es sur Twitter et que tu dis "Lui, il pue la merde" parce qu’il a pas réussi à contrôler tel ballon alors qu’on parle du meilleur buteur de l’histoire de ton club, c’est que tu n’y connais rien en foot. Pour tout ce qu’il représente et son humilité, je trouve que ce n’est vraiment pas juste. Après, c’est une phase que j’avais comme ça dans mon tél', qui passait bien là.

T’as beaucoup de phases sur le foot de côté ?

Ouais, il y a des images qui marquent quand même. Mais il y en a que je ne vais jamais utiliser parce que les matchs datent trop. Est-ce que tu te souviens du crochet de Messi à Boateng ? Pendant un moment, je voulais sortir cette phase-là, mais ça fait trop longtemps maintenant.

Zidane a dû te marquer car tu l’as cité dans plusieurs morceaux. Tu parles notamment de ses contrôles dans "Millésime" ?

Pour moi, le contrôle de balle définit beaucoup de choses, et comment le joueur rend le ballon. Comme disaient les entraîneurs quand j’étais plus jeune (et que personne ne comprenait) : la technique, ce n’est pas un passement de jambes ou une roulette, mais être bon dans les choses élémentaires du foot, comme faire une conduite de balle en levant la tête.

Il y a des joueurs que tu connais, des joueurs qui t’écoutent ?

Je ne suis pas vraiment proche des footballeurs. Ils écoutent du rap de vestiaire, que moi je vais écouter dans ma douche. Je n’ai pas vraiment d’affinité avec eux. Si demain, ils m’envoient des messages, je pense que je ne forcerais pas le truc parce que je pense qu’on s’aimerait juste de loin. Ils sont tellement déconnectés de la réalité. Avec leur argent et leur pouvoir, ils pourraient arranger tellement de choses dans leur pays et celui de leurs darons.

Il y a George Weah qui l’a fait !

C’est dommage que ce soit toujours des anciens joueurs. Aujourd’hui, j’entends Sadio Mané et Mohamed Salah qui font des choses, mais il devrait y en avoir beaucoup plus. Pourquoi ils n’investissent pas dans ces pays ? Pourquoi il n’y en a pas un qui décide de créer un mouvement pour rassembler les joueurs autour de ces valeurs ?

Justement, Juan Mata a créé une fondation dont les membres reversent 1% de leurs revenus

Mais c’est un Espagnol ! Symboliquement, ça serait beaucoup plus fort si un joueur africain le faisait. Il faut quelqu’un issu de ces quartiers, de ces pays, de ces terrains de sable pour avoir la légitimité et la force mentale de le faire. Mais bravo à mon gars Juan Mata et tous ces footballeurs qui font les choses bien.

Dans "Tango à terre", tu te disais "Indétrônable à FIFA". C’est toujours le cas ?

Un peu moins maintenant parce que j’en avais marre d’être le meilleur et j’ai laissé un peu de place aux autres. On commence à bien me taper, mais quand je veux reprendre mes droits, j’y arrive souvent. J’ai des périodes où FIFA me dégoûte et d’autres où je peux faire 15 matches d’affilée. Avant, je jouais beaucoup en ligne, avec le temps je joue quasiment plus qu’entre potes. J’ai carrément peur de ce jeu, de me lever un jour et d’acheter des packs [Rires]. La plupart du temps, je joue avec Monaco même s’ils font une saison pourrie. J’ai redécouvert FIFA en arrêtant de prendre les équipes du top 10.

Le 11 de rêve de Luidji spécial AS Monaco : Barthez - Ibarra, Glik (de 2017), Raggi, Evra - Bakayoko, Fabinho, Gallardo - Giuly, Ben Yedder, Mbappé

Mais ont également été cités : Subasic, Roma, Trezeguet, Thuram, Christanval, Berbatov, Benarbia, Zikos...

Luidji est actuellement en tournée et si vous voulez parler des grandes heures de l'ASM avec lui, toutes les informations sont à ce lien

Par Roch Serpagli, publié le 27/11/2019

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