Jul fait se croiser Zidane, Mbappé, Cristiano Ronaldo et Platini dans son dernier album

Comme le rap, le foot est une histoire d'amour pour Jul et il marie parfaitement ses deux passions dans son album Rien 100 Rien...

Alors que le 14 juin marque la journée mondiale du don de sang, Jul a sorti le dix-huitième (oui, oui) album de sa carrière. L’homme le plus productif du rap français a livré un projet dans la lignée de ce qu’il a toujours fait, c'est-à-dire avec les mêmes qualités, les mêmes défauts et surtout les mêmes thématiques. Le football, qui est clairement une passion chez lui, est une nouvelle fois mis à l’honneur dans les textes de Rien 100 Rien. Et malgré les heures passées en studio, il semble toujours avoir gardé un œil sur l’actualité du ballon rond.

Ce nouvel opus démarre sur les chapeaux de roues puisque dès le premier couplet de l’intro, La Bandite, Jul lâche : "Vénère au démarrage comme Sterling ou Mahrez." Une référence à la vitesse balle au pied des deux stars de la Premier League. Et ce ne sont que les deux premiers joueurs cités dans album où se croiser Zizou, Mbappé, CR7 et même ce bon vieux Platoche. En effet, le Marseillais raconte dans GTA que, petit, il "voulait le ballon d’or comme Platini", plutôt que les disques d’or.

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Jeune des quartiers du centre de Marseille, c’est grâce au foot que Julien Marie pensait s’en sortir. Il avait d’ailleurs un bon niveau de jeu à en croire ses potos du Ghetto phénomène. Cette référence à Platini est pourtant étrange, puisque quand le rappeur est né, en 1990, l’ancien numéro 10 de la Juventus avait déjà quitté les terrains de foot. Ses trois ballons d’or consécutifs, il les a décrochés en 1983, 84 et 85. On aurait pu s’attendre à ce que le petit prince de l’autotune cite Jean-Pierre Papin, seul lauréat du prestigieux trophée individuel sous la liquette de l’OM. Mais ça rimait moins bien avec "patiné".

Le lien est plus évident avec Zinedine Zidane, numéro 10 de légende des Bleus, également présent sur l’album. Tous deux phocéens de naissance et de cœur, ils ont aussi en commun d'être de la même génération (Jul avait 8 ans en 98) et se sont par ailleurs déjà rencontrés. Dans la rime "J’suis de retour comme Zizou, roulette je te fais la misère", on ne sait pas de quel come-back il s’agit : celui en équipe de France en 2005 (d’où la roulette) ou celui plus récent au Real Madrid ? Ce qui est bien plus mystérieux c’est de savoir quand Jul est parti, lui qui sort au moins deux ou trois projets par an…

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Même dilemme pour la phrase "J’fais une remontada seul comme Cristiano". CR7 a pris la fâcheuse habitude pour ses adversaires de remonter des scores à lui tout seul en Ligue des champions, comme face à Wolsburg avec le Real en 2016, ou contre l’Atletico sous les couleurs de la Juventus cette saison, signant à chaque fois le triplé victorieux. On mise quand même sur ce dernier match, qui a eu lieu au moment où Jul enregistrait Rien 100 Rien et le morceau Bagarre. Boss de son propre label, auteur et compositeur de la plupart de ses sons, on peut dire qu’il porte son équipe sur ses épaules comme les grands joueurs peuvent le faire. Par contre, difficile de voir une remontada chez Jul, puisque aucune défaite n’est à signaler dans sa carrière faite de disques d’or et de platine.

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On remarque également que ses invités se sont mis au diapason : Ninho a enfin sorti sa rime sur Mbappé dont nous parlions lorsque nous l’avions rencontré, il y a presque deux ans ! "Comme Kylian à Paname, quand eux ils croient qu’c’est fini, bah, j’leur glisse la banane." Pas évident de savoir à quoi cette phrase fait référence : la seule action décisive de Kyky dans les arrêts de jeu est sa signature au PSG un 31 août. Il n’empêche que quand c’est Ninho qui le rappe, ça passe forcément bien et on capte l’image.

Moubarak, disciple de Jul et unique artiste signé sur son label D’or et de Platine, a décidé de son côté de placer N’Golo Kanté avec une analogie classique dans le rap : la défense du terrain. En effet, dans Fatigué, l’autre rappeur de Saint-Jean lâche : "Pote menotté, chevaux, quinté / Mise aux côtés, défends l’rrain-te, N’Golo Kanté." Pour rappel, le terrain est le lieu où se vend la drogue dans les quartiers, ce qui a ouvert la voie à des centaines de punchlines se ressemblant toutes plus les unes que les autres. Rien de particulièrement notable donc si ce n’est que l’international français garde une énorme côte de popularité dans le milieu du rap.

Enfin, dans le morceau Ratata, il semble que le Hollandais Mula B cite Franck Ribéry, ce que le site Genius confirme : "Noem je Ribéry", qui se traduit par "Vous l’appelez Ribéry". Mais comme on ne sait pas ce qu’il dit avant (les LV2 néerlandais c’est le moment de vous manifester si vous existez), difficile à analyser. À noter que Ch’ti Franck est un fan absolu de Jul, et que c’est certainement réciproque.

Dans les textes de Jul, le football ne sert pas que  à faire du name-dropping gratuit et à trouver les rimes qui lui manquent. Le plus beau sport du monde permet également d’offrir tout un champ lexical employé pour parler du quotidien comme l’expression "Pas de mi-temps", la punchline facile à comprendre "Tu parles de la passe que tu m’as faite aujourd’hui / N’oublie pas celle que je t’ai faite hier" ou encore la notion d’équipe qui revient souvent. Il se sert également des revenus des joueurs pour se la jouer modeste malgré son énorme succès. Ainsi, dans JCVD il sort : "J’ai pas le salaire d’un joueur de ballon" même si de nombreux acteurs de la Ligue 1 Conforama peuvent envier ses émoluments.

Jul nous invente aussi un dicton lorsqu’il écrit "Pour aller en finale, faut prouver dans les poules". Une phrase qui doit bien faire sourire nos amis portugais, eux qui ont remporté l’Euro 2016 sans avoir gagné le moindre match de poules. Et même si on l’a aujourd’hui oublié, les premiers matches de la France en 2006 étaient catastrophiques avant le sursaut collectif qui a mené à Berlin.

À noter enfin que "Le Fruit de la zone" ne fait aucune référence à son club de cœur l’Olympique de Marseille, certainement pas très inspirant cette saison. Il évoque quand même l’Orange Vélodrome dans "Hey" en référence au concert qu’il y donnera le 6 juin 2020…

Par Roch Serpagli, publié le 17/06/2019

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