Sam's : "Je n’étais pas un Inzaghi, j’aimais bien croquer la balle"

Coéquipier de Youssoupha au sein du label Bomayé Music, Sam’s a sorti son premier album solo cette année. Avant l’aventure du rap, le Bordelais a connu celle du football et n’est pas passé loin d’une carrière professionnelle. 

Sam's raconte son parcours footballistique dans le poignant F.F.F. (Fuck le foot, frère) et revient avec nous sur son histoire et les liens entre monde du rap et ballon rond.

Comment est née ta passion pour le foot ?

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Par les matches à la télé. Le foot est partout donc du coup c’est venu comme ça, comme tous les jeunes. Je ne jouais qu’au quartier et bizarrement ma première licence c’était en pupille deuxième année donc vers 11, 12 ans. Au quartier, il n’y avait pas encore de City Stade. On improvisait des terrains, des cages avec deux pulls et après on jouait.

Tu penses que ça t’a rendu plus technique d’apprendre le foot dans la rue ?

Ouais, comme tout le monde. Quand tu joues avec des choses rudimentaires, t’es obligé de t’adapter. Je jouais aussi beaucoup au gymnase donc sur des petites surfaces : ça faisait appel à la technique.

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Dans le morceau F.F.F., tu parles d’un poster de Zidane dans ta chambre. Tu avais d’autres modèles ?

Oui le vrai Ronaldo, Ronaldhino, Rivaldo, Maradona. À l’époque les Sud-américains dominaient vraiment. Mais aussi Zidane, Baggio, Rui Costa, Vieri, etc. Je me souviens du parcours du Bordeaux de Zidane, le Bordeaux Panzani (le sponsor du maillot, ndlr), en coupe d’UEFA. Le quart de finale contre Milan, la finale contre le Bayern, c’est des gros souvenirs. Alors qu’en championnat, ils avaient fait une saison de merde, ils avaient fini 16èmes. Et en coupe d’Europe, ils étaient partis de l’Intertoto pour aller en finale, aucun autre club n’a fait ça.

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Tu es quel type de joueur sur le terrain ?

J’ai commencé en 9, je suis passé au milieu de terrain et je suis repassé en 9. On va dire que j’aime bien tripoter le ballon. Je n’étais pas un Inzaghi, j’aimais bien croquer la balle comme on dit. Les Ronaldo, les Weah, c’était des références et quand on les voyait remonter seuls le ballon, on voulait faire pareil.

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"Les Ronaldo, les Weah, c’était des références et quand on les voyait remonter seuls le ballon, on voulait faire pareil"

Comment ressentais-tu le fait que tu pouvais devenir un bon joueur ?

Tout simplement quand tu joues, tu le sens, tu marques des buts. Mais quand t’es dedans, tu ne te focalises pas sur ça, tu joues pour te faire plaisir. Quand t’es jeune, le foot c’est simple, il n’y a pas tous les paramètres qu’il y a quand tu grandis.

Tu es d’abord repéré par les Girondins de Bordeaux mais ton père t’empêche d’aller en sélection à cause d’une lettre de renvoi, c’est bien ça ?

On jouait en Ligue d’Aquitaine et dans mon club, on était trois à être sélectionnés. On avait les stages toute l’année pendant les vacances. À la fin, ils gardent les meilleurs joueurs de la Ligue pour faire un tournoi entre Ligues. Ça se passait à Royan et il n’y avait personne pour nous emmener aussi loin. Mon père est d’accord pour m’amener mais entre temps, il reçoit une lettre de renvoi de l’école et refuse de m’emmener. J’y vais quand même le deuxième jour mais on me dit que ce n’est pas sérieux. Et les deux autres finissent l’un aux Girondins et l’autre à Nancy.

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Ensuite tu racontes que ton club t’empêche d’aller faire un essai à Lorient. Comment un club peut empêcher un joueur de faire un essai ?

C’est facile, tu dis que tu as des matches importants à jouer. Un jeune joueur ne décide pas tout seul de partir avec son baluchon. Donc ton club dit à l’autre qu’il va t’envoyer, c’est déjà la fin de la saison et les recrutements sont déjà finis. Des exemples comme ça il y en des milliers, que ce soit chez les amateurs ou les pros.

Finalement, tu pars tenter ta chance à Londres. Pourquoi là-bas ?

Quelqu’un m’a dit qu’il connaissait la sœur d’un agent. Tu pars là-bas et tu te rends compte que c’est faux. C’est mal parti avec ce pseudo mensonge. Je ne connais pas la langue, c’est compliqué. Alors j’ai fait plusieurs petits clubs, jusqu’à la blessure.

Dans le morceau, tu racontes que tu t’es fait les croisés. À ce moment tu te dis que c’est fini le foot?

En fait l’histoire et plus longue, si je racontais tout, le morceau aurait fait 15 minutes. Je rentre là-bas, puis je rencontre un agent qui me trouve des essais pour un club en Angleterre mais j’ai des galères en France qui font que je ne peux pas y aller. Après il m’envoie en Israël, je fais des essais mais ça ne me plaît pas trop. Ensuite, je vais en Crète faire un match d’essai. Un club grec me prend pour une saison et au final je me rends compte que le club ne paie pas, ou presque pas. Ils me proposent un nouveau contrat de deux ans mais je réclame ma paie. Ils m’apprennent que mon agent qui est en Angleterre a pris ma prime de signature. Je me prends la tête et me casse de là-bas. Ils ne me donnent pas ma lettre de sortie internationale, du coup je rentre à Libourne mais je ne peux pas jouer. Quand j’ai ma lettre, je me fais opérer des tendons rotuliens donc ça saoule. En même temps j’avais la musique et le cinéma du coup j’ai dit "c’est bon"...

Des histoires de faux agents, t’en as entendu d’autres ?

Beaucoup, comme les faux managers dans la musique. Les mecs se disent qu’il y a un billet à prendre. Ou le mec qui connaît un mec qui en connaît un autre qui connaît l’agent d’untel. Mais apparemment c’est plus régulé.

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Au final, ton plus grand regret, c'est de ne pas avoir eu ta chance ?

Je n’ai pas de regret parce que j’ai voyagé, j’ai vécu des expériences, j’ai joué avec plein de gens. Je voulais juste taper dans un ballon donc mes meilleures années de football, c’est en jeune. Je me dis que j’ai donné ce que j’avais au foot. J’aurais des regrets s’il y avait des choses que j’avais mal faites. Dans l’intention et la volonté, je n’ai pas triché. C’est la vie, c’est le destin. Je ne sais pas ce qu’il se serait passé si j’avais réussi.

Tu donnerais quoi comme conseil aux jeunes footballeurs qui veulent être pro ?

Nous quand on voulait être footballeur, c’est parce qu’on voyait les Zidane, etc. courir sur le terrain, les Coupes du Monde. Aujourd’hui c’est plus pour les voitures de tels joueurs, la meuf à Piqué, tu vois ? C’est plus pour l’argent et le bling-bling. Si j’avais un conseil à donner aux jeunes, c’est de vivre leur vie. Si ça ne marche pas, c’est la vie. Énormément de joueurs qui n’ont pas réussi ont fini frustrés ou aigris. Kiffez vos années de football et prenez du plaisir.

"Quand on voulait être footballeur, c’est parce qu’on voyait les Zidane, etc. Aujourd’hui c’est plus pour les voitures, la meuf à Piqué"

T’as gardé contact avec des joueurs de foot ? 

Eloge Enza-Yamissi qui est un pote de mon quartier qui joue à Valenciennes. Il y a aussi Rémi Gomis, Kévin Gomis, Rio Mavuba, Mathieu Valbuena avec qui je n’ai plus de contact mais qui était avec moi en équipe d’Aquitaine. Marouane Chamakh aussi, les frères Ayité.

Tu suis toujours le foot ?

Oui, les Girondins restent mon club, pas de cœur, mais en tant que Bordelais… On est tous un peu chauvins. Mon club c’est le Real, mais je n’y arrivais pas avec Benítez. Naples aussi, j’aime beaucoup. Quand je voyais Maradona, ce stade c’était incroyable. J’étais beaucoup Milan AC mais ils se sont perdus. Un club qui a une histoire a besoin de joueurs qui ont une histoire et là ils n’ont que des jeunes.

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Tu es d’origine sénégalaise, tu suis la sélection ?

Ouais. Ils ont une très bonne génération mais apparemment il y a des problèmes avec la fédération. Il y a un conflit de génération aussi entre les joueurs nés au Sénégal et ceux nés en France. Mais je suis confiant, ça va revenir car il y a des bons joueurs.

Toi qui connais bien le rap et le foot, quels sont les points communs entre les deux milieux ?

Le principal point commun, c’est qu’il y a beaucoup de faux-culs (rires). Le parallèle que tu peux faire entre les deux, c’est le système et le business qu’il y a derrière. En soit, rapper et jouer au foot, c’est très différent. Le foot c’est collectif alors que le rap c’est plus un sport individuel, ça ressemble plus à la boxe.

Si tu devais comparer Bomayé Music, ton label, à une équipe dans l’histoire du football ça serait laquelle ?

En France, je dirais le FC Nantes de la grande époque, pour la recherche du beau jeu, le fameux "jeu à la nantaise". En Europe je dirais le Dortmund de Klopp avec Reus et Götze.

Le 11 de rêve de Sam’s

11 DE SAM'S

Entraîneur : Sir Alex Ferguson

Par Roch Serpagli, publié le 08/01/2016

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