Entretien avec Sofiane Tergou, le Français champion d'Indoor Soccer aux États-Unis

Sofiane Tergou. Ce nom ne vous dit sûrement pas grand-chose. La MASL non plus. Et bien pourtant sachez que de l’autre côté de l'Atlantique, un Français est champion MASL pour la 2e année consécutive. Oui, on parle bien de foot mais plutôt comme on dit là-bas d’Indoor Soccer.

La MASL, Major Arena Soccer League, est la Ligue professionnelle de ce football qui se joue dans des patinoires aménagées et qui réunit des équipes du Mexique au Canada. Et dans cette Ligue joue donc un Français, champion deux fois d'affilée. Rencontre avec l’enfant d’Alsace devenu roi de Baltimore.

Football Stories⎜Quel est ton parcours dans le foot ?

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Sofiane Tergou⎜En France, je jouais en CFA à Sarre-Union. En 2014, je suis parti jouer en College à la Southern New Hampshire University, je jouais en NCAA (une ligue universitaire, ndlr). J’ai fait deux saisons là-bas pour passer mon Master en même temps. En décembre 2015, j’ai validé mon diplôme et je suis allé m’entraîner avec les Baltimore Blast où j’ai signé ensuite.

C’est facile là-bas d’avoir deux clubs ? Comment tu t’es retrouvé en Indoor Soccer ?

En fait, les saisons de foot reprennent aux États-Unis à la fin janvier-mi février et à la fin du College, en attendant la saison en outdoor, je ne savais pas trop quoi faire. J’ai simplement envoyé un mail au coach des Baltimore Blast. Il m’a répondu positivement, alors je suis venu m’entraîner deux jours, et il m’a fait signer dans la foulée. Je lui avais demandé de rester disponible pour le foot, le outdoor. Ça ne le dérangeait pas vu que les saisons ne se déroulent pas en même temps, et que si j’avais des essais, il me laissait les faire. J’en ai passés chez les Rhinos à Rochester en USL. Ils étaient d'accord pour me prendre dès que la saison avec les Blast se terminait, donc tout s’est super bien goupillé.

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Comment ça passe la MASL aux États-Unis ? C’est comme du five en fait ?

C’est dans une enceinte de hockey, on joue avec les murs comme au five. D’ailleurs tu sens le froid et ça glisse légèrement ! La balle ne sort jamais sauf qu’au five c’est rectangulaire et là c’est arrondi. D’ailleurs c’est fatal de jouer avec des murs arrondis. Tout devient vite un centre dangereux quand tu fais glisser la balle le long du mur. Il y a la règle des trois lignes, ça veut dire qu’on ne peut pas dégager la balle de derrière jusqu’à la 3e ligne, sauf si elle quitte le sol avant. Le gardien peut jouer comme un joueur de champ contrairement au futsal ou au five. Il y a aussi des exclusions de deux minutes pour des grosses fautes. Des détails qui changent du five, mais qui sont très à l’américaine.

Le découpage fait plus penser à du basket qu’à du foot finalement...

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Oui, on joue aussi en quatre quarts-temps, avec du show entre chaque. C’est un mix de plein de sports américains.

Du coup c’est une préparation différente du foot à 11 ? Comment tu abordes cette compétition-là toi ?

C’est une vrai prépa, c’est très sérieux. La plupart des joueurs de mon équipe ne font que ça, on est que deux à jouer aussi en outdoor. Tous les autres sont vraiment pros, il y a des internationaux américains, brésiliens, il y a des joueurs qui arrivent exprès d’Italie… C’est vraiment professionnel. On pourrait croire que c’est que de l’amusement mais ils sont vraiment dévoués à ça !

Photo Lewis Melcher - Baltimore Blast

Photo Lewis Melcher - Baltimore Blast

Ça a un peu perdu de son attrait depuis la création de la MLS, mais l’Indoor Soccer c’était la folie dans les années 90 !

Ouais ! Comme il n’y avait pas la MLS, c’était vraiment le sport de foot numéro 1 ! Des rivalités incroyables, des arenas pleines à craquer… Mon coach a joué dans ces années-là, l’adjoint aussi. Ils m’ont montré des trucs... C’était vraiment la folie ! Même mon coach actuel en outdoor à Rochester y a joué. Aujourd’hui, à domicile, on joue devant 7 000 personnes, la meilleure affluence de la Ligue, les autres c’est autour de 5 000-6 000 mais ça dépend aussi des arenas. Nous on est aussi une franchise phare de la Ligue, il y a un gros intérêt à Baltimore.

Baltimore, c’est une ville où sportivement il n’y a pas énormément de choses. Tu sens l’impact des Blast ? On te reconnaît dans la rue ?

Oui, il n'y a pas d’équipe de NBA, de NHL…Forcément les gens s’intéressent à nous. À part les gens qui viennent à l’arena, on ne sait pas qui est Sofiane Tergou, mais dès que je me balade en ville avec un bonnet ou un sac des Blast, les gens vont tout de suite venir me parler. Quand je suis revenu de France il y a une semaine, dans l’avion, les gens ont vu mon sac et ils sont directement venus. Même à l’immigration, le gars a vu que je jouais pour les Blast, il connaissait et ça se sent direct. À Baltimore, il n'y a que le football américain et le baseball et ce sont deux sports outdoor. En indoor, il n'y a que nous.

Je crois que le premier titre des Blast, c’est ton meilleur souvenir de footballeur…

Ouais carrément. C’était extraordinaire. On gagne le premier match à domicile 7-4. Match 2 au Mexique, un match de fou dans une ambiance de malades ! Chez nous ils viennent surtout voir du show, là-bas c’est des vrais tifosi ! Une ambiance chaude de stade de foot avec 9 000 personnes contre nous. 13-13 on va en overtime (prolongation) et on met le but en or. C’était vraiment un truc de dingue.

DR

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Du coup depuis quelques semaines, vous êtes champions pour la deuxième année consécutive, comment ça s’est passé cette saison ?

Cette saison était encore plus dure que la saison dernière. L’année passée, on était vraiment au-dessus. Mais cette saison on a vraiment charbonné, on a joué tous nos matches de playoffs en ingame. Ça veut dire qu’il y a un match gagné de chaque côté, et que l’on doit jouer un troisième match pour se départager. Le troisième se joue directement après le deuxième et pour nous ça a toujours été à l’extérieur. On a gagné tous nos matches de playoffs comme ça. Même la finale ! On perd le match 1. Le match 2 au Mexique, on est menés d’un but, il reste 18 secondes à jouer et on égalise à 8 secondes de la fin ! On gagne en overtime, et on égalise du coup. Comme d’habitude, match 3 donc et on gagne 1-0. Franchement, tous nos matches ont été disputés jusqu’à la dernière seconde. Cette année, on a vraiment lutté !

Tu te verrais ne faire que de l’Indoor Soccer ?

Non, j’aime trop le foot à 11 pour ne faire que de l’indoor. Après ce n’est pas une question d’argent parce que beaucoup ne font que de l’indoor et gagnent bien leur vie. Moi je suis entre 2 500 et 2 800 dollars par mois avec les Blast. Ça évolue selon les joueurs, moi je suis encore un rookie. Après, certains ne font que ça depuis 5, 10, 15 ans. Ça peut aller dans mon équipe jusqu’à 8 000 ou 10 000 dollars par mois.

Le five s’est beaucoup développé en France. Tu crois qu’il y a un avenir chez nous pour l’Indoor Soccer ou c’est trop américain ?

Le five se développe à fond donc oui, pourquoi pas. Le futsal se développe bien aussi. Après pour l’indoor, il faut des arenas dédiées et il n'y a pas assez de patinoires en France mais ce serait stylé ! Ou alors il faut arrondir les angles au five et ce sera même beaucoup mieux ! Au five, on n’utilise pas beaucoup les murs, c’est surtout pour que le ballon ne sorte pas. En indoor tu les utilises vraiment, et tu as beaucoup plus d’options. Les enceintes ovales, c’est fatal !

Par Greg Godefroy, publié le 04/05/2017

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