Entretien avec l'entraîneur de la 206ème nation mondiale de foot, les Îles Cook

Ce week-end, les Îles Cook ont remporté le premier match officiel de leur histoire face aux Îles Tonga lors des qualifications pour le mondial 2018. Un véritable exploit pour la 206ème nation mondiale (sur 209 au total) et pour leur coach Drew Sherman. 

Drew

Drew Sherman, un Gallois à la tête des Îles Cook (Cookislandsfootball.com)

Lorsqu'il s'occupait de l'académie de Southampton il y a quelques années, personne ne se doutait que Drew Sherman, un Gallois de 28 ans, allait devenir le premier sélectionneur de l'équipe nationale des Îles Cook à remporter un match officiel. En place depuis l'an dernier, il nous a livré ses impressions et ses ambitions sur son équipe, les difficultés rencontrées et l'expérience formidable qu'il vit avec ce groupe.

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Qu'est ce que ça fait de remporter le premier match officiel de l'histoire des Îles Cook en qualification de Coupe du Monde ? On imagine que ça doit être la folie ... 

C'est un sentiment très spécial. Les joueurs ont travaillé très dur lors des derniers mois pour en arriver là. Nous sommes forcément très heureux d'avoir écrit une page de l'histoire de ce pays. Nous avons réalisé une excellente campagne pour l'instant, surtout que nous avons enchaîné un deuxième succès cet après-midi contre les Samoa (1-0) ! Nous sommes premier de notre poule et nous sommes en position de nous qualifier pour le prochain tour de qualif. À nous de finir le boulot maintenant.

On sent que vous avez de l'ambition pour cette équipe. Vous comptez donc aller le plus loin possible et vous ne vous contentez pas de vivre la situation sans vous préoccuper de futur ...

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Bien sûr qu'on vit l'instant présent et qu'on prend les matchs les uns après les autres. Mais j'ai toujours cru que cette équipe était capable de se qualifier pour le prochain tour. Et maintenant nous sommes tout proches de réaliser ce rêve, c'est énorme. Il nous suffit d'un point vendredi face aux Samoa Américaines.

Est-ce que tu peux nous décrire l'atmosphère qui entoure un match à domicile ? Y-a-t-il une grosse passion autour de votre équipe nationale et du football en général ?

Pas vraiment. C'est un sport en développement aux Îles Cook, donc il n'y pas une grande ferveur. La raison principale, c'est bien sûr que l'équipe nationale n'a jamais brillé auparavant. Il est donc difficile pour les habitants de s'identifier à notre équipe et plus largement au football, même aux grandes équipes et aux grands joueurs d'Europe. À l'inverse, ils ont leurs héros et leurs icônes locales quand on parle de rugby, qui est le sport national ici. Mais le football est en train de se développer petit à petit et j'espère que nos résultats récents serviront à développer l'intérêt du peuple des Îles Cook pour le football et notre équipe nationale.

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Comment ça se passe pour sélectionner votre équipe ?

On est obligé de regarder sur tout le continent Pacifique. Au final nous avons six joueurs qui vivent aux Îles Cook, trois d'Australie et dix qui sont basés en Nouvelle Zélande. Nous avons recruté un peu partout pour trouvé les meilleurs joueurs pouvant jouer pour les Îles Cook. Mais c'est difficile parce que nous sommes le plus petit pays faisant partie de la FIFA (15 000 Cookiens).

Est-ce que certains de vos joueurs ont le statut professionnel ?

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Non non, ils ont tous des petits boulots à côté. Certains jouent dans le championnat néo-zélandais ou ici aux Îles Cook mais ils bossent tous à côté comme vendeurs au supermarché, ou dans des banques. Ce sont des personnes comme toi et moi, ils sont obligés de travailler à côté pour gagner leur vie, ils ne sont footballeurs qu'à mi-temps.

"Leur principale motivation, c'est de marquer l'histoire de leur pays"

C'est possible pour les meilleurs de devenir professionnels ?

C'est très très compliqué. Nous sommes une petite équipe et je ne pense pas que les recruteurs observent nos joueurs. Même pour notre meilleur joueur Taylor Saghabi, qui est également le meilleur buteur des qualifications pour le mondial, je ne pense pas qu'il pourrait devenir professionnel. Mais ce n'est pas leur première ambition. Leur principale motivation, c'est de vivre une expérience de groupe exceptionnelle, de porter haut les couleurs de leur pays, de faire partie d'une aventure unique et de marquer l'histoire de leur pays. C'est avant tout une aventure humaine.

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Taylor Saghabi, triple buteur lors de la victoire historique des Îles Cook face aux Îles Tonga (Radionz.co)

Comment un mec de 28 ans originaire du Pays de Galles, finit à la tête d'une équipe comme les Îles Cook ? 

Auparavant, j'ai travaillé en Premier League, à l'académie de Southampton qui est assez renommée en Europe pour le développement des jeunes. J'ai bossé là-bas pendant quelques années et puis j'ai rejoint une autre académie en Angleterre. Mon passé d'entraîneur se résume donc à encadrer des jeunes. Un jour, le président des Îles Cook m'a appelé pour m'offrir le poste d'entraîneur de l'équipe nationale. C'était une occasion énorme pour un mec de mon âge de pouvoir participer aux qualifications pour une Coupe du Monde, j'ai accepté sans hésiter. Pas seulement pour ma carrière, mais surtout pour l'expérience de vie qui m'était offerte. La décision a été très facile à prendre.

Comme tes joueurs, tu fais ça pour l'aventure humaine ou tu as des ambitions de pouvoir entraîner des grandes équipes en Europe ou ailleurs ?

Bien sûr, j'aspire à entraîner à un niveau plus élevé. C'est une opportunité géniale pour moi de pouvoir me tester avec autre chose que des jeunes en formation, de connaître les qualifs d'un mondial, et de voir si je suis prêt pour un niveau plus élevé. J'espère un jour revenir en Europe et entraîner au plus haut niveau possible. Mais je suis réaliste, je suis encore jeune, j'ai peu d'expérience au haut niveau, ça va être compliqué.

Récemment, un film-documentaire est sorti sur l'équipe des Samoa Américaines, retraçant le parcours fantastique de cette équipe pour les qualifications du mondial 2014. À la tête de cette équipe, Thomas Rongen, un étranger qui a marqué cette équipe. Il y a beaucoup de points communs avec votre aventure... 

Effectivement, j'ai vu ce film et il y a beaucoup de similitudes. La différence, c'est que Thomas Rongen est un coach qui avait déjà beaucoup d'expérience quand il a accepté ce poste à l'inverse de moi. Clairement, cette histoire nous inspire beaucoup mais il n'y a pas que cette équipe. Le niveau global des équipes en Océanie a augmenté : les joueurs sont meilleurs, les équipes ont largement progressé. Mes joueurs doivent prendre ça en compte et utiliser la difficulté du challenge pour devenir encore meilleurs. Ce qu'ils ont fait jusqu'à présent c'est génial, je suis très fier d'eux mais ce n'est que le premier chapitre de notre mission tous ensemble.

Par Julien Choquet, publié le 02/09/2015

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