Entretien avec Christian Gavelle, le photographe du Paris Saint-Germain depuis 30 ans

Depuis 30 ans et 1 374 matches, Christian Gavelle est le photographe officiel du Paris Saint-Germain. Il a partagé avec tous les joueurs, tous les coaches, des moments uniques qu'il a capturés et aujourd'hui compilés dans un livre incroyable. 

Culture Club — 30 ans de photographies au cœur du Paris Saint-Germain est disponible, et c'est une mine d'or pour tous les fans parisiens. Ce recueil recense les meilleures photographies de Christian Gavelle, des vestiaires aux joies et des longs entraînements aux shootings corporate. Le photographe a pris le temps de nous raconter son travail, sa passion et ses relations avec les joueurs qui sont finalement aussi ses collègues.

Football Stories | De quelle photo êtes-vous le plus fier ?

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Christian Gavelle | Les photos qui sont en double-page du livre sont des choix que j'ai fait, donc ce sont des photos que j'aime bien. Il y en a une en particulier, celle d'Hoarau avec des maillots du PSG tout flous [page 134-135]. C'est l'une de mes préférées car elle s'apparente à un tableau ou à une peinture. Elle est jolie et harmonieuse.

Combien de temps cela vous a pris de compiler tout ça ?

Plus d'un mois, week-end compris. Je travaillais dessus entre 8 et 9 heures par jour, j'écrivais parfois jusqu'à une heure du matin. C'était un boulot dont je ne me rendais pas compte, je ne pensais pas me lancer dans une entreprise pareille.

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13 mai 2013, Sakho (C.Gavelle/PSG)

13 mai 2013, Sakho (C.Gavelle/PSG)

Comment êtes vous devenu photographe du PSG ? Vous expliquez au début du livre avoir rencontré Borelli, est-ce lui qui vous avait repéré ou vous qui l'avez démarché ? 

Je les avais démarchés. Quand j'étais gamin, j'avais deux rêves : devenir pro au PSG et faire de la photo. J'ai essayé de rentrer au PSG comme joueur, mais j'avais les pieds carrés. J'ai quand même gardé les contacts pour plus tard. J'avais une vraie passion pour le PSG, donc je suis allé faire des photos au camp d'entraînement puis au stade, depuis ma place.

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Je développais les films, je faisais les tirages dans ma cuisine en noir et blanc. Ensuite, ça a été un très long processus. J'ai contacté l'unique association de supporters à l'époque, Les amis du PSG, pour leur proposer de faire des photos pour eux. Ils m'ont testé sur un match de troisième division. Une fois que j'y avais mis un pied, je n'ai rien lâché : il fallait que je mette le deuxième.

Vous êtes donc salarié du club ? À quoi ressemble votre travail au quotidien ?

Oui, je suis salarié depuis le 1e juillet 1987. Le quotidien dépend de l'actualité, des matches et des demandes, qui sont différentes aujourd'hui et ne concernent pas forcément sur le sportif. Il y a des périodes plus calmes, mais de moins en moins et avec cette nouvelle dynamique énorme de développement, il y a notamment des photos corporate à faire. Aujourd'hui, je fais même travailler des photographes.

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À quoi avez-vous accès ?

Cela dépend des entraîneurs et des périodes sportives, il faut s'adapter. Mais je me mets moi-même des interdits aussi, le vestiaires d'après match je n'y vais que quand on gagne. Je l'explique dans le livre, s'il y a des tensions ou de l'énervement, je n'ai pas envie de me retrouver là, même si ça peut faire de belles images.

Juillet 1993. Alain Roche et David Ginola (C.Gavelle/PSG)

Juillet 1993. Alain Roche et David Ginola (C.Gavelle/PSG)

Quel est votre meilleur souvenir ?

Sportivement, le plus excitant, c'est toujours de gagner des titres et ce qui va avec. Ou des gros matches, comme PSG-Real Madrid qui était un moment épique pour le club [en 1993, ndlr]. Il y a aussi les rencontres humaines, des moments partagés avec certains.

Par exemple, Patrick Mboma m'a invité une semaine au Cameroun pour couvrir son jubilé. Bernard Lama m'a aussi invité en Guyane pour un tournoi des U12. Je suis parti avec les jeunes du PSG, il y avait beaucoup d'activités culturelles autour, c'était très sympa.

Combien de photos avez-vous pris en tout ?

Alors là, je ne peux pas compter ! En tout cas, j'ai fait 1 374 matches officiels.

Racontez-nous les matches au Parc. Comment cela se passe pour vous ?

Il y a un parallèle entre mon match et celui des joueurs finalement. Il y a une remise en question à chaque match : comme un joueur, je dois être bon à chaque fois, performant et vigilant. Il y a aussi le facteur chance qui joue comme au foot. Il y a des matches où tout va bien et des matches catastrophiques où rien ne va, où le joueur va partir de l'autre côté pour exulter.

Avril 2014. Pastore, Marquinhos, Rabiot, Matuidi, Verratti (C.Gavelle/PSG)

Avril 2014. Pastore, Marquinhos, Rabiot, Matuidi, Verratti (C.Gavelle/PSG)

Vous êtes un supporter du PSG, vous arrivez à capter et à profiter de l'ambiance pendant un match ? 

Il ne faut pas se laisser porter par l'ambiance, il faut rester concentré sur le match. Après, je dois être vigilant à ce qu'il se passe dans le stade quand même. Il y a aussi des incontournables à faire à chaque fois. Par exemple, je dois prendre en photo "le carré" où il y a les people. Pour ça, je dois faire des réglages et cadrages différents. Un jour j'étais concentré là-dessus, et j'ai loupé un but.

"Là, je ne comprends pas, Thiago Silva court vers moi"

Vous avez voyagé, y a-t-il un stade à l'extérieur qui vous a marqué ?

Oui, dans le mauvais sens du terme. Je déteste Stamford Bridge, les conditions pour les photographes sont désastreuses, c'est un scandale. J'y ai pris la photo de Thiago Silva qui exulte, et j'ai d'ailleurs une anecdote à propos de cette photo [pages 164].

En gros, au stade, on a les panneaux publicitaires devant et un mur derrière. Je suis obligé d'attendre le dernier moment pour me placer et je me mets en latérale, car je ne peux pas aller au dernier moment derrière les buts. Je n'avais pas pu me mettre du côté des supporters du PSG, donc j'étais frustré dès le départ. Sur le but de David Luiz qui égalise, il va voir les supporters et j'étais très énervé.

Ensuite Silva marque son but de la tête et là, je ne comprends pas, il court vers moi au poteau de corner : c'est la photo que vous voyez. Après le match, on rentre en avion ensemble. Je lui demande pourquoi il est venu vers moi et il me dit : "Il y avait ma femme au milieu des supporters anglais et je voulais partager ce moment avec elle."

Un match vous a marqué plus qu'un autre ?

Le premier match pour lequel le PSG fait appel à moi, c'était un PSG-Bordeaux. On perd 2-1, c'est Toko qui marque pour Paris [le 24 septembre 1982, ndlr]. Le premier match est très important, car vous découvrez tout et vous avez donc une sensibilité exacerbée. Aujourd'hui, quand je vais au Parc des Princes, il n'y a plus de surprises, je connais tout. C'est un peu ma résidence secondaire.

"Quand mon fils est rentré, il y avait Ronnie à la maison. Ses copains ne l'ont jamais cru !"

Avez-vous lié des amitiés avec les joueurs, le staff ?

En règle générale, c'est plus facile quand ils ont terminé leur carrière. D'ailleurs, je n'essaie pas spécialement de développer ça. Je suis photographe d'une entreprise, je dois bien faire le job et je dois avoir de bonnes relations, mais je ne cherche pas à être copain.

Je suis resté en contact avec pas mal d'anciens joueurs qui interviennent dans le livre et qui parfois parlent de moi de façon à me faire rougir. Avec Pauleta par exemple, une relation très forte s'est nouée et il m'appelle parfois juste pour prendre des nouvelles. Il y avait aussi Bernard Lama ou encore Ludovic Giuly.

Juillet 2015. Marquinhos (C.Gavelle/PSG)

Juillet 2015. Marquinhos (C.Gavelle/PSG)

À part celle du but de Thiago Silva, avez-vous une anecdote amusante à nous raconter autour de ces photos ?

À l'époque où le club n'était pas si développé, j'ai dû transformer mon garage en studio photo. J'habitais pas loin du centre d'entraînement, le bâtiment actuel n'existait pas et il n'y avait aucun espace pour faire des photos. Dans le livre, il y a une image qui s'est faite chez moi : la photo de Ronaldinho torse nu dans mon garage. J'avais projeté un logo du club sur lui avec une diapositive [page 210-211]. Quand mon fils est rentré, il y avait Ronnie à la maison. Ses copains ne l'ont jamais cru !

Culture Club — 30 ans de photographies au cœur du Paris Saint-Germain, éditions Solar, disponible notamment ici au prix de 44,90 euros.

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Par Lucie Bacon, publié le 18/11/2016

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