Entretien avec les auteurs du Bidonero, le livre de foot le plus absurde du moment

Le 3 novembre est sorti chez tous les libraires un peu inconscients le très attendu Le Bidonero

Eddy Fleck et Maxime Mianat sont deux célèbres Twittos reconvertis écrivains le temps d'une mission : écrire Le Bidonero. Un livre (si on peut l'appeler ça comme ça) qui nous apprend 150 termes du langage du foot que personne ne connaissait avant aujourd'hui.

Football Stories | Est-ce que ça s'appelle Le Bidonero parce que ça va être un bide ?

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Eddy | Au départ, on voulait l'appeler Bob Dylan pour booster les ventes après l'annonce du Prix Nobel mais c'était une idée de merde. Du coup, on s'est rabattu sur Le Bidonero qui est un des premiers mots rédigés. C'est un défenseur un peu nul positionné très bas sur le terrain. Oui, parce qu'on parle un peu tactique dans le livre.

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Maxime | Les premiers retours sont extrêmement positifs avec très peu d’insultes sur les réseaux sociaux et un commentaire noté 4 étoiles sur 5 sur le site de la FNAC (j’en avais écrit d’autres mais le modérateur les a apparemment supprimés).

La préface du livre a été écrite par le célèbre Jean-Jacques Boucheraud. Pour les rares personnes qui ne le connaissent pas, vous pouvez nous en dire 2 mots ?

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Maxime | À 78 ans, Jean-Jacques Boucheraud reste une figure majeure de l’Académie française malgré certaines déclarations maladroites sur le mariage pour tous et un dernier livre – Ce mal qui ronge la France – interdit de vente. Que dire de plus sans risquer un procès en diffamation… Nous avons eu quelques divergences concernant cette fameuse préface, notamment lorsqu’il affirme que les fans de football ont le même Q.I que les singes. Sauf erreur de ma part, cela n’a jamais été prouvé.

Eddy | Ce qui est surtout gênant avec Jean-Jacques Boucheraud, c'est que Maxime est maintenant persuadé que ce mec existe. Il voulait lui envoyer un exemplaire du livre pour "essayer de le convaincre de sa qualité" mais je n'ai pas osé lui dire que c'était un personnage fictif. Du coup, un livre doit être actuellement perdu dans la nature. On a certainement fait un heureux. Un postier.

Il parait que vous avez mis une quinzaine d'années pour écrire ce livre, pouvez-vous revenir sur ce cheminement ?

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Eddy | L'idée vient de Maxime à l'époque où il traînait seul à Châtelet en essayant de vendre son premier livre : Micmac Football Club. Et un jour, je suis passé à cette station de métro et c'était le seul blanc dans la foule, ce qui m'a intrigué. On a discuté un petit peu et j'ai accepté qu'il vienne à la maison pour discuter de son projet et surtout pour qu'il prenne une douche. Quand il m'a parlé de ce dictionnaire absurde du foot, je pensais qu'il était encore sous l'emprise d'une substance tolérée mais dangereuse. Après une nuit passée (dans deux lits différents), j'ai trouvé que c'était finalement pas mal. En tout, on a mis 15 ans en effet : 14 ans de réflexion pour Maxime et un an d'écriture à deux.

Maxime | 16 ans plus exactement. Je raconte tout ? Très bien, asseyez-vous. Le concept d’un dictionnaire avec des mots inventés n’est pas de moi mais de Jean Yanne qui avait publié le sien début des années 2000. Son dico s’attaquait à ses cibles fétiches : l’armée, la religion, les fonctionnaires, la société française, le cinéma, etc. Certains mots étaient brillamment absurdes et faisaient beaucoup marrer l’étudiant en fac d’histoire que j’étais alors. À cette même période, je rencontre un autre étudiant, un gars bizarre, le genre à venir en redingote dans l’amphi ou à répondre "Sir Francis Drake" lorsqu’on lui demandait son nom. J’ai tout de suite perçu son génie. Durant les cours, il écrivait dans son coin ses propres mots inventés, probablement sous l’influence des délires de Yanne. Il me les a montrés, j’ai adoré, et depuis cette date je consomme l’humour absurde à forte dose. J’ai ensuite été emprisonné durant 14 ans dans une prison indonésienne, ce qui a retardé la sortie du livre. Ce n’est qu’à ma libération que j’ai voulu écrire mon propre dictionnaire, cette fois axé sur le football.

Ce livre regroupe 150 mots du vocabulaire du foot. Vous pouvez nous le décrire en 150 caractères ?

Maxime | En dépit des apparences, ce livre n'est pas du tout une biographie d'Alain Pinoteau, ancien bassiste des L5 (je rajoute cette parenthèse pour atteindre les 150).

Eddy | Projet collégial et bizarre avec l'apparence d'une insolente facilité alors qu'il est le fruit d'un travail sincère et totalement amusant... (j'ai mis trois petits points pour atteindre 150 caractères et ajouter du suspense).

Plus important : d'où est-ce que vient l'inspiration ? Parce que "Liguain Kedavra" par exemple, on se demande à quoi vous carburez... 

Eddy | Ce mot fait partie des derniers mots écrits et on le sent parfaitement. C'est un mot de fin de soirée, quand tu n'as plus honte de rien. Pour ce qui est de l'inspiration, on chope tout ce qu'on peut choper comme idée autour du football et on essaye d'affiner à deux, comme un bon fromage. En tout, on a écrit deux fois plus de mots que ceux présents dans le livre mais certains étaient tellement honteux que l'éditeur a supprimé nos numéros pendant trois semaines (petit doute sur la concrétisation du projet à ce moment).

Maxime | On aime introduire des références cinématographiques, culturelles ou historiques avec le football, car cela donne un côté sérieux et avéré à des mots inventés. Personnellement, l’inspiration me vient partout. Je me trimballe toujours avec un carnet où je note tout ce qui me paraît drôle dans mon quotidien. Une affiche publicitaire peut me donner l’envie d’écrire un mot. Eddy a une approche plus… disons plus professionnelle que moi. Son équipe d’auteurs fonctionne bien et lui coûte peu, il aurait tort de changer son mode de fonctionnement.

Vous avez forcément une définition favorite dans ce livre. Laquelle ?

Maxime | Il y a plusieurs types de définitions dans Le Bidonero : des définitions absurdes, d’autres plus portées sur l’humour noir, des biographies de joueurs légendaires bien que totalement fictifs, des faux clubs, tactiques ou matches de légende. Certains mots complètent le vocabulaire déjà existant : le fadoir, par exemple, désigne un éternel espoir qui ne progressera jamais, tel un Jordan Ferri ou un Kevin Monnet-Paquet. C’est le type de mot utile que l’on enseignera bientôt dans les écoles. Les négociations avec l’Education nationale pour réformer le programme d’histoire viennent de se terminer et nous sommes fiers d’annoncer que le philosophe romain Cristianus Janpierrus (89-22 av. J.-C.) remplacera Charles de Gaulle à la rentrée.

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Eddy | Apparemment Maxime n'a pas envie de répondre précisément à ta question. Ma définition favorite est une bio, celle de "Non attribué", un sportif qui rafle tous les titres quand ils sont retirés aux gagnants (dopage, tricherie etc...) C'est d'ailleurs la définition qui a fait le plus réagir sur Twitter. Sinon j'aime beaucoup la zobite parce que j'ai neuf ans d'âge mental et que ça me rappelle une expérience personnelle : c'est une prothèse de phallus pour ne pas être ridicule sous la douche après un match.

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On est déçus de voir qu'il n'y a pas la définition du mot "FootballStoriesico". Vous avez 5 minutes pour nous en écrire une, deal ?

FootballStoriesico (match de légend.) : le FootballStoriesico est un derby parisien opposant l'équipe de la rédaction de Konbini et l'équipe de la rédaction de Football Stories. Considérée comme la rencontre la plus "hipster" de la capitale, ce match de football se joue deux fois par saison dans un hangar désaffecté avec une billetterie qui délivre des tickets de matchs 100% biodégradable. Le port de la barbe est obligatoire pour les hommes. Les femmes doivent avoir un tatouage visible et un bonnet même si la température est élevée. Le protocole d'avant-match oblige les capitaines à échanger une salade de quinoa en guise de fanion. L'objectif est d'inscrire le plus de nombre de buts que l'adversaire en se déplaçant en skateboard. Le FootballStoriesico a été élu en 2015 "meilleur événement sportif pour personnel d'entreprise aimant les lieux inquiétants mais stylés."

Combien avez-vous donné à Hugo Sports pour qu'ils acceptent de sortir ce livre ?

Maxime | Ce n’est pas la première fois qu’ils publient des livres d’humour : Jacques Santini, mes secrets de coach avait très bien marché. Tu sais, le processus de publication chez Hugo Sports est identique à celui des autres maisons d’éditions : on apporte la bible (la présentation du projet) au directeur de collection, on se met autour d’une table, on discute, on le fait boire et on profite de ce moment de faiblesse pour lui faire signer un contrat. Après, il ne peut plus reculer.

Eddy | Ah c'était pas du jus d'orange dans le verre ? Moi qui pensais qu'il était sincère en nous faisant signer...

Aimez-vous vraiment le football ?

Maxime | On le respecte profondément. On a vraiment voulu faire le meilleur livre d’humour possible en évitant les blagues convenues sur les blessures de Gourcuff et la taille du sexe de Makelele. C’était ça, l’objectif : surprendre le lecteur, l’emmener là où il ne s’y attend pas et lui raconter une histoire du football différente de celle qu’il connaît. À la relecture, il semblerait qu’on ait échoué.

Eddy | J'aime tout ce qui est détesté dans le football : les simulations, les prises de risques devant sa surface de réparation, les célébrations de but face à son ancien club et l'Olympique Lyonnais. En fait, je crois surtout que j'aime plus la Ligue 1 que le football. J'ai 26 ans et j'ai toujours pas compris qu'il fallait éviter les matches du dimanche soir par exemple. C'est ce qui est beau.

Si vous deviez donner trois arguments pour que nos lecteurs achètent ce livre, ça serait quoi ?

Eddy | À vos lecteurs ? Ce livre parle de football, il est pop et on peut le savourer avec un Coca-Cola.

Maxime | Primo : vous pourrez sortir des mots savants pour épater (voire humilier) vos potes qui regardent le match. Deuzio : tant que le livre n’atteint pas les 5 000 ventes, nous continuerons notre promotion intensive. Terzio : si vous ne riez pas au moins une fois durant la lecture de ce livre, alors suicidez-vous. Ce n’est pas vraiment un argument, plutôt un conseil d’ordre pratique.

Et pour finir, est-ce qu'on aura la chance de vous lire sur un prochain projet ?

Eddy | Dans un premier temps, il faut qu'on rembourse l'argent que l'on doit à l'éditeur. Si ça marche bien, on pourra parler d'un second projet.

Maxime | J’ai déjà signé pour une suite mais Eddy ne le sait pas encore. Je préfère écrire seul, de toute manière.

Par Julien Choquet, publié le 04/11/2016

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