Rennes’ French forward Ousmane Dembele celebrates after scoring a goal during the French L1 football match between Rennes (SRFC) and… Lire la suite

Comme Dembélé, comment peut-on être aussi à l’aise des deux pieds ?

Ousmane Dembélé impressionne et intrigue. La révélation du Stade Rennais joue du pied droit comme du gauche avec facilité. Un formateur et un préparateur physique nous en expliquent les tenants et aboutissants, techniques et physiques.

Est-ce possible pour tous ? Quelle est la part d’inné et d’acquis ?

La réponse de Yacine Hamened est claire : "Si vous travaillez, vous y arriverez. La patience, le travail font la différence." L’ancien formateur d’Evian Thonon-Gaillard insiste :

La part d’acquis est bien plus importante dans ce genre de cas. Plus vous travaillez à l’entraînement, plus vous aurez la possibilité de vous débrouiller avec vos deux pieds.

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Avant de rappeler que tous les joueurs n’ont pas la force mentale nécessaire. "On remarque que si l’on n’est pas à côté des gamins à l’entraînement, ils ont tendance à favoriser leur pied fort. Et à un moment donné, ils ont plus de mal avec leur deuxième pied." Et la part d’inné alors ? "Mesurer la part d’inné c’est compliqué, il faudrait savoir comment le joueur a grandi, comment il était au départ."

Quand et comment apprendre à jouer des deux pieds ?

Là encore, le technicien rappelle que jouer des deux pieds, "c’était dans les programmes d’entraînement et de formation à la DTN". Et avec des exercices plutôt basiques :

Tout ce qui est technique pure : slalom, conduite de balle, frappe. Et les obliger ! En disant par exemple : "Cet exercice de 5min, c’est QUE pied gauche pour tout le monde. On ne veut pas savoir si vous êtes gaucher ou droitier." Et vice versa, le faire pied droit pour tout le monde après.

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Dembélé après son but face à Nantes, le 6 mars dernier (Photo Damien Meyer / AFP)

Dembélé après son but face à Nantes, le 6 mars dernier (Photo Damien Meyer / AFP)

Une chose est claire : cette aptitude doit être travaillée et acquise durant la formation. Nicolas Dyon, préparateur physique au Grasshopper Zurich, le confirme. "Cela doit se faire sur un jeune en formation ! C’est indispensable. Les jeunes devraient faire 60% de passes du pied fort, 40% du pied faible. Quand tu récupères les joueurs à 20/21 ans, c’est trop tard. La plage de progression commence à 13/14 ans." Ousmane Dembélé, même pas 19 ans, en est la preuve. Maîtriser les deux pieds s’apprend très jeune. Nicolas Dyon enfonce le clou pour les joueurs expérimentés, soulignant "la lenteur d’apprentissage".

Toutefois, rien n’interdit le joueur de se prendre en main, "en plus des exercices proposés dans le cadre de la séance" comme l’explique Yacine Hamened :

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C’est aussi du travail personnel. Après l’entraînement, on peut prendre dix minutes face à un mur pour travailler son pied faible. Cela permet au moins de répéter le geste. La compétition sera différente. Dans un match, il y a plus de pression, de l’adversité. Mais le fait d’avoir répété le geste donne plus de facilité pour le réussir !

Tous égaux ? Pas sûr, les gauchers auraient plus de difficultés

Bien que la part d’inné ne soit pas mesurable – ou de façon difficile et aléatoire, dès le plus jeune âge -, Yacine Hamened concède que "les gauchers ont vraiment plus de mal par rapport à leur morphologie, leur façon de se tenir. C’est dû aussi à leur cerveau. On voit qu’ils ont une façon de conduire le ballon vraiment différente des droitiers." Alors, mission impossible pour un gaucher ? Le co-auteur du livre Pourquoi le football français va dans le mur (Hugo Sport) ne va pas jusque-là et nuance : "Il n’y aura pas la même fluidité chez un gaucher".

Est-ce si rare ? Des noms !

Comme beaucoup d’observateurs, Yacine Hamened est dithyrambique à propos d’Ousmane Dembélé. Mais pas que. "Dembélé ou Camel Meriem à l’époque sont des exemples surréalistes, flagrants : qu’ils prennent la balle pied droit ou pied gauche, on ne remarque pas la différence." Les autres joueurs remarquables à ce point de vue ? Des meneurs de jeu, selon le responsable du site parlonsbienparlonsfoot.fr : "Zidane marquait beaucoup du pied gauche et Yoann Gourcuff est aussi à l’aise des deux pieds." Et à l’écouter, ces joueurs ne possédaient pas que le talent en commun. "On remarque là que ce sont des joueurs qui ont beaucoup travaillé, qui avaient une attitude sérieuse. Et si vous travaillez, vous réussirez."

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Une aptitude qui transforme le joueur et plaît à l’entraîneur

Nicolas Dyon, ancien membre du staff du Stade Rennais, de l’OGC Nice ou de l’AS Saint-Etienne, se montre enthousiaste.

En termes technique, c’est que du positif ! Un joueur qui a les deux pieds peut faire beaucoup plus de choses. Pas seulement marquer des buts. Surtout se sortir de situations difficiles, voire d’urgence, lorsqu’on est pressé par deux ou trois adversaires. Avec un seul pied, le joueur doit faire 2/3 appuis de plus, il perd du temps et est moins efficace.

Quant à Yacine Hamened, il souligne l’importance de cette qualité pour un certain type de joueur…

Un joueur de côté pourra alors occuper les deux ailes et ne pas être embêté dans certaines situations. Il ne sera pas obligé de revenir sur son pied fort et refaire un crochet pour être dans la meilleure position. Tout au long de sa carrière, ce sera un vrai plus. Même pour l’entraîneur.

Existe-t-il une différence physique ? Et des conséquences ?

Yacine Hamened souligne l’évidence, à condition d’avoir les moyens. "Oui, il y a des différences. Mais cela ne peut pas se voir à l’œil nu, seulement sur des tests. Comme sur les machines Sibex." Puis il précise :

Si vous regardez la bio-mécanique, elle sera plus équilibrée chez un joueur qui utilise régulièrement ses deux pieds. Il est gainé de façon homogène par exemple. Si vous n’utilisez qu’un pied, il y a forcément un déséquilibre. Notamment concernant la puissance d’une cuisse à l’autre.

Ce que confirme le kiné Nicolas Dyon :

C’est clair qu’il y a un gros déséquilibre car le joueur n’utilise jamais l’autre côté. La plupart du temps, la jambe d’appui est plus forte que l’autre, phénomène parfois accentué au niveau du quadriceps.

Ce déséquilibre a-t-il des effets dangereux pour le footballeur exclusivement droitier ou gaucher ? L’ancien formateur d’Evian explique, pragmatique. "Cela se compensera sur plein de choses." Le préparateur physique des Grasshopper Zurich détaille, passionné :

Je ne vois pas de différence articulaire sur le genou ou la cheville. Mais ce qui est sûr, c’est qu’une motricité s’est installée. Par exemple, Di Maria ne joue quasiment jamais du pied droit. Alors le joueur s’est construit une stratégie musculaire. On pourrait penser que les adducteurs de sa jambe gauche sont menés à rude épreuve mais il n’a pas plus de blessures à l’adducteur gauche. Cela veut dire qu’autour de ça, les muscles profonds et les muscles de soutien se sont renforcés. L’adducteur, qui est le muscle de la passe, n’est pas surménagé comme l’on pourrait le croire. Au niveau pathologie et blessure, on ne rencontre pas de problème particulier. L’organisme trouve une stratégie et s’adapte !

Et si un joueur trouvait finalement la motivation de bosser son mauvais pied après plusieurs saisons professionnelles ? À en croire le responsable du site www.physicfootball.com, cette attitude louable comporterait des risques. "Ne jouer que d’un seul pied a moins de conséquences néfastes (sur le physique) que si l’on tentait d’équilibrer un joueur déjà mature et expérimenté. Ce processus là serait beaucoup plus risqué."

Alors, est-il possible de jouer du pied droit comme du pied gauche ? Oui, en travaillant beaucoup et le plus tôt possible. Et pour les adeptes du "Mieux vaut tard que jamais", l’expression s’apparente ici à une méthode Coué.

Par Maxime Lavoine, publié le 31/03/2016

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