Daniel Riolo : "À moins de me nommer président…"

Auteur du livre Autopsie du sport français, dans lequel il explique comment évoluent les sports populaires en France, Daniel Riolo nous a longuement raconté les maux qui rongent le monde du ballon rond en France.

Formation des joueurs et des entraîneurs, manque de transparence des instances ou encore corporatisme flagrant : les constats que fait Daniel Riolo concernant le foot dans Autopsie du sport français sont sévères, et on a voulu comprendre avec lui comment on en est arrivé là et quelles sont les pistes à explorer pour faire peut-être enfin de la France un vrai pays de foot.

© Hugo Sport

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Quelle est la genèse de ce projet ? Tu en avais marre de taper sur le foot, donc tu t’attaques à huit autres sports ?

En fait, je n’ai jamais voulu, à aucun moment, taper sur qui que ce soit, dans le foot ou ailleurs. Ce qui m’intéresse, c’est de dire les choses, pas taper. Quand il y a des périodes un peu délicates, oui, on va retenir que je tape, mais je pense qu’au final, on est dans le 50/50.

Après, pour ce qui est du bouquin, moi je m’intéresse de toute façon à tous les sports. L’idée de celui-là est venue l’été dernier, on venait de sortir du Tour de France, encore une fois un Français n’a pas gagné, juste avant il y avait eu Roland-Garros et Wimbledon, encore une fois les Français n’ont pas gagné. En fait, c’est parti de ces deux sports-là. Ça ne pouvait pas partir du foot, car de toute façon, je connais ça par cœur. D’ailleurs, le foot, c’est le dernier sport qui a été fait dans le livre, et c’est celui pour lequel j’ai rencontré peut-être le moins de gens. Quand je faisais la liste des gens à voir, j’en enlevais, car je me demandais ce qu’ils pouvaient me raconter que je ne savais pas déjà, car je parle avec eux tout le temps. D’ailleurs, pour le foot, ce que je trouve intéressant justement, c’est d’aller voir des mecs moins connus comme Thibaud Leplat, qui est écrivain sur le foot, qui a toujours fait plein de bouquins super, et c’est le point de vue historique qu’il avait qui m’intéressait. Je suis aussi allé voir Yacine Hamened, qui est un éducateur que j’aime beaucoup et qui s’intéresse aux problématiques de formations, que ce soit celles des joueurs ou des entraîneurs.

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Quand j’ai eu l’idée du bouquin, je n’ai pas eu besoin de me dire : "On n’a eu que deux Coupes d’Europe dans le foot français", ça je le répète sans arrêt, donc je voulais savoir pourquoi en tennis on n’a jamais des mecs qui gagnent des Grands Chelems. Pour la natation, je voulais savoir pourquoi, à un moment, quand Manaudou s’est mise à gagner, derrière on a eu l’impression que dès que tu avais un mec qui plongeait dans une piscine, ça allait faire médaille. Je me suis dit qu’il fallait aller voir chaque mec pour faire un grand débat, pourquoi toi à un moment ça a marché dans ton sport, pourquoi toi non, pourquoi le handball c’est si formidable en France, pourquoi le basket ça semble être porté par Parker…

Je voulais aller regarder dans chaque sport comment ça marche. Il fallait faire une sélection, il y en a auxquels je n’ai pas pensé, comme le ski, pourtant il y avait des pistes, on est un pays de montagnes, mais on n’a pas beaucoup de vainqueurs, pareil en Formule 1. Mais j’ai pris les sports qui rassemblaient le plus de gens : le rugby évidemment, les gens adorent, le hand maintenant ça fait des 7 ou 8 millions de téléspectateurs, que ce soit hommes ou femmes, quand la France passe à la télé. J’ai choisi plutôt des sports populaires quoi.

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Nous, on va surtout parler de foot et des problèmes que tu soulignes dans ce livre. Pour commencer, page 24, tu parles des excuses que donnaient les clubs français quand ils rataient leur campagne européenne dans les années 1980. Les mentalités changent un peu, mais au fond, on a chaque année droit à de nouvelles excuses. Qu’est-ce qu’il leur faut pour comprendre que le développement d’un club passe par l’Europe ?

Je pense qu’ils ont su longtemps que ça passait par ça, que la notoriété de certains a été construite autour de ça. Comme à Saint-Étienne, ou à Bastia, ils ont ça dans leur histoire et ils te le font visiter en long, en large et en travers.

Les années 1990 sont bonnes, ce sont les meilleures années du foot français, en club et en sélection, et ça s’arrête pile à 2000. Après, il y a eu une période où les clubs étaient à l’envers, notamment Paris et Marseille. Mine de rien, Lyon a beaucoup essayé l’Europe… Et après, tu as eu ce mouvement où ils disaient qu’ils n’avaient pas assez d’argent, donc ils n’y allaient pas. Mais c’était juste une excuse, ce n’est pas qu’ils n’avaient pas envie d’y aller ou quoi, mais ils constataient qu’ils se faisaient sortir par n’importe qui… Quand je me suis mis à rechercher, sur les 15 dernières années, tous les clubs qui avaient fait tomber des clubs français… C’est délirant !!! C’est incroyable ! Au bout d’un moment, ça me faisait rire…

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"C’est délirant notre niveau en Coupe d’Europe. Et tu n’en as pas un qui se remet en question"

Déjà, je ne me souvenais même plus qu’autant de clubs français avaient joué l’Europe, que Nancy ou Strasbourg s’y étaient collés par exemple. Tu as l’impression que tout le monde a eu sa chance, ils ont tous pu aller y faire un tour. Et tu te dis "mais contre qui ils ont perdu…" Tout ce qu’ils disaient, c’est qu’ils n’avaient pas assez d’argent. Mais ils se rendent compte contre qui ils perdent, même au premier tour ?? Sans remonter loin, dans les années post-2010, avec l’OL, il y a eu Nicosie, Astra Giurgiu, Real Sociedad en tour préliminaire… C’est délirant notre niveau en Coupe d’Europe. Et tu n’en as pas un qui se remet en question, ils trouvent toujours des excuses.

Mais pourquoi des excuses aussi faibles que le manque d’argent alors que c’est souvent faux, par rapport à d’autres équipes comme celles dont tu parlais ?

Ça tient si tu te fais taper par le Barça, le Real ou le Bayern. Mais hier [interview réalisée le lendemain de l’élimination de Manchester United, ndlr], quand tu vois que Séville et la Roma sont en quarts de finale alors qu’à Lyon, ils sont à des années-lumière de la Ligue des Champions [Lyon n’avait pas encore été éliminé de la Ligue Europa au moment de l’interview, ndlr]. Les deux dernières fois qu’ils y sont allés, c’était minable, alors que Lyon, en termes de budget, ça doit être deux fois Séville [selon Sportune, le budget de Séville est de 212 millions cette saison, selon Ecofoot, celui de Lyon est de 240 millions, ndlr]. Moi je veux bien entendre l’argument de l’argent, ça tient la route, car c’est vrai qu’en France on a un problème avec le fisc dans tous les sports, on est beaucoup plus taxés que les autres. Mais quand tu perds contre des mecs qui sont moins riches que toi, bah non, tu n’as pas le droit de dire ça, tu te tais.

Page 26, tu parles dans l’histoire du foot français des marques qui se sont liées à des clubs de foot, et de ces "mécènes qui viennent pour gagner le plus vite possible en dépensant le moins possible". Alors, la fin de la phrase n’est plus forcément vraie, mais il y a des marques, comme QSI, qui peuvent être vues comme des mécènes du foot français aujourd’hui. Est-ce vraiment le même principe, ou ils ont quand même plus de temps, plus de connaissances du milieu ?

Ils n’ont pas plus de connaissances du milieu, mais ils veulent prendre le temps de le faire. Mais ils ne connaissent pas plus le foot, ils n’ont pas plus cette culture-là que tous les chefs d’entreprise qui se sont lancés dans les clubs français. Aujourd’hui, je suis sûr que si tu prends plus de la moitié des mecs qui travaillent au PSG, tu les soumets à des questions très simples sur l’histoire du PSG, je suis sûr qu’ils ne répondent pas.

Les joueurs non plus.

Mais les joueurs sont là pour jouer. Les mecs qui travaillent au club, qui sont à des postes de direction, c’est leur culture, leur foi en ce qu’est le foot et la façon dont ça marche qui va faire que tu vas marcher. Quand un mec se lance dans une entreprise, de cosmétiques ou de bouffe par exemple, s’il ne connaît pas un peu l’histoire de son secteur, il va avoir beaucoup de mal, ou alors il faut qu’il s’entoure de gens qui sont spécialistes du secteur.

Nasser peut mettre toute la bonne volonté du monde, mais il faudrait qu’il prenne des cours, qu’il aille dans trois ou quatre clubs faire des stages d’un mois pour savoir ce que c’est réellement et culturellement le foot, et comment ça marche. Il met beaucoup de volonté, mais il n’y a pas assez de mecs qui sont assez imprégnés de cette culture-là. Mais c’est comme ça pour beaucoup de chefs d’entreprise qui sont arrivés. Aulas, au début, quand il arrive à Lyon en 1987, il ne sait pas, il ne connaît rien au ballon. Maintenant, il connaît tout ça par cœur, mais je ne pense pas que dans les clubs européens, ailleurs, un mec qui aurait été nommé en 1987 n’aurait pas du tout su ce qu’était le foot. C’est parce qu’on a un retard historique important, mais ça se comble, ça s’apprend.

"Quand Tapie va chercher Goethals, il a très vite compris qu’il n’y avait pas de techniciens français à la hauteur"

Tapie ne connaissait pas non plus tellement ce milieu, mais ça a fonctionné.

Lui, il a vite tout appris [rires]. Même sur ces dernières années ou encore aujourd’hui, à chaque fois qu’il a fait des interviews pour parler par exemple du PSG, il n’y avait pas grand-chose de contestable, il voyait souvent juste, ce qu’il dit est vrai. C’est pour ça que, je le disais, tu as le droit d’apprendre et comprendre vite comment ça marche et ce qu’il faut faire. Quand il explique pour la 150 000e fois pourquoi il prend Beckenbauer, pas de problème, on comprend très bien. Quand il va chercher Goethals, il a très vite compris qu’il n’y avait pas de techniciens français à la hauteur, que c’était des tocards. Quand tu prends Goethals, ce n’est pas pour rien. Même si après il le fait chier sans arrêt et que c’est lui qui fait l’équipe, il n’empêche que Goethals, c’était un super entraîneur.

On parle souvent d’embellie du foot français avec l’arrivée de QSI au PSG, quel est ton sentiment sur ce sujet ? Elle existe vraiment cette embellie, car les droits télé ont augmenté notamment, mais est-ce viable et durable, d’avoir un seul club comme locomotive d’un championnat ?

Non, non, la première étape, c’est aider les autres à grandir : d’abord, il faut qu’il y ait un groupe d’équipes fortes. Il ne faut pas qu’il n’y ait que le PSG ; bien sûr, Marseille et Lyon doivent embrayer. Après, Monaco c’est un peu différent, parce qu’il n’y a pas un fort engouement autour du club, mais s’ils sont là pour faire la course aux premières places, c’est déjà bien.

Mais c’est vachement important que Marseille et Lyon décollent et puissent avoir de bons joueurs. Aujourd’hui, je trouve que l’OM avance assez vite, mais c’est à Aulas que j’ai envie de dire : "Arrête de déconner, sois un peu plus lucide, parce qu’on a vraiment besoin de toi, on a besoin de l’OL, on n’a pas besoin d’un OL quatrième avec Pep Génésio qui fait n’importe quoi comme en ce moment". Le PSG, c’est très bien, c’est génial la notoriété et d’avoir des stars comme ça, mais il faut que derrière, ça suive, il ne faut pas que ça s’englue.

Tu ne trouves pas qu’en France, les dirigeants, comme à Marseille et Lyon, se regardent un peu le nombril et ont peur de s’ouvrir, notamment avec des coaches étrangers ?

Aulas se sclérose un petit peu, il est très refermé sur lui-même, sur la ville même de Lyon. Chaque année, on pense qu’il va s’ouvrir, qu’il va essayer d’autres choses. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que Lyon, avec 250 millions de budget, doit être un club phare en France. Là, ils sont en train de terminer pour la je-ne-sais-pas-combientième-fois à plus de 15 points du PSG. Ce n’est pas possible, ils devraient être à 6 points du PSG, pas à plus de 15 points, surtout qu’ils ont gagné contre eux.

Comment expliques-tu que le foot français soit si corporatiste, se protège autant, et que les médias y contribuent d’une certaine manière.

C’est-à-dire ?

Certains consultants et journalistes protègent beaucoup les coaches français en remettant très peu en question leurs méthodes…

Un peu moins maintenant, il y a des mecs qui essayent de s’ouvrir un peu. Beye a fait beaucoup de bien au CFC. Je veux croire qu’à force de l’avoir répété, ça a ouvert les yeux à la plupart des gens. Mais il y a une tradition de ça, L’Équipe, c’est une petite vision, c’est notre seul journal, ça a un rôle capital, mais ça a une vision étriquée des choses, ils sont entre eux, ils pensent avoir la science infuse, ils sont amis avec les mecs, donc leurs liens de proximité les empêchent de voir plus loin. C’est compliqué quand tu les vois défendre à mort sans arrêt Aulas, Génésio… [Il soupire].

C’est un fonctionnement qui est comme ça, la plupart des coaches ne sont plus en poste, ce sont des amis d’untel et untel, donc ils veulent les recaser. C’est un peu refermé, un peu sclérosé notre foot, oui, une sorte de grande famille. Après, ça n’empêche pas que les uns tapent sur les autres, mais ce qu’ils veulent, c’est qu’untel retrouve du taf… Mais c’est pareil chez nous aussi hein [RMC, ndlr] ! Les consultants font partie de cette famille ; quand ils ont un poste de consultant, c’est parce qu’ils n’arrivent plus à avoir le poste sur le terrain… Mais ils ont leurs amis, ils les défendent, c’est comme une machine à laver.

Tu soulèves aussi un autre problème dans le foot français, celui de l’individualisation dans le foot, c’est-à-dire qu’en France, comme on souhaite avant tout revendre cher les joueurs qu’on a formés, ces derniers ne pensent qu’à leurs statistiques. Peux-tu nous expliquer en quoi ça tire nettement vers le bas notre foot ?

Ça, maintenant, c’est partout pareil, en Italie, en Espagne… À partir du moment où c’est une star, le mec ne pense qu’à gérer sa carrière individuelle et plus à être dans le collectif. Après, ce qui fait qu’un collectif va marcher ou que tu vas atténuer ce problème-là, c’est si le club est fort, si le club dit aux joueurs : "Tu vas ranger ton petit cas perso, tu vas jouer pour l’équipe." Mais ça, ça n’existe pas qu’en France. Regarde ce que fait l’OM cette année, on ne s’y attend pas, peut-être que les mecs ont des états d’âme, mais en l’occurrence, ça ne se voit pas, il y a un super état d’esprit.

"Le footballeur, aujourd’hui, c’est une rock star, et c’est au club de lui faire comprendre qu’il n’est pas plus important que lui"

C’est peut-être un peu moins le cas au PSG, avec l’arrivée de Neymar, ça a l’air d’être moins le cas à Lyon avec les trois devants qu’ils ont pris, soi-disant stars [Memphis, Traoré et Diaz, ndlr]. Ça, c’est au club d’atténuer l’effet pervers de la starisation du football. Le footballeur, aujourd’hui, c’est une rock star, ce n’est pas simplement un footeux. Après, quand il revient dans son club, c’est au club de lui faire comprendre qu’il n’est pas plus important que lui.

Je ne sais pas si tu as lu l’interview de Xavi dans le So Foot de ce mois-ci [il acquiesce], mais il y expliquait le manque de temps passé à développer l’intelligence de jeu dans les centres de formation. On travaille beaucoup plus le physique et la technique que la tactique en France…

Franchement, ce n’est pas qu’en France. Quand tu regardes même certains matches de Ligue des Champions qui sont passionnants à suivre, il y en a beaucoup, ce sont des parties des FIFA, hein… C’est du 1 contre 1, c’est très physique, parce que les mecs, même s’ils sont techniques, ils sont dans l’élimination et ce qui compte, c’est leur capacité à refaire les efforts, à se replacer. On en demande de plus en plus aux joueurs. Dans 10 ans, on aura peut-être des effectifs de 30 ou 40 joueurs, car il faudra jouer le championnat et la Ligue des Champions.

Ce dont on parle le plus aujourd’hui, c’est l’intensité, le pressing, et tout ça, ça se fait d’abord avec le physique. Après si tu réussis à faire ta passe intelligente, c’est parce que tu as des joueurs un peu hors norme. C’est ce qu’essaye de faire Guardiola, c’est un peu le football "Liga touch" quoi. Mais pour le reste, même en Premier League, ce que fait Manchester United, c’est du combat, un mec comme Lukaku, c’est du combat. C’est sa puissance physique qui compte. Si après, derrière, il arrive à faire son geste technique, c’est génial, tant mieux pour lui. Même Liverpool joue comme ça, que ce soit Salah, Firmino et Mané. C’est fantastique quand ça marche, mais dans ces moments-là, tu notes principalement que c’est d’abord des accélérations fulgurantes, une intensité qui est mise par le bloc derrière eux pour contrer les ballons, jouer les phases de transition à 2 000 à l’heure et après eux, si par le geste technique, ils arrivent à bien finir, à mettre la belle frappe, tant mieux.

Même au Real, ils ont des joueurs extraordinaires et intelligents au milieu, mais quand ils sont mal en point comme au début de l’année, ils remettent une dose de physique, pour se remettre à niveau, et ils vont peut-être bien finir la saison en Ligue des Champions comme ça. Après ils ont des joueurs hors norme, ça c’est sûr, et après, en plus de ça, tu mets le mental, la gestion de l’émotion… Mais que le foot devienne de plus en plus physique, ça c’est sûr.

On a quand même l’impression qu’en France, depuis Suaudeau, il n’y a pas d’école de pensée. Et comme tu le soulignes dans le livre, quand on voit la formation des coaches en France, ça n’a pas l’air d’évoluer…

La formation des coaches en France, c’est une catastrophe totale. Franchement, quand tu vois à qui elle a été confiée depuis des années, tu te demandes… Quand tu vois les noms des mecs qui font passer les diplômes, tu ne comprends pas, ce sont des mecs qui ne sont pas allés sur le terrain depuis 10 ou 20 ans. Franchement, ça c’est incompréhensible. Quand tu vois un mec qui a 20 ou 30 ans aujourd’hui et qui veut se lancer dans le foot, il a 0 chance ; s’il n’a pas été pro, c’est impossible, les portes lui seront fermées. D’abord ça coûte excessivement cher et ils font tout pour fermer les portes : tout ça est chapeauté par un syndicat, géré par Raymond Domenech, il ne va pas laisser entrer quelqu’un d’autre, parce que de toute façon, il y a des mecs qui sont là et qui sont au chômage, faut qu’ils trouvent du taf quoi. Donc tu vas d’abord recaser les mecs qui n’ont pas de taf, même si pour certains ça va être très compliqué de trouver du taf… Girard, Antonetti, Dupraz… Tous ces mecs-là, ça ne va pas être simple.

"La formation des coaches en France, c’est une catastrophe totale"

Pour toi, la formation des entraîneurs, c’est un des principaux maux du foot français ?

Oui. Au Portugal, il y a une académie à Lisbonne, il y a des choses super intéressantes, tu vois aussi de jeunes coaches en Allemagne… En France, il y a un vrai problème pour ça. Ils ont nommé Philippe Montanier, le mec est intouchable, quoi. Tu as déjà lu quelque chose de lui, une interview où il te dit comment il travaille ? Non. On ne sait même pas qui c’est, ce qu’il a fait… C’est dingue ! Ça fait 4 mois que j’essaye de l’avoir dans Transversales en interview [l’émission qu’anime Daniel Riolo chaque semaine sur SFR Sport, ndlr], le mec tu as l’impression qu’il est enfermé dans une tour, protégé par le FBI…

C’est lui qui ne veut pas ou les instances ?

Je ne sais pas ! Il est injoignable, pas dispo… Je me demande ce qu’il fait en fait… C’est vachement étonnant !

Pour remédier à tout ça, qu’est-ce qu’il faut faire selon toi ?

Évolution de mentalité à la fédé, mais bon, je ne vois pas trop comment ça va bouger…

On est mal quoi…

Non… À moins de me nommer président… de ce qu’ils veulent.

De quoi ?

De la Ligue, ça ira mieux. De la fédé, sans problème… Et du PSG évidemment.

Ah, du PSG, carrément ?

Bah, s’ils veulent que ça marche à un moment, il va falloir quand même qu’ils trouvent mon numéro.

C’est un message pour les Qataris ça… Finalement, on le comprend dans le livre, mais il ne faut pas être grand clerc pour s’en rendre compte, la France n’est pas un pays de foot. Comment expliquer cela, et surtout, est-ce trop tard pour que ça change ?

Mais non, je ne suis pas pessimiste comme ça ! Il doit y avoir les moyens d’enclencher quelque chose. Non et puis en fait si, je ne sais pas… Ça dépend toujours des dirigeants qui sont dans les clubs.

Mais qui pourrait faire bouger les choses ?

À Lyon, il y a un dirigeant, à Marseille et Paris, il y a des équipes. Il faut que l’OM continue sa croissance, ça fait des années que de toute façon, ils sont en reconstruction tous les ans. Là, ils vont peut-être enchaîner une troisième bonne année en faisant podium. Donc voilà, déjà que ceux-là bossent bien !

Autopsie du sport français de Daniel Riolo, éditions Hugo Sport, 18,50 euros.

Par Lucie Bacon, publié le 23/03/2018

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