Tour du monde : on a discuté avec Cédric Hengbart, ancien taulier de Ligue 1 aujourd'hui en Inde

Chaque mois, Football Stories vous fait découvrir l'histoire d'un joueur français qui évolue dans un championnat dont les médias parlent peu, et que les amateurs de foot ne connaissent pas forcément. Alors que la Coupe du Monde U17 vient de débuter ce week-end en Inde, nous nous sommes entretenus avec Cédric Hengbart, qui a récemment évolué en Superligue Indienne. 

Caen, Auxerre, Ajaccio... Cédric Hengbart est resté 13 ans au haut niveau, avec quelques passages en Ligue 2, mais également quelques expériences en C1. En 2014, il a décidé de se lancer un nouveau challenge à 34 ans : rejoindre les Kerala Blasters en Indian Super League, le championnat indien. Entretien. 

Cédric Hengbart (en bas à gauche) lors de sa première année avec les Kerala Blasters, en novembre 2014 - © Twitter

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Football Stories | Comment t'es-tu retrouvé à jouer en ligue indienne alors que tu évoluais à l'AC Ajaccio ? 

Cédric Hengbart | À l'époque, l'AC Ajaccio venait d'être relégué en Ligue 2, et le club voulait diminuer sa masse salariale. En parallèle, j'ai rencontré Bruno Satin, l'agent de l'organisation de la première saison du nouveau championnat indien, l'Indian Super League. Il s'occupait également de signer des nouveaux joueurs, et on a vite entamé des négociations.

À ce moment-là, je me suis dit que quitte à essayer une expérience nouvelle, celle-là était probablement la plus insolite, et pouvait être une aventure extraordinaire. J'ai donc dit oui assez rapidement, et le club d'Ajaccio ne s'y est pas du tout opposé. 

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Et du coup, ça te plaît ? 

Au début, je ne savais pas trop dans quoi je me lançais. Mais j'ai vite senti une grosse envie de faire évoluer le foot dans ce pays. Ce qui m'a vraiment plu, ça a été de transmettre le professionnalisme du foot français, sur et en dehors du terrain, car au début les joueurs indiens étaient comme des joueurs amateurs. Il n'y avait aucune préparation, aucune diététique, et ils allaient à l'entraînement comme si c'était uniquement pour s'amuser. Nous, les étrangers, nous avons beaucoup apporté de ce côté-là. 

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Comment trouves-tu le niveau de foot là-bas ? 

En 3 ans, le niveau a énormément évolué. Au début, il y avait un niveau très hétérogène, avec des étrangers au-dessus des indiens, ce qui donnait des équipes complètement déséquilibrées.

Mais chaque année l'écart s'est réduit, ce qui a abouti à des clubs avec moins de gros talents individuels, mais un meilleur jeu collectif. Le problème, c'est qu'il n'y a aucune continuité d'année en année. Les équipes signent leurs joueurs pour une seule saison. Résultat : chaque année on change 90 % de l'effectif, ce qui constitue un vrai frein à la progression. 

Quel est le niveau des salaires en comparaison à la France ? 

Le salaire n'est pas aussi élevé que ce que les gens pensent parfois. Si l'on écarte les Marquee Players (un joueur considéré comme exceptionnel par rapport à sa carrière, ndlr) comme Del Piero, Trezeguet, Forlan qui perçoivent des grosses sommes, les autres joueurs reçoivent en gros un an de salaire de Ligue 2, mais sur 4 ou 5 mois. Cela risque cependant de changer car le championnat est passé de 4 à 7 mois récemment. 

"Pour les Indiens, aller au stade c'est comme une fête"

Les fans sont-ils autant fous de foot qu'en Europe ?

Oui, je dirais même qu'ils le sont plus qu'en France ! Après, cela varie selon la région. Par exemple, dans le Kerala (où Hengbart  a évolué pour deux saisons, ndlr), il y avait une moyenne de 50 000 personnes à chaque match, mais dans d'autres grandes villes comme Mumbai ou Delhi, il y avait "seulement" 10 à 15 000 personnes, parce que ce sont des villes plus tournées vers le cricket.

Comment sont les stades et l'ambiance des matches en Inde ? 

Pour les Indiens, aller au stade c'est comme une fête. Ils chantent, ils dansent, et essaient de faire le plus de bruit possible. Souvent, ils viennent en famille, il n'y a pas de fanatiques. Dans ma carrière, je n'ai connu qu'un stade comparable, celui de l'Ajax Amsterdam.

En arrivant en Inde, qu'est-ce qui t'a le plus frappé ?

Le nombre de personnes ! Il y a tellement de monde, de la foule partout. Parfois on est en pleine campagne, et on voit des personnes marcher, on se demande où elles vont. 

Et quelles sont les différences culturelles avec la France ?

La grosse différence, c'est que personne ne juge personne. Les gens ne sont pas jaloux, alors qu'ils pourraient l'être : l'écart entre les riches et les pauvres est très important. Mais ici tout le monde vit côte à côte sans s'occuper du niveau social des uns et des autres. 

Aimerais-tu un jour rejouer en France ? 

Bien sûr. D'ailleurs, depuis six mois j'ai fait le tour de pas mal de clubs mais aucun n'est intéressé. J'ai vécu une super expérience, mais ma vie est en France, donc je suis prêt à me lancer dans un nouveau challenge français. Mais à chaque fois j'ai le même retour : je suis trop vieux. C'est comme ça, et je le comprends.

Revenons un peu sur l'Inde, où la Coupe du Monde U17 a démarré ce vendredi. Penses-tu que ce soit une bonne idée de l'avoir organisé dans ce pays ? 

Bien sûr ! Le football est en pleine progression, c'est un événement qui ramène des personnes du monde entier, et cela permet de montrer tout le travail effectué dans ce pays depuis 3 ans. Toute la lumière est sur l'Inde, même si ce ne sont "que" des U17. Il y a 5 ans, personne n'aurait pensé que l'Inde serait capable d'organiser une coupe du monde... Mais ils l'ont fait.

Quel est le niveau des jeunes footballeurs en Inde ? Que vaut la formation ? 

Les jeunes ont un très bon niveau technique, mais il leur manque le physique. C'est peut-être aussi lié à la génétique, mais dans tous les cas ils vont progresser. La formation est très bonne dans certaines villes, mais le problème en Inde réside dans le fait que pour certains, il faut faire dix heures de route pour trouver une bonne académie. Ce n'est pas comme chez nous, où le foot est partout, et où il y a des championnats à tous les niveaux. Là-bas, si tu es à la campagne, il n'y a pas de terrain, et pour en trouver un correct il faut faire un long trajet.

Si tu devais donner un pronostic sur le gagnant du tournoi, sur quelle équipe parierais-tu ?

J'avoue ne pas trop connaître les différentes équipes U17, mais je vais être chauvin et je vais dire la France !

Nos Bleus U17 ont entamé la compétition ce dimanche, avec une victoire 7 à 1 face à la Nouvelle-Calédonie. Un conseil à leur donner pour le reste du tournoi ?

Je leur conseille de tout donner, car les Indiens aiment les Français, donc s'ils vont loin, ils vont avoir le soutien de l'ensemble du pays ! Sauf si c'est contre l'Angleterre ou l'Inde, bien évidemment. 

À relire - > Tour du monde : on a discuté avec l'ancien Parisien Loris Arnaud, aujourd'hui au Viêt Nam 

Par Enzo Leclercq, publié le 09/10/2017

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