France’s Zinedine Zidane (R) leaves the field to be reaplaced by Vikash Dhorasoo (L) during the friendly test match France vs. Mexico, ahead of the 2006 World Cup, 27 May 2006 at the Stade de France in Saint-Denis, north of Paris. AFP PHOTO/OMAR TORRES / AFP PHOTO / OMAR TORRES

J'ai pris un café avec Vikash Dhorasoo

"Ce livre, tous les joueurs auraient pu l'écrire". 

Voilà le défi que s'est lancé l'ancien international Vikash Dhorasoo : écrire un livre qui raconte une histoire sur l'homme qu'il est, en passant par le foot, car c'est ce sport qui a rythmé toute sa vie. Avec cette autobiographie intitulée Comme ses pieds, Vikash revient sur sa carrière avec honnêteté, et sans amertume. Je suis allé à sa rencontre pour en discuter.

La couverture du livre "Comme ses Pieds" - © Éditions du Seuil

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Football Stories | Une question simple pour commencer : pourquoi ce titre ? 

Vikash Dhorasoo | Parce que je joue au football, et c'est le seul sport de ballon qui se joue uniquement avec les pieds. C'est très important de le préciser parce que tous les autres sports se jouent avec les mains. Quand on a le ballon dans la main il nous appartient, il est proche de la tête, alors que quand il est au sol il ne nous appartient pas car il est plus éloigné. Il appartient alors à tout le monde.

Quand on est gamin, c'est naturel de tirer dans un ballon ou un caillou, sauf que c'est péjoratif, et les gens disent des choses comme "être con comme ses pieds", ou "on a deux pieds gauches" ou encore "Messi a une main à la place du pied". Mais il faut considérer que sans les pieds, l'homme ne se met pas debout, et son cerveau ne se développe pas. Donc c'est important, et le fait de savoir jouer au foot témoigne aussi d'un cerveau particulier. 

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Un footballeur doit se servir de ses pieds, mais aussi de sa tête. Une phrase revient tout au long du livre : "C'est dans ma tête..."

Ça aurait aussi pu être le titre du livre. C'est mon père qui disait tout le temps ça. C'est aussi un tableau de Ben que j'ai chez moi. Je ne suis pas spécialement fan de l'artiste en temps normal, mais là j'ai tout de suite pensé à mon père. 

"Le Havre, c'est ma ville natale, mon enfance, ma famille..."

L'autre élément qui revient au début de chaque chapitre, c'est ton dernier match avec Le Havre, face à l'OM en 1998. Pourquoi un tel choix ? 

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C'est un de mes plus beaux souvenirs, je peux le classer dans mon top 3. J'ai tenté ça dans l'écriture, je voulais répéter le même moment, en changeant le déroulé. Il y a 11 chapitres, et chaque chapitre raconte quelque chose de différent, comme "savoir jouer", "vivre avec la douleur", etc. Et ce match correspondait, en trichant un peu, à tout ce que je voulais raconter.

Donc l'ensemble de ta carrière se retrouve dans ce match ? 

Disons qu'il y a clairement un avant, et un après. À la 88e minute, quand je sors, je quitte le Havre, pour partir à Lyon. Le Havre, c'est ma ville natale, mon enfance, ma famille... Lyon, c'est le monde professionnel, où on n'a plus le droit de perdre.  

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À ce moment-là, quand tu sors, tu as une idée de tout ce qui t'attend après ? 

J'étais gourmand, c'est sûr ! J'étais ambitieux. Je suis un des premiers natifs du Havre à ne pas y rester. À l'époque, on avait l'habitude de prolonger dans notre club, le capitalisme n'est pas encore lancé, les transferts non plus. Moi j'ai eu un agent à 21-22 ans, alors qu'aujourd'hui des gamins en ont déjà à l'âge de 13 ans. Chez moi il y avait une grosse envie, j'étais déjà en Équipe de France espoirs, et le sélectionneur des A me suivait aussi. Mais j'étais dans un club moyen, donc ce n'était pas possible de l'intégrer. 

Donc tu rêvais déjà de jouer pour l'Équipe de France ? 

Oui, bien sûr ! 

Vikash Dhorasoo remplace Zinédine Zidane pendant un match amical contre le Mexique, le 27 mai 2006 au Stade de France (© AFP PHOTO/OMAR TORRES)

Par la suite, ton histoire avec les Bleus n'a pas toujours été agréable à vivre. Tu expliques, par exemple, être l'un des seuls qui ne s'est pas réjoui du retour de Zidane pour le Mondial 2006, parce qu'il allait te remplacer. Aujourd'hui, quelle relation entretiens-tu avec Zidane ? 

Ah, je n'ai aucune relation avec Zidane. C'est un joueur de l'Équipe de France. Je ne le connais pas, j'ai juste joué avec lui avec les Bleus. Quand il revient, tout le monde est content, sauf moi : je ne peux pas me réjouir en sachant que je ne vais plus jouer. Mais en public, on est obligé de dire qu'on est heureux, parce que c'est l'un des meilleurs joueurs du monde, et son retour est forcément perçu comme une bonne nouvelle. Au final je joue, et ça se passe bien, mais après, c'est sûr que c'est presque impossible de remplacer Zizou. 

"Le foot, c'est mon métier. Ce n'est pas mon loisir."

Tu évoques aussi le cas de Squillaci, qui s'est retrouvé dans une situation similaire avec le retour de Lilian Thuram...

Lui n'est carrément jamais revenu ! Il était content qu'un joueur revienne, et au final, il ne revient pas... Mais c'est le principe ! Ils reviennent à trois joueurs (Thuram, Zidane et Makélélé), c'est beaucoup, donc logiquement tu en as trois qui rejoignent le banc de touche, et puis tu en as trois autres qui repartent chez leurs mères... 

C'est le monde du foot...

C'est le monde de l'entreprise. Moi le foot, c'est mon métier. Ce n'est pas mon loisir. Toi s'il y a quelqu'un qui arrive et qui fait des meilleures interviews que toi, tu ne vas plus en faire. Celui qui bosse au bar, si quelqu'un est meilleur, il n'y travaillera plus. C'est la vie de l'entreprise ça : le foot est un vrai métier.

Sauf que le foot reste un jeu, non ? 

Ah non. C'est un métier. Si on ne m'avait pas payé, je n'aurais pas joué au foot. Je serais resté chez ma famille. Quand je joue, c'est avec mes potes, pour le plaisir. Ce que j'ai fait, c'est un métier. J'ai appris à jouer au foot, j'en ai fait mon métier, et j'ai été payé. 

Pourtant tu cites des joueurs comme Neymar, qui s'amusent sur un terrain...

Neymar est payé, il ne s'amuse pas. Neymar c'est un sacré mec, parce qu'en plus d'être salarié dans une entreprise, c'est quelqu'un d'extraordinaire, qui est capable de faire des choses que peu de gens savent faire. Pour tirer un pénalty aux Jeux Olympiques devant son public, pour faire gagner son pays, en sachant qu'il peut le rater, il faut être extraordinaire. Mais il ne s'amuse pas, c'est un métier. 

Donc il ne prend aucun plaisir ? 

Si, mais on peut prendre du plaisir dans son métier. Il ne faut juste pas oublier qu'il est payé. Gratos, on ne jouerait pas. C'est un métier. Moi, je n'aurais pas joué en Équipe de France si je n'avais pas été payé... Ça me semble logique. 

D'accord...

Toi, tu travaillerais gratuitement ? Imagine, toute ta vie, pendant 15 ans, tu travailles, et c'est gratuit.

Certes, l'argent est nécessaire pour vivre... Mais dans ce cas, pourquoi avoir choisi d'être joueur de foot plutôt qu'autre chose ? 

Effectivement, j'ai eu de la chance ! J'ai fait de ma passion mon métier. Très vite j'ai été payé, dès l'âge de 15 ans. J'ai un CAP Métier du football, moi. 

Revenons sur le mondial 2006. Plus de dix ans plus tard, ton regard a-t-il changé sur cette expérience ? 

Mon regard a changé sur toute ma vie. Dix ans plus tard, j'ai gagné en lucidité, j'ai davantage de justesse dans mes analyses, et je prends ma part de responsabilité dans ce qui m'est arrivé... Je ne me flagelle pas. Il s'est passé des choses, et j'ai croisé des gens, mais je suis beaucoup plus apaisé, et puis j'essaie de ne pas avoir de jugement ou de ressentiment. Je veux juste être honnête par rapport à ce qu'il s'est passé. Quand j'étais en colère contre un entraîneur qui ne m'a pas fait jouer, il avait sûrement ses raisons, ce que je comprends. 

"J'ai toujours joué avec des douleurs"

À l'inverse, il y a des situations où tu as joué alors que tu n'aurais pas dû. Lors des qualifications pour le mondial 2006, Domenech te fait jouer contre la Suisse alors que tu es blessé. Personne n'est alors au courant pour cette blessure, comment expliques-tu cela ? 

Jouer au football, c'est jouer avec la douleur. Les mecs qui ne se blessent jamais dans leur carrière, c'est très rare. On a un rapport à la douleur assez fort : moi j'ai été opéré deux fois très jeune, j'ai joué avec une entorse médio-tarsienne, j'ai vu dans le vestiaire beaucoup de joueurs se faire des straps sans arrêt, aller voir le kiné, se faire masser, se blesser, prendre des piqûres... Le foot, c'est un sport de contact, on prend des coups. Quand on est sportif de haut niveau, on est toujours à la limite de la blessure. 

Mais il y a aussi le fait, qu'à ce moment, Domenech n'a plus le soutien des supporters, qui n'approuvent pas ta sélection, alors que tu restes son "gars sûr"... C'est pour ça qu'il n'annonce pas ta blessure, non ? 

Non, il veut surtout à tout prix me faire jouer. Il sait que je ne joue pas trop à Milan. Si jamais on sait que je suis blessé, et que je joue mal, il va être en difficulté. Pour moi c'est une preuve de confiance énorme, parce qu'il sait que je vais le faire, que je vais assurer. Il n'a aucun doute. Mais toute ma carrière a été comme ça, j'ai joué et j'ai caché mes blessures quand il le fallait...

Ce n'est pas une approche un peu risquée ?

Peut-être, mais j'ai toujours joué avec des douleurs. 

Et si on montrait aux supporters ces coulisses-là ? S'ils étaient au courant de ce qu'il se passait dans les vestiaires par exemple, est-ce que tu penses qu'ils seraient plus tolérants et compréhensifs avec un joueur en baisse de régime ? 

Je crois que les supporters veulent juste que leur équipe joue bien. Si tu es présent sur les réseaux sociaux, mais que tu joues mal, tu vas quand même être détesté. Regarde l'Équipe de France : si elle joue mal, c'est une bande de racailles, mais quand elle joue bien, elle représente la nation. C'est comme ça. Qu'on ouvre les coulisses ou pas, ce n'est pas ça qui va changer quelque chose : c'est gagner ou perdre. 

Est-ce que les réseaux sociaux peuvent tout de même servir les joueurs en termes de communication ? Karim Benzema, par exemple : sur Twitter, il semble en avoir convaincu un bon nombre d'internautes qu'il est temps de le faire revenir en Équipe de France...

Mais Benzema a montré ce qu'il avait envie de montrer ! C'est courant ça, de communiquer parce qu'on n'est pas apprécié ou mal compris. Sauf qu'il ne sera pas jugé sur le fait d'être sympa ou non, il sera jugé sur son jeu : est-ce qu'il joue bien ou pas ? 

Du coup son regain de popularité, c'est essentiellement lié à ses performances avec le Real ? 

Oui... Mais bon, pour l'Équipe de France ce n'est pas ça qui le fera revenir, j'ai l'impression que Deschamps ne compte pas sur lui. 

Cela dit, c'est une drôle d'époque que l'on vit, avec les réseaux sociaux. Aujourd'hui on peut prendre des photos partout. Avant, on pouvait aller boire un coup après un match, même si on avait perdu. De nos jours, si un joueur est pris en photo après une défaite et qu'il est en train de sourire, on envoie ça sur la toile et il est foutu. 

Oui, donc finalement, vous étiez plus protégés à votre époque...

Oui, mais chacun apprend à vivre avec son temps ! Aujourd'hui, les mecs ont appris à parler sur les terrains avec la main devant la bouche... Après, c'est aussi les journalistes qui ont un peu trahi les joueurs, notamment avec cette phrase prononcée par Anelka. Le journaliste a trahi le vestiaire... Il l'a payé, parce que tout s'est refermé, et maintenant vous avez moins d'infos. 

"Si tu gagnes, tu es un Dieu vivant, et si tu perds, tu te fais insulter"

En parlant d'altercations, tu en as connu pas mal, notamment avec les supporters. Tu en évoques une dans ton livre, avec un fan lyonnais...

Avec celui qui portait mon maillot, c'est ça ? Oui, c'est assez extrême ça ! (le supporter l'avait insulté dans la rue, tout en portant un maillot de Lyon floqué Dhorasoo, ndlr). Je jouais pour l'équipe adverse, j'étais en prêt à Bordeaux, mais j'appartenais encore à Lyon. Je suis joueur de foot, c'est particulier. Un chanteur, après son concert, s'il déçoit on va peut-être dire "il a moins bien chanté", et c'est tout.

Nous, si on a gagné, toute la ville est contente. Si on a perdu, la ville est énervée. Surtout à Lyon, ce n'est pas hyper grand, donc si tu as perdu, tu te fais insulter dans la rue. Mais ça fait partie du jeu, il faut assumer, et c'est même ce qui est génial dans le foot : si tu gagnes, tu es un Dieu vivant, et si tu perds, tu te fais insulter.  

Donc tu aimes ça finalement.

Oui, c'est comme ça, je l'ai intégré ! Et ça varie en fonction des villes. Dans certaines villes, il n'y a que le foot, et dans d'autres c'est moins intense... 

"En Italie, les stades sont deux fois plus grands"

En parlant d'ambiances différentes, tu as aussi évolué en Serie A, à Milan. Quelles différences soulignerais-tu entre les championnats italien et français ? 

À Milan, c'était particulier parce qu'il y avait deux équipes dans la même ville. Mais personnellement j'avais un rôle plutôt cool : comme je n'étais pas un joueur majeur, quand l'équipe perdait, ce n'était pas moi que l'on attaquait.

Après, j'ai vécu le derby qui était assez impressionnant, et j'ai aussi connu le Celtic Park à Glasgow, qui est quelque chose de fantastique, qu'il faut vivre au moins une fois dans sa vie... Quand tu es footballeur et que tu as vécu ça, après tu es tranquille. 

Entre un AC Milan - Inter, et un Lyon - Sainté, tu préfères quel derby ? 

En Italie, les stades sont deux fois plus grands, déjà. Et puis ce n'est pas pareil. Saint-Étienne et Lyon sont deux villes différentes, alors qu'à Milan, c'était un derby dans une même ville. Quand tu es au AC Milan et que tu joues le derby à l'Inter, tu arrives dans ton stade, sauf que tout le monde est aux couleurs de l'autre club, les stadiers ne sont pas tes copains, le buffet n'est pas le même... Tout est différent, sauf ton vestiaire. 

Puisqu'on est sur le sujet des derbies, le geste de Fékir face à Saint-Étienne, tu en as pensé quoi ?

Mais ça fait partie du show ça ! Il ne faut jamais que ça s'arrête. Dans le cas d'Evra c'est un mauvais geste, parce qu'il frappe un supporter de son équipe... Cantona l'avait fait aussi, sauf que c'était un supporter adverse. Mais Fékir, ça fait partie du jeu, c'est ce qu'il faut : les tifos, même agressifs, même ratés, ça reste des tifos. C'est ce qui fait la magie du foot, tu vas à l'extérieur, et tu joues contre le public. C'est agressif, c'est dur, mais c'est comme ça. 

Vikash Dhorasoo (© Frederic SOULOY/Gamma-Rapho via Getty Images)

Après Lyon, Bordeaux et Milan, tu arrives au PSG, et tu expliques avoir du mal à y jouer, notamment à cause de l'ambiance du Parc des Princes. Peut-on dire qu'un jeune talent comme Kylian Mbappé est d'autant plus impressionnant qu'il a réussi à s'imposer dans un tel club ? 

Oui enfin, s'imposer quand on a la meilleure équipe du monde, c'est quand même plus facile que de s'imposer à mon époque... Moi j'arrivais du Milan AC, dans un club où il n'y avait rien. Lui, il arrive dans un club complètement différent du mien, c'est l'équipe la plus riche de France ! Moi j'étais dans un club où il n'y avait rien du tout. En gros : je quitte Milanello, une sorte de Relais & Châteaux pour footballeurs, et j'arrive dans des préfabriqués Algeco, c'est pas du tout la même chose. Et puis après je me suis trompé, je n'ai pas bien joué, et tout ça a fait que ça ne s'est pas super bien passé, et même très mal terminé, puisque j'ai été licencié. 

Mbappé arrive dans d'autres conditions, et je lui souhaite le meilleur, comme je suis Parisien et supporter du PSG. J'espère que ça va marcher pour lui, parce qu'on a aussi besoin de lui en Équipe de France. Mais c'est sûr que ce n'est jamais facile de jouer au PSG et au Parc des Princes...

"On pense qu'on est éternel"

Est-ce que tu admires des joueurs comme Zlatan Ibrahimovic, qui se permettait une certaine insolence dans ce PSG ?

Non, ils me font rire, mais je ne les admire pas du tout ! Zlatan n'a pas compris qu'il était juste un salarié, et que les dirigeants s'amusaient avec lui. Au PSG le patron c'est Nasser, ce n'était pas Zlatan. 

Tu es sûr qu'il n'a pas compris ? Il est au courant quand même...

Je pense qu'on ne peut pas comprendre quand on est dans le foot. J'ai été footballeur, et on pense qu'on est éternel. On n'a pas compris que ceux qui dirigent, c'est ceux qui sont en haut. On pense que comme on est la vitrine, qu'on est sur le terrain, il n'est pas possible de jouer au foot sans nous. Sauf que lorsque l'on s'en va, ils nous remplacent, et l'équipe continue à jouer au foot. 

Et donc tu n'as compris ça qu'une fois sorti du foot ? 

Oui, parce que j'ai arrêté le foot, et on m'a vite oublié... Mais je me suis rendu compte que les mecs qui dirigeaient, ils étaient toujours là, eux. 

Comme Jean-Michel Aulas...

Oui, il est toujours là lui ! Et ces mecs-là sont bien plus riches que nous, puisque c'est eux qui nous paient. 

"On n'est pas dangereux pour la société"

Tu dis d'ailleurs dans ton livre que les footballeurs sont "méprisés, et pris pour des cons". Tu penses vraiment que pour le public extérieur, tous les footballeurs sont des cons, sans exception ? 

Oui, on nous prend pour des cons ! En tout cas c'est comme ça en France. On nous méprise : on est des pauvres gars de quartiers, de banlieues, de villages, on ne sait ni parler, ni écrire... Alors qu'en fait on est des gens formidables, on est gentils. On ne casse pas trois pattes à un canard, on n'est pas dangereux pour la société, mais d'autres vont aller faire croire aux gens qu'on est trop payés. 

Le foot doit représenter moins de 1% du PIB de la France, et les joueurs qui sont bien payés ne sont qu'une petite partie de ce 1%. Mais on fait croire aux gens qu'ils touchent trop. Sauf qu'il y en a d'autres qui gagnent bien plus, et qui deviennent riches sur le dos des autres. Nous, les joueurs, on est juste salariés d'une entreprise.

Certains individus sont importants, ont du pouvoir, et vont être consultés lors de décisions importantes... Alors que nous, non. 

Pour finir, si tu devais conseiller un futur footballeur, au vu de ton expérience, tu lui dirais quoi ?

Je lui dirais de tout faire pour être footballeur, s'il veut l'être. Et si jamais il n'y arrive pas ce n'est pas très grave, il s'en remettra : il y a des belles choses à faire en dehors du football. S'il y arrive, qu'il en profite un maximum, parce que ça passe vite. Ça passe trop vite même. Tu ne sais pas que ça va s'arrêter, et tu ne seras jamais prêt à arrêter... Mais profite, kiffe, parce que, p*****, quand ça s'arrête c'est pas facile. C'était vraiment beau... C'est dur, mais ça vaut le coup d'être vécu.

Par Enzo Leclercq, publié le 15/11/2017

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