Booba, en crampons sur le Trône

Depuis que Booba a annoncé son 9e album Trône, de nombreuses questions se sont posées : quel style de rap va-t-il pratiquer ? Qui seront les invités ? De quel modèle de voiture va-t-il nous parler ? Combien de mères vont être insultées ? Et surtout, la question qui nous a torturés le plus chez Fooball Stories : quelles vont être ses références au monde du ballon rond ?

Si durant les premières années de sa carrière, le football ne semblait pas le préoccuper et était rarement cité dans les textes de ce fan de basket-ball (culture américaine oblige), le sport le plus pratiqué de la planète a pris une place de plus en plus importante dans les textes de B2O.

On a déjà soulevé l’histoire de cette terrible malédiction qui frappe les joueurs (et même des équipes) cités par le rappeur de Boulbi. Si, depuis, ce mauvais sort a fait d’autres victimes (coucou Kurzawa), force est de constater que les name-dropping de joueurs et autres références à l’univers de ce qu’ils appellent soccer à Miami sont plus courants que jamais dans Trône. Que ce soit pour faire de l’égotrip, pour parler de son identité ou tout simplement s’en prendre à un de ses ennemis, Kopp lâche ses punchlines footballistiques avec la même efficacité que les autres. Petit décryptage.

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Après une puissante intro (une constante dans sa carrière), le père d’Omar et Luna lâche "Friday". Un morceau entré en rotation radio qui a la particularité de faire référence deux fois au monde du football, dont une dans le refrain : "Allez les Bleus, allez les Lions, moi je suis un peu des deux". Une phrase qui a pu en surprendre plus d’un. En effet, les rapports entre Booba et l’Équipe de France sont assez ambigus. On se souvient tous du fameux "Fuck you, fuck la France, fuck Domenech" en introduction de "Caesar Palace" (Lunatic, 2010). Un message assez clair envers l’équipe qui sortait du catastrophique Mondial sud-africain. Une Coupe du Monde marquée par une série d’événements qui ont suivi les insultes qu’aurait balancé à son sélectionneur Nicolas Anelka. Mais nous y reviendrons plus tard.

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Car en 2017, Booba a toujours de quoi en vouloir à la sélection tricolore : son meilleur ami dans le monde du foot, Karim Benzema, n’est pas sélectionné par Didier Deschamps depuis 2 ans - malgré ses excellentes performances - pour des raisons qu’on ne va pas ressasser une nouvelle fois ici. D’ailleurs, B20 a même participé à cette tension un peu virtuelle entre KB9 et DD en postant un montage dans lequel l’attaquant du Real dribble Deschamps, Giroud et... Manuel Valls. Karim a eu le malheur de liker la publication et c'est devenu une nouvelle polémique sur laquelle l’entraîneur a dû réagir. Le coach n’a pas manqué de tacler son buteur du Mondial brésilien en qualifiant son geste de "pitoyable".

L'herbe y sera plus verte bâtard! @karimbenzema #9milli

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Pourtant, c’est donc un Booba supporter de l’Équipe de France qu’on retrouve ici avec son "Allez les Bleus" dans le refrain. Booba reste français et compte en plus quelques auditeurs en EDF (re-coucou Layvin). Il avait d’ailleurs montré son soutien au 11 tricolore à l’occasion de la finale de l’Euro 2016 perdue face au Portugal.

Bravo au Portugal! On était bien habillés pourtant j'comprends pas... #cr7 #mérité @lifetimeplayers

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Mais l’autre partie de la phase est encore plus intéressante puisqu’il ajoute "…allez les Lions, moi, j’suis un peu des deux". Par "Lions", il faut bien sûr comprendre ceux de la Téranga, soit le surnom de l’équipe du Sénégal, le pays d’origine du père de Booba. Dans le morceau "DKR", un des tubes de l’année qui fait partie des bonus de Trône et qui met en avant la terre de ses ancêtres, Booba se définissait déjà comme un Lion de la Téranga. Ce dernier a tout au long de sa carrière évoqué son métissage mais l’utilisation de cette image pour l’illustrer est juste et peut parler à tous les concernés par la biculture. En 2018, Booba aura donc une double dose d’adrénaline au Mondial russe avec la présence de ses deux nations de cœur qui sont tombées dans des groupes plus ou moins abordables (Danemark, Pérou, Australie pour les Bleus, Colombie, Japon et Pologne pour les Lions). Au pire, le petit cœur d’Elie ne pourra être déchiré qu’en… demi-finale, premier tour de la compétition durant lequel un France-Sénégal est envisageable.

Rapports ambigu avec les Bleus, part. 2 : comme évoqué précédemment, l’incident de Knysna semble avoir marqué le capitaine du navire 92i. Il faut dire qu’il se sent proche de Nicolas Anelka, avec qui il partage le même goût pour la rébellion et a posé avec lui en couverture des Inrockuptibles. Une amitié qui lui a fait écrire la très inspirée punch "Anelka quand j'parle à l'entraîneur", qui résume assez bien un des points forts de l’écriture Boobesque : en seulement 6 mots il envoie une image que tout le monde capte instantanément et qui fait mouche. Pas besoin de détailler ces mots qu’Anelka aurait eus à l’encontre de Domenech à la mi-temps du triste France-Mexique de 2010 (qu’il a pourtant nié avoir formulés ainsi). Booba rappelle ainsi sa tendance à se rebeller contre l’autorité, mais si on cherche la petite bête il pourrait aussi penser qu’il adresse un message au sélectionneur actuel. Enfin, c’est une supposition...

Karim Benzema, venons-en puisqu’on a tourné autour du pot. Le Madrilène est cité d’une curieuse manière. Ni pour célébrer ses trois C1 qu'il peut afficher dans son palmarès, ni pour sa collection de baskets, l’hommage à KB9 est surprenant : "J’suis un Benzema à Lyon". Plus connu pour être un supporter du PSG que de l’Olympique Lyonnais, l’ex-Lunatic a quand même tenu à rendre hommage aux années du jeune lionceau dans le 6-9. Il faut dire que Karim Benzema, qui a porté la tunique rhodanienne pro de ses 17 à ses 21 ans, était un peu le Kylian Mbappé de l’époque : de la fraîcheur, des dribbles et des buts. La force de la jeunesse, c’est bien cette qualité que le Météore du rap français cherche à mettre en avant ici, lui qui cherche toujours à rester frais malgré les années de carrière.

(Désolé pour la musique, n'hésitez pas à couper le son)

Mais Booba trahit aussi son ami Karim en citant les rivaux de l’attaquant du Real : les Colchoneros. Toujours dans "Friday", il lâche "Gros salaire de l’Atlético comme jamain". Il faut dire que l’équipe de Simeone a un nom qui rime super bien avec "S soixante-cinco", la Mercedes de Booba. Et puis, avec les 10 millions net par an perçus par Antoine Griezmann, le plus gros salaire de l’équipe, on est moins touché par les rivalités. 

Comme dans ce dernier exemple, la rime n’est pas toujours à interpréter plus loin que son sens premier : quand dans le morceau éponyme de l’album il rappe "Équipe adverse marque de la schneck", on comprend tout de suite. La défense du rappeur de Boulogne est solide et il va falloir compter sur la chance pour la prendre à revers. Un peu à l’image de l’équipe d’Italie championne du monde en 2006 en n'encaissant que deux buts : un CSC et un penalty litigieux (oui, oui rematez-le) .

Enfin la punch qui conclut l’album est – "comme un symbole" pour sampler Grégoire Margotton - une dernière référence footballistique, directement adressée à Kaaris et non Sylvain Armand comme on pourrait le croire. En effet, le prénom (français) du rappeur de Sevran est le même que le patronyme de l’ancien capitaine des Bleus et Rouge : "Nwarmalement au Camp des Loges, quand j'ferai l'Parc des Princes, Armand sera dans ses loges". Si – a priori – le Boulonnais ne s’est jamais rendu au Camp des Loges, il a bien rencontré les joueurs du PSG à leur centre d’entraînement... de Miami ! Cette rencontre a eu lieu cet été avec la présence également de Niska, pour le plus grand bonheur de Kurzawa on imagine...

En revanche, Booba ne risque pas de faire le Parc des Princes de sitôt. Si la capacité de près de 50 000 places du stade de la Porte de Saint-Cloud ne lui fait pas peur (il va s’attaquer aux 40 000 de la nouvelle U Arena), il n’y a plus de concert là-bas depuis la reprise du club par les Qataris. Mais vu que Monaco a invité 50 Cent pour fêter son titre de champion de France 2016-2017, Paris pourrait faire venir le Duc de Boulogne pour chanter sur la pelouse de Neymar à l’occasion d’un prochain trophée…

Par Roch Serpagli, publié le 05/12/2017

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