Nice’s Italian forward Mario Balotelli gesture after scoring a goal during the French L1 football match between Lille (LOSC) and Nice (OGCN) at the Pierre-Mauroy Stadium in Villeneuve d’Ascq, near Lille, northern France, on April 07, 2017. / AFP PHOTO / DENIS CHARLET

"Balotelli en Angleterre, c'est un parcours Erasmus" : entretien avec Mathieu Faure, auteur du livre sur l'attaquant niçois

Le jeudi 4 mai sort en librairie Mario Balotelli, Ange et Démon, un livre qui retrace le parcours de l'Italien et qui cherche à comprendre l'attaquant le plus décrié de ces dernières années. 

Critiqué, détesté mais aussi adulé : Mario Balotelli ne laisse personne insensible. Mathieu Faure, journaliste à Nice-Matin, s'est intéressé de plus près à ce joueur mais surtout à cet homme différent des autres, au travers d'un ouvrage qui sort le 4 mai aux éditions Hugo Sports : Mario Balotelli, Ange et Démon. Entretien avec celui qui, pendant 4 mois, a vécu en immersion au plus près de Balo.

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Dans ce livre, tu interroges énormément de personnes qui connaissent très bien Mario Balotelli. Est-ce que l'ensemble de ces témoignages a fait changer la vision que tu pouvais avoir de lui avant d'écrire ce livre ? 

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Quand je me suis lancé dans l'écriture de ce livre, je pensais parler d'un mec complètement fou. Un gamin qui achète une voiture à 600 000€, et qui va la tuner derrière. Mais en me plongeant dans son histoire, je me suis rendu compte que c'était un mec malheureux, qui a eu une vie compliquée.

"Il a choisi un métier de con où tu es constamment jugé par des cons"

Je me suis pris d'empathie pour lui. Il a été abandonné par ses parents, il a été confronté au racisme très jeune dans un pays qui n'est pas le sien, et en plus il a choisi un métier de con où tu es constamment jugé par des cons. Je lui trouve presque des excuses, même si tout n'est pas excusable, et je comprends pourquoi il en est là aujourd'hui. À la fin de mon projet, j'ai eu envie de lui faire des câlins.

Ton livre résume très bien le personnage de Balotelli, adoré par certains et détesté par d'autres. Comment expliques-tu ce profil si clivant ?

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Balotelli c'est simple : soit tu adhères tout de suite à sa personnalité, soit tu ne peux pas le voir en peinture. Je pense que le premier rapport que tu as avec lui est déterminant. Si ça ne passe pas, ses blagues vont te saouler, quand tu joues avec lui tu ne vas voir que ses défauts, il ne se replie pas, il fait des fautes, il râle. Ou alors à l'inverse, si tout de suite tu es pris d'affection pour lui, tu ne vas en tirer que du profit. C'est ce qu'il s'est passé à Nice. Ils se sont rendu compte que c'était un mec très calme et très simple, un footballeur doué qui t'apportait beaucoup de choses. Ils l'ont accueilli et accepté avec ses défauts et ses qualités.

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Est-ce que c'est à cause de tout le cirque médiatique qu'il y a eu autour de lui qu'il a cette image aussi terrible ?

Son passage en Angleterre, avec cette caisse de résonance médiatique énorme, lui a porté préjudice. Mais ça a également donné beaucoup de crédit à sa légende. C'est assez paradoxal : c'est un mec hyper connu, alors qu'il réalise cette année sa meilleure saison au niveau des stats avec 14 buts. Il n'a jamais fait de saisons à 20 ou 25 buts alors qu'il est attaquant. Quand on parle de ses exploits, c'est le 6-1 contre United et le 2-0 contre l'Allemagne, mais ça s'arrête là. Ce qui ressort le plus, ce sont ses "prestations" en dehors des terrains, des pétards allumés dans sa maison à ses embrouilles, en passant par ses rapports avec son ex-femme.

Et cette surmédiatisation, il en joue ou il en souffre ?

Au début il en a joué, parce que ça faisait partie de son personnage. Mario Balotelli a commencé tout de suite au très haut niveau avec l'Inter, entouré de grands joueurs (Cordoba, Figo, Zanetti, Vieira, Cambiasso) alors que ce n'était qu'un gamin. Il a ensuite voulu s'émanciper très vite, sûrement trop vite, en partant en Angleterre, et il s'est perdu parce qu'il a voulu surjouer son personnage. C'est tout de suite devenu un personnage ultra-médiatique : on ne parlait que de lui.

Pour moi, le début de son expérience en Angleterre c'est un parcours Erasmus. Tu pars à la fac pendant 6 mois, au début t'es sérieux et tu vas en cours, puis tu finis par aller à des soirées, rencontrer des nanas. Il en a profité à fond, et les tabloïds anglais n'attendaient que ça. Il s'est fait prendre à son propre jeu.

Nice's Italian forward Mario Balotelli gesture after scoring a goal during the French L1 football match between Lille (LOSC) and Nice (OGCN) at the Pierre-Mauroy Stadium in Villeneuve d'Ascq, near Lille, northern France, on April 07, 2017. / AFP PHOTO / DENIS CHARLET

Mario Batotelli célébrant face à Lille © AFP PHOTO / DENIS CHARLET

L'an dernier, Nice a énormément fait parler grâce à la réussite de Ben Arfa. Cette saison, l'arrivée de Balotelli a-t-elle permis à Nice de passer un nouveau cap ?

L'avantage, c'est que Balotelli a une aura internationale. Koziello m'a raconté que lors du déplacement à Krasnodar, au fin fond de la Russie, il y a 20 mecs qui sont venus à l'hotel juste pour voir Mario. Pour l'OGC Nice, c'est lunaire. En dehors des fans, il y a la presse italienne qui est très chauvine, qui voulait épier les faits et gestes de Mario. Il a un suivi que Hatem n'avait pas du tout.

Avoir Balotelli permet à l'OGC Nice d'avoir une visibilité sur les 5 continents, alors qu'il y a quelques années l'attaquant du club c'était Éric Mouloungui. Et en plus, ils ont cette chance d'avoir réussi deux paris en deux ans avec Ben Arfa et Balotelli, qui étaient au fond du trou. Ça va leur permettre d'avoir une vraie légitimité pour récupérer d'autres grands noms par la suite.

"À travers le judas, Cardinale l'a regardé péter un câble et insulter tout le monde en italien pendant 5 minutes"

Pour finir, quelle est l'anecdote qui t'a le plus marqué ? 

Je voulais absolument parler avec Yoan Cardinale, parce que je sais qu'ils ont un rapport très particulier. Il m'a raconté qu'en début de saison, il a joué un petit tour à Balotelli. Il voit la carte de chambre de Mario à la réception de l'hôtel, et il décide de l'échanger avec celle d'un autre joueur, pour voir comment Mario allait galérer à ouvrir sa porte.

Et coïncidence : Cardinale avait la chambre en face de celle de Balotelli. Du coup, à travers le judas, il l'a regardé péter un câble et insulter tout le monde en italien pendant 5 minutes dans le couloir avant que quelqu'un ne vienne lui ouvrir. Cardinale était mort de rire derrière la porte. Et ce qui est marrant, c'est que je pense que même aujourd'hui Balotelli ne sait toujours pas que c'est Cardinale qui a changé les cartes. Des vrais gamins. Ça résume plutôt bien le personnage qu'est Balotelli.

Pour en savoir plus sur le personnage qu'est Balotelli, le livre Mario Balotelli : Ange et Démon est disponible en librairie dès le jeudi 4 mai, ou directement sur le site d'Hugo Sport au prix de 12,95€. 

Par Julien Choquet, publié le 03/05/2017

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