Platini (Photo AFP)

L’anecdote (presque) oubliée : le Mondial où les Bleus ont joué... en vert et blanc

C’est une histoire que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Heureusement, Football Stories ressort les archives du placard pour le meilleur comme pour le pire.

Si certains connaissent l'anecdote, d'autres la découvriront sans doute. Mondial 1978, Argentine : les équipementiers et intendants de l'équipe de France n'ont pas tout prévu... Mais le pire a été évité. Récit d'un match inédit, inspiré du livre de L'Équipe, La Coupe du Monde 1974-1998.

Onzième coupe du monde de football. L’événement se déroule dans une Argentine qui tente de sortir la tête de l’eau, deux ans après le coup d’État du 24 mars 1976 faisant définitivement basculer le pays dans la dictature. Au coup d'envoi du tournoi, autant dire que l’humeur n’est pas au beau fixe et que la plus grande compétition internationale de football s’annonce un tantinet tendue.

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Gazon maudit 

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Après un tirage au sort controversé, comme le déroulement d'une partie de la compétition d'ailleurs, la France se retrouve dans le groupe de l'Italie, de la Hongrie... et de l'Argentine, future gagnante. C’est l'Italie qui ouvre le bal face à une équipe de France hésitante, presque gauche. Les Français s’inclinent 2-1 devant la puissance du trio Franco Causio, Paolo Rossi et Roberto Bettega. Même combat pour la Squadra Azzurra contre la Hongrie : elle plie sans trop d’encombres le match trois buts à un.

French and Italian players are seen during the 1978 World Cup football match between France and Italy, on June 2, 1978, in Mar del Plata. AFP PHOTO / AFP PHOTO / -

France-Italie, le 2 juin 1978. (© AFP)

L’Argentine entre ensuite en jeu, face à des Hongrois qui n’ont pas l’intention de se laisser faire. Ces derniers suscitent l’étonnement en ouvrant le score mais cela ne sera pas suffisant pour gagner. La sélection argentine mettra un point final à ce match haletant à six minutes de la fin (1-2).

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Vient le tour de la rencontre France-Argentine dont l’issue ne fut pas plus heureuse pour les tricolores. Un match houleux, marqué par le pénalty avantageux de Daniel Passarella, la faute contestée de Marius Trésor et l’égalisation de Michel Platini. Malgré tout, les Argentins marquent un second but et passent cette première phase de poules. La France doit quant à elle battre la Hongrie pour ne pas faire de cette Coupe du Monde un cauchemar éveillé.

Les Bleus se mettent au vert

10 juin 1978. Le match de la dernière chance pour quitter la Terre de Feu la tête haute. Une rencontre qui va se transformer en grand moment de solitude pour l’équipe de France.

À Mar del Plata, les joueurs s’échauffent en survêtement. Rien d’anormal à cela ou presque : Henri Michel, le capitaine du FC Nantes, remplaçant ce jour-là, remarque sur Torocsik, meneur de jeu hongrois, un col blanc.

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Le Français s’approche et lui lance dans un anglais très approximatif : "Maillot white ?" Une question à laquelle son adversaire répond : "Yes, white." Un détail, dirons-nous, seulement le problème est de taille. L’équipe de France joue également avec des maillots blancs. Débute alors un dialogue des plus succincts, rapporté dans l'ouvrage des journalistes de L'Équipe cité plus haut, pour comprendre qui a tort. "French white", dit Henri Michel et Andràs Torocsik rétorque : "No, hungarians white." Comme quoi, il n’est pas donné à tout le monde de parler la langue de Shakespeare.

La révélation faite, chacun s’empresse d’aller voir son dirigeant respectif pour établir la vérité. Le suspense fut de courte durée, la faute à Henri Patrelle, l'intendant des Bleus, qui a loupé la circulaire sur la tenue officielle des Français lors de ce match. Une note qui modifiait les premières instructions donnée de jouer en blanc, précisant que l’équipe devra jouer en maillot bleu, short bleu et chaussettes rouges.

Mais le Pierre Richard du foot n'était pas au bout de ses peines. En plus de s’être planté sur la couleur, il avait laissé le second jeu de maillots de la France à 400 kilomètres de là, à Buenos Aires. Une belle bourde qui lui valut sa place.

À l'heure du coup d'envoi, aucune équipe ne se présente. Le public siffle, la tension monte mais impossible pour les tricolores de jouer torse nu. Leur seule chance est de trouver des maillots dans la ville. À la Starsky & Hutch, une voiture part en trombe à la recherche des précieux uniformes. Elle revient avec des maillots empruntés à un club local, l’Atlético Kimberley. Des tuniques rayées blanc et vert, appartenant à une équipe de pêcheurs du coin. Ça jure mais qu’importe : les "Bleus" sont sauvés !

Platini (Photo AFP)

Platini et sa sublime tunique face à la Hongrie, le 10 juin 1978. (© AFP)

Un "problème technique" qui n’aura pas échappé aux médias et aux supporters, tous hilares à la vue d'une équipe de France ridicule dans ces maillots miteux. On pouvait même entendre dans les gradins "Kimberley en Coupe du Monde !". Un instant de gloire pour ce petit club qui n’aurait jamais pu imaginer retrouver ses maillots dans une compétition internationale.

Fort heureusement, comme le dit l’adage, "le ridicule ne tue pas", et la France sauve le peu d’honneur qui lui reste en battant les Hongrois 3-1. Ça ne suffira de toute façon pas à se qualifier pour la suite.

Cet oubli mémorable aura, comble de l’histoire, fait de ce maillot rayé l’une des pièces les plus recherchées par les collectionneurs de l’équipe de France.

Par Allison Devillers, publié le 26/01/2017

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