Tour du monde : on a discuté avec l'ancien Parisien Loris Arnaud, aujourd'hui au Viêt Nam

Chaque mois, Football Stories vous fait découvrir l'histoire d'un joueur français qui évolue dans un championnat dont les médias parlent peu, et que les amateurs de foot ne connaissent pas forcément. Pour ce troisième volet, direction le Viêt Nam, où on a retrouvé Loris Arnaud. 

Ancien joueur et grand espoir du PSG, Loris Arnaud est aujourd'hui à Hanoï, au Viêt Nam. Attaquant de l'équipe du T&T Hanoï, l'ex "Titi parisien" a désormais 30 ans, et vit calmement sa carrière du côté de la capitale vietnamienne, avant de s'attaquer à un nouveau challenge. Entretien. 

Loris Arnaud du côté du Viêt Nam (© Facebook)

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Football Stories | Après ton départ du PSG, tu t'es retrouvé à Orléans, avant d'arriver à Hanoï en septembre 2016. Comment as-tu atterri là-bas ? 

Loris Arnaud | Après Orléans, je n'ai pas reçu d'offres intéressantes. J'ai patienté, mais au mois de septembre, je n'avais toujours rien. Puis un jour, un agent égyptien que je ne connaissais pas m'a contacté sur Whatsapp, en me proposant le T&T Hanoï au Viêt Nam. Je ne sais toujours pas comment il a eu mon numéro de téléphone d'ailleurs. Au début, je ne lui faisais pas confiance, puis on a un peu discuté. Il m'a envoyé des papiers pour me montrer que c'était sérieux, et je me suis dit "allez, on le tente".  J'y suis allé, ça m'a plu, et j'ai fini par signer là-bas. 

Quelle est la première chose qui t'a marqué en arrivant à Hanoï ?

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La météo. Je peux te dire que ça change beaucoup par rapport à Orléans (rires). Quand je suis sorti de l'aéroport, il faisait tellement lourd... Ça m'a choqué. Et il y a aussi les motos. Ici, ce sont des malades : il n'y a que ça. Ils roulent partout, même sur les trottoirs. C'est vraiment un truc de fou. 

Ça fait maintenant un an que tu as signé au T&T Hanoï. Que penses-tu du niveau global du championnat ? 

Globalement, je ne vais pas te mentir, c'est niveau National. Il doit y avoir deux équipes qui peuvent jouer en Ligue 2 : la nôtre et le FLC Thanh Hoa, qui est leader actuellement. Et en ce qui concerne les équipes du bas de tableau, c'est plutôt niveau CFA. 

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Loris Arnaud (© Facebook)

Et dans les stades, l'ambiance c'est aussi niveau National, ou il y a une grosse ferveur ? 

Les Vietnamiens adorent le foot, mais il n'y a pas une très grosse ferveur. Le problème, c'est qu'ils ne se déplacent pas trop au stade, hormis dans 2, 3 clubs où les stades sont remplis à chaque match. Pour te donner un exemple, moi je joue dans le club de la capitale, une ville de 7 millions d'habitants, mais il n'y a jamais plus de 3000, 3500 personnes par match. C'est vraiment peu. Le contre-exemple parfait, c'est quand il y a des matches de l'équipe nationale. Là, le pays s'arrête de vivre, tout le monde regarde le match. C'est assez fou. 

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Du coup, tu peux te balader tranquille dans la rue, ou on t'arrête parfois ? 

De temps en temps, on me demande une photo, mais c'est assez rare. Ce qui est marrant, c'est que les personnes m'arrêtent plus pour me parler du PSG plutôt que pour discuter de ma situation actuelle dans leur club. 

Toi qui as connu l'époque des grosses ambiances au Parc des Princes, ça ne te manque pas trop cette ferveur ? 

Bien sûr, ça me manque énormément. J'y pense tout le temps. D'ailleurs, pourquoi ne pas retrouver un projet comme ça pour la suite de ma carrière, avec beaucoup de supporters et de l'ambiance. Mais même chez les joueurs, ce n'est pas la folie. Quand on a gagné le championnat l'année dernière, on a fait la fête sur le terrain avec la coupe, et après chacun est rentré chez soi. Il n'y a pas de grosses soirées pour célébrer le titre, c'est bizarre. 

Champion mon frère (© Facebook)

Raconte-nous une anecdote à propos de ton expérience au Viêt Nam. 

Il y en a une qui m'a marqué, juste après mon premier match. On rentrait en bus, mais on est tombé en panne sur l'autoroute. On a patienté sur le bas-côté pendant quelques minutes, et un autre bus est arrivé pour nous ramener chez nous. Sauf que ce fameux bus nous a déposé uniquement à la sortie de l'autoroute. Je n'ai pas trop compris pourquoi, et chacun a appelé un taxi pour rentrer chez lui, sauf que moi je me suis rendu compte que j'avais oublié mon téléphone dans le bus. 

Donc j'ai demandé à un mec du staff de rappeler le chauffeur du bus, pour qu'il me le ramène. Et là, on me répond que c'est impossible, car personne ne connaît le chauffeur... En fait, ce n'était pas un bus affrété par le club : c'était un bus qu'ils avaient arrêté au hasard sur l'autoroute pour nous ramener (rires). Donc mon téléphone je pouvais l'oublier. J'avoue que pour une première expérience, je me suis vraiment demandé dans quel enfer j'étais tombé. 

"Au PSG, il y a de plus en plus de jeunes qui signent pro, mais de moins en moins qui ont réellement leur chance"

Si tu devais me donner le plus gros avantage et le plus gros inconvénient de vivre au Viêt Nam, ça serait quoi ? 

Pour l'avantage, ça serait clairement la liberté. Tu peux faire ce que tu veux ici. Et au niveau de l'inconvénient, je dirais la barrière de la langue. Il y a très peu de gens qui parlent anglais ici, donc c'est compliqué de se faire comprendre. 

Quand tu parles de liberté, c'est également d'un point de vue financier ? 

Honnêtement, c'est vrai que c'est plus avantageux pour moi de jouer ici plutôt qu'en Ligue 2. Je gagne plus au T&T Hanoï qu'à Orléans. C'est pour ça que j'ai fait le choix de signer, je ne vais pas le cacher. Les salaires qu'ils proposent pour les étrangers sont largement plus avantageux que ce que tu peux toucher en Ligue 2 ou en National.  

D'ailleurs, en parlant d'étrangers, il y a un régime sportif assez spécial ici, qui limite le nombre d'étrangers par club. Ce n'est pas trop compliqué à gérer pour toi ? 

C'est vrai que c'est particulier. Dans ce championnat, les clubs n'ont le droit d'avoir que deux étrangers par feuille de match. Nous, on est quatre dans le groupe, donc c'est un peu emmerdant. Du coup, le coach est obligé de faire un turnover : parfois c'est l'un qui est sur la feuille de match, le week-end suivant c'est l'autre. C'est compliqué à gérer, car on ne peut pas enchaîner les matches. 

Loris Arnaud à l'époque du PSG (© Facebook)

Est-ce que les Vietnamiens suivent la Ligue 1 ? 

Un peu, mais avec le décalage horaire de cinq heures, ce n'est pas simple. Quand il y a des grosses affiches du PSG, j'essaie de rester éveillé pour les regarder. PSG-Bayern par exemple. Sinon on regarde les résumés des matches durant la journée. 

D'ailleurs, toi qui a été formé au PSG, quelle vision as-tu sur la politique du club vis-à-vis des jeunes du centre de formation ?

Au PSG, ça a toujours été compliqué pour les jeunes. Il y en aura toujours un ou deux qui vont sortir du lot, comme Rabiot ou Kimpembe, mais il faut vraiment être excellent. Être bon ne suffit pas aujourd'hui. Je ne pense pas qu'il y aura une politique de jeunes sur le long terme. Et il y a un vrai paradoxe : il y a de plus en plus de jeunes qui signent pro, mais de moins en moins qui ont réellement leur chance dans ce groupe. Et c'est un peu dommage, quand on voit que Coman, voire Augustin dans un futur proche, s'éclatent à l'étranger. 

Dernière question : ton futur, tu l'imagines à Hanoï ou ailleurs ? 

Mon contrat se termine fin novembre, donc j'aimerais bien partir et voir autre chose. Pourquoi pas en Asie, il y a des très bons championnats avec beaucoup de ferveur. Sinon rentrer en France ça me plairait, par rapport à ma famille, qui est encore sur place. Je suis en train d'y réfléchir. 

Par Julien Choquet, publié le 29/09/2017

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