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Découvrez "Nous sommes foot", l'expo indispensable du Mucem de Marseille

Forte de 400 œuvres, objets et photos, la grande exposition "Nous sommes foot" ouvre ce mercredi au Mucem de Marseille. L'occasion d'explorer, balle au pied, toutes les contradictions des sociétés méditerranéennes.

Une citation d’Eduardo Galeano, conteur de génie décédé en 2015, orne les murs du Mucem. Florent Molle et Gilles Perez, les deux commissaires de l’exposition "Nous Sommes Foot" du musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, invoquent l’écrivain argentin pour décrire le ballon rond "comme point nodal des contradictions d’une société." À la fois ombre et lumière, comme dirait Galeano. Dans une ville où le football se vit plus intensément qu’ailleurs, on comprend cette dualité à peine la porte du musée franchie. Dans une expo divisée en 11 sections, et qui se visite en 90 minutes, naturellement.

Casablanca, Maroc, 2011 (© Caio Vilela)

Une ardoise pour se débarrasser des clichés

On entre dans l’exposition comme dans un vestiaire. Mais celui-ci est sale, bruyant, repoussant, et ne dégage que les mauvaises odeurs des poncifs qui collent à l’image du footballeur et que ce sport porte comme un fardeau. Les unes de Charlie Hebdo, les critiques de François Hollande ou l'humour grinçant de Pierre Desproges rappellent ces stéréotypes : le footballeur ne serait qu’un décérébré à l’éducation inexistante, et le foot un milieu gangréné par le dopage et la corruption. Drôle de manière d’accueillir le visiteur, confronté à la face sombre du football dès ses premiers pas dans le musée, mais néanmoins invité à se débarrasser de ces idées reçues en les notant, comme lors d'une thérapie, sur une ardoise mise à disposition à l’entrée.  

Une fois lavés des clichés qui envahissent ce sport, le Mucem ressuscite nos âmes d’enfant, avec cette passion qui transforme un gosse en supporter, qui collectionne les vignettes Panini et accroche les écharpes de son équipe favorite sur les murs de sa chambre. Ceux du musée abritent de formidables portraits, vidéos ou anciennes pièces de collectionneurs, qui soulignent à quel point le football peut s’ériger en vecteur de respect, de partage et d’intégration. Ainsi, la Coupe du Monde 1998 et le Ballon d’or 2007 côtoient les photographies d’équipes amateurs, où la petite bouille de Thierry Henry se cache dans des vieux clichés de l’US Palaiseau.

Chambre d'un adolescent supporter, Mazaugues, 2017 (© Mucem/Yves Inchierman)

Une énorme enquête sur les ultras et le hooliganisme

Évidemment, le Mucem de Marseille ne pouvait omettre la place de l’OM dans son expo. Pas seulement parce que les photos de Depé et les glacières de Bielsa sont des pièces plus ou moins immanquables, mais aussi parce que Florent et Gilles ont profondément enquêté sur les racines du mouvement ultra, né en France à Marseille après une escapade de quelques potes marseillais à Turin. Au terme de plusieurs périples, le duo a étroitement collaboré avec le Commando Ultra et la Vieille Garde, et certaines trouvailles sont uniques, y compris sur les ultras méditerranéens (Algérie, Tunisie, Israël, Palestine, ou encore Bosnie-Herzégovine). 

Jean François Batellier, Affiche du Collectif pour le boycott de l’organisation par l’Argentine de la Coupe du monde de football, Paris, 1978 (© Musée National du Sport, Nice)

Mais l’expo ne veut absolument rien cacher, pas même le football d’aujourd’hui, ainsi que ses dérives : les scandales de la FIFA, l’exploitation des travailleurs sur les chantiers de la CDM 2022, ou encore le hooliganisme. Ici, les pièces concernées ne sont disponibles que dans une immense cage plongée dans l’obscurité, dans laquelle on ne pénètre qu’après avoir lu un avertissement qui prévient de la violence de certaines images. Elle prend métaphoriquement sa place au milieu de l’expo, pour y enfermer la propagande des régimes totalitaires à travers le ballon rond ou les barres de fer utilisées par les Russes lors de l’Euro 2016, à Marseille, justement. "On voulait faire de cette cage un passage non obligé de l'exposition, explique Florent Molle. Comme pour dire au visiteur : 'Vous qui êtes supporter et qui avez choisi la passion, vous êtes prévenus, vous ne pouvez entrer dans la violence qu'après consentement.'"

D.R

Entre Ken Loach et Albert Camus

"Nous voulons qu'après cette exposition, le supporter aille plus souvent au musée", confie Florent Molle. Mais si "Nous sommes foot" est passionnante, c’est parce qu’elle explore toutes les facettes du football, y compris celles qui font du cuir le porte-voix de toutes les résistances : le camp de concentration de Mathausen, l’engagement de Rachid Makhloufi pour l’Algérie, ou la rage de Lorik Cana après l’intrusion d’un drone lors d'un match international. Ainsi, l'assemblage de ces vidéos, œuvres d’art, pièces de collection ou photographies font de cette exposition un miroir plus complet que jamais des inégalités ou des sociétés contemporaines. Et en convoquant entre autres Albert Camus, Ken Loach, Khaouter Adimi, Gabriel Garcia Marquez ou Vincent Duluc dans son catalogue, elle offre enfin l’espoir d’un football, solidaire, citoyen et positif. 

France, Marseille Montredon, 27-03-2004 | Match: SP.C. Montredon Bonneveine - U.S. Michelis: 1-1. (© Hans van der Meer/Hollandse Hoogte)

Milano : Internazionale and AC Milan, 2010 (© Floor Wesseling | Photo : Marques Malacia)

Nous sommes foot, au Mucem de Marseille du 11 octobre 2017 au 4 février 2018 | Nuit vernie gratuite le 1er décembre de 19h à 1h

Livre Nous sommes Foot : Coédition Mucem/Desports | Editions du sous-sol | Livre relié, 17 × 24 cm, 224 pages, 24,90 €

Mes doigts se baladent sur le clavier comme un ballon dans les pieds de Bouna Sarr.