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Contre la misère, le club espagnol d'Alma de África devient l'échappatoire des migrants

Esthétiquement, le discutable vert fluo choisi pour le maillot aurait du mal à se faire une place à la Fashion Week, mais qu'importe. Celui d'Alma de África se distingue de tous ses concurrents de Segunda Andaluza, l'équivalent de la sixième division espagnole, par son absence totale de sponsor. Seule une phrase, l'article 14 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, y est affichée : "Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays."

Un symbole incommensurable pour la petite équipe de Jerez de la Frontera, créée pour accueillir des migrants, et qui aujourd'hui enchaîne les rencontres dans la troisième division régionale.

© Paco Martin

"Ils passaient plus de temps à se disputer pour un action litigieuse"

"Ces personnes méritent le meilleur des mondes. Quand on m'a parlé de Alma de África, c'était comme un cadeau venu du ciel pour moi". La voix d'Alejandro Benítez Escobar est teintée d'émotion. Avant 2015 et la fondation du club dont il est désormais le président, sa vie, depuis toujours consacrée au football, ne dépassait que rarement le cadre purement sportif du carré vert. Après avoir embrassé une modeste carrière de joueur, il décide de devenir entraîneur, mais son quotidien manque de saveur. Un ami l'appelle alors pour arbitrer un match. La sœur de ce dernier, décédée d'un cancer, s'occupait à l'époque de migrants à Jerez de la Frontera, dans le sud de l'Andalousie. Il nous explique : 

"Le dimanche, ils se retrouvaient sur un terrain de polo pour jouer au football, car ce sont tous des passionnés. Un de mes amis m’a demandé de faire l’arbitre, car ils passaient plus de temps à se chamailler pour une action litigieuse qu’à jouer véritablement au football. La première fois que je suis allé les voir, je n’en croyais pas mes yeux de voir autant de gens se disputer pour savoir s’il y avait un penalty ou un hors-jeu ! Puis avec le temps, je suis devenu entraîneur, pour enfin être président."

C'est ainsi qu'Alma de África voit le jour, dans le seul but alors de constituer pour ces étrangers une échappatoire à une vie ponctuée d'obstacles à la pelle.

© Alma de África

Condamnés à vendre des mouchoirs

Car si Alma de África a adopté aujourd'hui un quota de cinq Espagnols pour se défaire de l'étiquette de "ghetto", les joueurs proviennent d'une quinzaine de pays différents. Tous ont traversé des épreuves d'une difficulté sans nom pour rejoindre l'Andalousie. Beaucoup doivent grimper les murs de séparation des enclaves de Ceuta ou Melilla, au Maroc, avant de rejoindre l'Espagne sur les fameuses pateras, ces embarcations sur lesquelles s'entassent les migrants par dizaines. Sans la moindre certitude de pouvoir rejoindre un jour la côte.

Destination d'arrivée, pour ceux qui y parviennent : Jerez de la Frontera, située dans la province de Cadix, où le chômage avoisine les 35 %. Aucune province ne fait pire dans le pays, et ce n'est pas l'équipe d'Alejandro qui améliore ces chiffres : faute de papiers, tous sont condamnés à travailler illégalement, en vendant des mouchoirs ou en lavant des voitures. Résultat : pour oublier la misère et la pauvreté, les ballons tapés lors des trois entraînements par semaine sont la seule lueur de leur quotidien.

© Alma de África

Un passeport suffit

Les règles du football espagnol constituent une chance pour ces hommes en quête d'une vie meilleure : pour obtenir une licence, pas besoin de permis de résidence. Un simple passeport suffit. Une aubaine pour ces migrants, tous amoureux du ballon rond, et qui observent d'un œil admiratif les matches du FC Séville ou du Betis, à presque 100 kilomètres de là. Alejandro poursuit : 

"C’est ainsi qu’on a pu faire une vraie intégration sociale de nos joueurs. Ils ont pu affronter d’autres joueurs, d’autres équipes, qui n’avaient pas le même passé, ni les mêmes difficultés sociales et culturelles. Ils jouent donc d’égal à égal avec leurs adversaires. La chose qui peut-être est la plus belle dans Alma de África, c’est qu’on a fondamentalement réussi à faire un club mais aussi une famille, peu importe leurs origines religieuses ou nationales."

Et dans un pays où l'extrême droite n'existe quasiment pas, tous peuvent rêver d'un avenir plus radieux, en dépit du mauvais début de saison du club, qui lutte actuellement pour le maintien. Pas de quoi inquiéter Alejandro cependant : "C'est rare dans ce monde, mais nous sommes la seule équipe à avoir gagné le match avant de l’avoir joué."

© Alma de África

Mes doigts se baladent sur le clavier comme un ballon dans les pieds de Bouna Sarr.