Kévin Ramirez : "On n'en est qu'au début pour le futsal en France"

En ce moment et jusqu’au 13 février se joue en Serbie l’Euro 2016... de futsal. La France ne s’est pas qualifiée mais c’est l’occasion de parler un peu foot-en-gymnase avec l’international français aux 24 sélections et 7 buts : Kévin Ramirez.

Sacré meilleur joueur du championnat anglais en 2013, 3ème meilleur joueur de République tchèque la saison dernière, le défenseur est revenu aux affaires en France cette saison en s’engageant avec l'actuel leader de la D1, le Kremlin-Bicêtre United. Entretien.

Quel est ton parcours dans le ballon rond ?

J’ai commencé comme tout le monde par le foot à 11. J’ai été au centre de formation du Clermont Foot Auvergne où j’ai joué en CFA2 . À l’âge de 17-18 ans, je suis parti en Espagne où j’ai joué dans différents clubs de D3 et D4. J’y ai découvert le futsal il y a 10 ans maintenant et j’ai tout de suite adhéré. J’ai fait beaucoup de tournois en Espagne l’été parce que là-bas quand la saison à 11 s’arrête tout le monde joue au futsal. Du coup j’ai arrêté le foot à 11 et je me suis engagé avec une équipe de D3 futsal, on est monté tout de suite en D2 et en Espagne, on est professionnels à ce niveau-là. Avant la crise de 2008, il y avait pas mal d’argent, les clubs aidaient aussi avec des emplois à mi-temps, c’est beaucoup plus structuré qu’en France. J’ai joué 4 ans en Espagne, je suis ensuite parti jouer 2 ans et demi à Londres, un mois en Azerbaïdjan pour une pige en Coupe d’Europe. La saison dernière j’étais à Benago en République tchèque et cette saison je suis rentré en France, au KB United.

Kévin Ramirez, à gauche, (photo FFF)

Kévin Ramirez, à gauche (photo FFF)

Qu’est ce qui fait qu’en Espagne tu t’es lancé à fond dans le futsal ?

J’allais stagner à 11. Je ne me voyais pas aller beaucoup plus haut. Je serais resté un joueur de CFA/CFA2. Le futsal j’y ai adhéré tout de suite et je sentais qu’il pouvait se passer quelque chose. En France, je ne connaissais pas parce que ça n’existait pas tout simplement. Là-bas, j’ai eu comme une révélation. C’est devenu ma passion et j’espère développer le sport en France.

C’est comment d’être pro en futsal ?

Comme à 11 en fait. En tout cas à l’étranger. On a des grosses préparations, des mises au vert, des staffs… C’est pas les mêmes salaires mais c’est le même principe. Il faut prendre soin de soi. En France, on s’entraîne quand même tous les jours mais c’est différent.

"C’est devenu ma passion et j’espère développer le sport en France"

Pro en République tchèque où le futsal est professionnel et diffusé à la télé, ça aide pour avoir une bonne table au restaurant quand même ?

On est diffusés sur la première chaîne du pays donc oui ça arrive régulièrement qu’on nous reconnaisse en tout cas. En me baladant dans les centres commerciaux à Prague, on m’arrêtait régulièrement pour un autographe ou une petite photo. Ca fait plaisir mais le foot et le hockey restent au-dessus. En Azerbaïdjan par contre, le futsal est peut-être plus important que le foot. Y a des très gros salaires là-bas, des installations de malade et beaucoup de joueurs étrangers notamment brésiliens.

C’était quoi ta journée type de joueur pro ?

En Angleterre ou en République tchèque, c’était lever 8h. On partait pour l’entraînement pour 10h. Entraînement entre 10h et midi, on mange, on se repose et deuxième entraînement 17h-20h. Avec matches tous les week-ends. Et parfois, en début de saison, trois entraînements par jour.

Tu penses parfois rejouer à 11 ?

Non. J’ai eu des contacts l’été dernier. Un agent voulait me chercher des clubs mais je n’ai pas donné suite. J’ai 28 ans,  je ne me vois plus à 11 et pour moi maintenant c’est 100% futsal.

Pourquoi être revenu en France ?

Déjà pour la famille qui est encore à Clermont. Je suis parti il y a 10 ans donc ça me manquait. C’était un challenge pour moi de venir au KB, le champion de France, jouer la Coupe d’Europe et surtout le but maintenant c’est ramener des titres, championnat et coupe.

Ces deux dernières années, deux clubs français ont intégré le Top 16 européen (Sporting Paris en 2014, KB United en 2015), ce qui n’était jamais arrivé avant, est-ce que le futsal français prend une nouvelle dimension ?

Ça c’est clair qu’il évolue et il évolue pas mal même. Notamment grâce à la venue de coachs étrangers qui font grimper le niveau de jeu du championnat. Maintenant il manque la formation des jeunes, des entraîneurs, des dirigeants… Et surtout structurer les clubs, que la FFF et les clubs bossent ensemble.

En ce moment c’est l’Euro 2016 et la France n’y est pas. Comment ça se fait ?

Malheureusement on est tombés dans un groupe de qualification assez difficile avec deux équipes du Top 10 européen. On a perdu par manque d’expérience face aux Tchèques, on a perdu largement face à la Slovénie… On manque d’expérience encore, on manque de compétitivité, on apprend quoi ! On avance, c’est prometteur pour la suite. Pour l’instant on ne peut pas rivaliser avec les grandes nations du futsal.

D’ailleurs la France ne sera pas non plus à la Coupe du Monde en Colombie en fin d’année. Un coup de Kostadinov à la dernière minute encore ?

Presque ! On a retrouvé les mêmes équipes que pour les qualifs à l’Euro. En qualification, on mène au score face aux Tchèques, on se fait remonter et on prend un but dans les derniers instants ! On tape 3 fois les poteaux… Contre les Slovènes, à 2-2 on tape aussi le poteau à 20 secondes de la fin… Ça se joue à des détails mais là on a vraiment été bons. On a surpris pas mal de monde et aujourd’hui on craint un peu la France mais encore une fois on a manqué d’expérience. Y a du potentiel mais il faut encore travailler.

Ca se passe comment les stages à Clairefontaine pour l’équipe de France de futsal ?

On a vraiment de la chance d’avoir Clairefontaine. On est une des rares équipes en Europe à avoir un centre comme ça.  On voit les A, les U21, les féminines, tout se passe bien entre nous. On ne se voit pas souvent mais les A sont toujours sympas avec nous , on fait des photos ensemble. Y a toujours une photo traditionnelle d’ailleurs où on mélange les deux équipes. Après ils bossent et sont aussi dans leur bulle donc on ne va pas trop les chercher non plus.

Photo Facebook

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C’est quel type d’ambiance ? 

Travail ! Toujours travail. Mais évidemment on s’amuse aussi ! Nous on aime bien jouer aux cartes ensemble, un peu comme l’équipe de France dans les années 80 avec Platini et tout le reste ! Y a des consoles mais on préfère les cartes pour la cohésion de groupe.

Tu te vois où dans 10 ans ?

Toujours dans le futsal. Dans la formation ou comme coach. J’espère en tout cas que la France participera à l’Euro et à la Coupe du Monde.

"Le futsal, c’est un show, c’est un spectacle. Ca va vite, c’est des transitions, c’est de l’intensité…"

Ton pronostic pour cet Euro 2016 ?

Je vois bien la Russie. Ils sont très forts avec leurs Brésiliens.

Des Brésiliens ?

On a tendance à naturaliser facilement dans les pays de l’est ! Y en a beaucoup en Russie, au Kazakhstan aussi, en Azerbaïdjan… Là-bas pour obtenir un passeport c’est un mois, en France c’est 5 ans. En France, je ne crois pas que la fédé aille dans ce sens-là. Et tant mieux.

Et ton prono pour la Coupe du Monde ?

Le Brésil. Toujours le Brésil. Après il faudra faire attention à l’Italie, la Russie, le Portugal, l’Espagne…

Dernière question pour que l’on soit bien clair : le futsal c’est un sport pour les gens qui aiment le foot mais qui ont peur d’avoir froid l’hiver et qui aiment pas trop courir ?

C’est bien plus que ça ! C’est un show, c’est un spectacle. Ca va vite, c’est des transitions, c’est de l’intensité… C’est un magnifique sport qu’il faut développer en France et que les gens aiment de plus en plus ici ! C’est le sport UNSS qui a le plus de licenciés ces dernières années. Donc tout ne fait que commencer finalement.

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