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Football v Homophobia : quand le sport s'attaque aux discriminations

Durant le mois de février, un hashtag a fait son apparition sur Twitter : #FvH2017. Il correspond à l'action menée par l'association Football v homophobia qui lutte contre les discriminations basées sur l'orientation sexuelle ou le genre à tous les niveaux du football.

Justin Fashanu est le premier footballeur noir à avoir fait son coming-out en 1990. Il se suicidera en 1998 après de nombreuses discriminations et d'attaques homophobes. En 2010 est alors lancée la "Justin Campaign", suivie de "Football v Homophobia" en 2012 : d'une journée de commémoration, un mois entier de prévention est né.

Rares sont aujourd'hui les footballeurs prêts à prendre publiquement la parole pour parler d'homosexualité. Adam McCabe est l'un des seuls à avoir accepté de parler au site SkySports et de raconter son histoire en tant que footballeur gay cette année :

"Si j'avais eu quelqu'un à qui parler, je pense honnêtement que je serais toujours en train de jouer à un haut niveau."

En Espagne, un jeune arbitre, Jesus Tomillero, a été harcelé après avoir fait son coming-out l'année dernière. Il évoluait alors sur les terrains de 3e division. Décidé à laisser le football derrière lui, fatigué par les insultes, il est finalement revenu grâce aux nombreux soutiens qu'il a reçus. Aujourd'hui, son but est de devenir le premier arbitre gay de Liga.

Scott est bénévole pour l'association Football v Homophobia, qu'il a rejoint il y a quatre ans :

"Le principe est que n'importe quel club de foot, amateur ou professionnel, peut participer. Nous fournissons un cadre dans lequel ceux qui veulent organiser un événement peuvent le faire."

Les formes de mobilisation vont alors d'un tee-shirt porté par l'équipe avant le match aux bannières tendues dans les tribunes, en passant par des ateliers de prévention dans les clubs :

"Voir des footballeurs avec un tee-shirt dénonçant l'homophobie, c'était inimaginable il y a 20 ans ! Lorsqu'Harry Kane le porte, ça n'a pas un impact seulement en Angleterre, mais aussi au-delà grâce aux réseaux. La culture change, les attitudes aussi. Les drapeaux arc-en-ciel sont de plus en plus visibles dans les tribunes. On ressent plus d'acceptation sur le terrain aussi, même si les joueurs ne ressentent pas encore la possibilité de faire leur coming-out."

Des clubs amateurs aux clubs professionnels, toute visibilité est pourtant bonne à prendre assure Scott, toujours étonné et surpris par le nombre de projets qui s'ajoutent chaque année à la campagne. D'autant que l'association ne finance rien, subsistant elle-même seulement grâce aux dons depuis cinq ans.

Parmi les attaques homophobes régulièrement subies par les personnes LGBTQ dans les stades, les insultes prononcées – souvent présentées comme "faisant partie du folklore" – rendent l'atmosphère pesante et loin d'être accueillante. "Même si ce n'est pas toujours volontaire, ça n'aide pas. Au Royaume-Uni et en Europe de l'ouest, la violence n'est pas le problème principal, mais plutôt la culture qui exclut les personnes LGBTQ", déplore Scott.

LONDON, UNITED KINGDOM - NOVEMBER 26: Wembley Arch Lights Up in Support of Rainbow Laces Campaign at Wembley Stadium on November 26, 2016 in London, England. (Photo by Nicky J. Sims/Getty Images for The FA)

Le stade de Wembley, à Londres, aux couleurs de la campagnes Rainbow Laces le 26 novembre 2016 (©️ Photo by Nicky J. Sims/Getty Images for The FA)

Cette année encore, l'initiative venue d'Angleterre s'est exportée jusque sur les terrains français, notamment celui du F.C. Paris Arc En Ciel, qui fête ses 20 ans d'existence. Marie-Lyse a passé la porte du club il y a seize ans et ne l'a plus quitté depuis : "À ma connaissance, on est le seul club parisien LGBT à avoir des équipes jouant pour les matches de la Fédération Française de Football."

Jerry est lui arrivé par le plus grand des hasards, en passant devant le stade il y a trois ans. Il en est maintenant le vice-président :

"Je ne savais pas ce que voulait dire LGBT à l'époque, j'ai regardé sur le web et je me suis dit : on s'en fout, c'est du foot. J'y ai appris la tolérance et à jouer en équipe mixte."

L'éducation se fait par le foot, en organisant par exemple des tournois, comme le 18 février dernier dans le cadre de la campagne Football v Homophobia au Five Paris. "En France, il y a encore trop peu de choses faites ouvertement. C'est pour ça qu'on se retrouve avec des actions menées par les Anglais qu'on rapporte en France" ajoute Mélanie, la présidente.

Selon elle, il n'y a pas cinquante solutions pour changer les mentalités : cela doit partir du football amateur :

"Aujourd'hui, il n'existe pas encore de module spécifique contre l'homophobie pour les futurs formateurs. Les tribunes ne sont pas non plus des espaces sécurisants. En même temps, il faut aussi creuser au niveau professionnel, pour que ça aille plus vite."

"Il y a vingt ans, les menaces et les insultes étaient beaucoup plus nombreuses", se souvient Marie-Lyse. Heureusement, les incidents se font de plus en plus rares, mais il faut poursuivre le dialogue et rester vigilants. Il faut surtout que la France prenne conscience du problème, comme elle a pris conscience du racisme. "Sale nègre", on sait que c'est non, "sale pédé", ne doit pas l'être non plus. Et tant que ce ne sera pas intégré, Football v Homophobia aura raison d'exister.