En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

La beauté du foot de rue en Arabie Saoudite, immortalisée par le photographe Omar Reda

Dans sa série "The Bridge Under", le photographe libanais Omar Reda capture des scènes fascinantes d'une jeunesse saoudienne accro au ballon rond.

Plus qu'un sport et phénomène mondial, le street soccer pullule aux quatre coins du globe. De Rio à Jakarta, des kids de tous bords se rencardent souvent sur des terrains de fortune ou dans des "citystades" avec pour passion commune le foot, et comme force salvatrice l'amitié.

De passage en Arabie Saoudite, le photographe aventurier Omar Reda a sauté sur l'occasion afin de commenter l'impact social du sport le plus populaire au monde dans un pays aux libertés limitées.

(Omar Reda)

"The Bridge Under" (Omar Reda)

Direction Riyad la capitale et plus précisément Hanifa Valley, là même où ce consultant de création déambule parfois les week-ends. Un après-midi presque comme les autres, son regard s'est alors inévitablement rivé sur un pont sous lequel un groupe de garçons du coin, vêtus de maillots floqués Ronaldo ou Messi, se dribblaient et se mystifiaient avec aisance dans la poussière.

Dès lors, une idée corrosive germe dans l'esprit de ce fan inconditionnel de la Juventus Turin et d'Alessandro Del Piero : conter avec son appareil photo leurs histoires et leur amour maladif du football malgré des conditions climatiques peu propices :

Ce terrain est localisé directement sous un pont opérant la jonction entre les deux côtes de la vallée. C'est le lieu le plus stratégique pour taper dans le ballon, à l'abri du soleil et à proximité des palmiers afin de contrer la chaleur suffocante. En été, il fait si chaud à Riyad avec des températures atteignant 50 °C et au contraire si froid en hiver (0°C). Pourtant, cette bande de joyeux footeux des rues s'en accoutume sans problème et joue pieds nus dans cet espace caillouteux.

Le foot, ils l'ont dans le sang

À l'instar d'un Neymar fervent adepte de street soccer, ces adolescents saoudiens rêvent à chaque toucher de balle d'intégrer un club, de percer et d'ainsi suivre les pas de leurs idoles européennes ou sud-américaines. Car ce qui constitue la beauté du football à travers le monde, au delà de la solidarité, du respect et des valeurs de courage qu'il suscite, c'est l'espoir qu'il fait vivre notamment au sein des communautés défavorisées.

(Omar Reda)

"The Bridge Under" (Omar Reda)

Les dés n'y sont pas pipés d'avance et chacun a sa chance, peu importe sa couleur de peau ou son niveau social. Toutefois, là où de nombreuses familles au Brésil ou en Afrique placent toutes leurs espérances dans la faculté de leurs enfants à s'extraire de la pauvreté grâce au football, en Arabie Saoudite, la vision parentale diffère :

Ce sport est le plus pratiqué et aussi le plus populaire chez les jeunes. Il est joué partout et la plupart des blocs d'immeubles est dotée de terrains sableux et de buts. D'autres plus appropriés et modernes sont loués à l'heure à Riyad. Malheureusement, les parents ne prennent pas la carrière de footballeur professionnel au sérieux, ils préfèrent voir leurs progénitures se concentrer à 100% sur leurs études et s'adonner au foot comme un passe-temps.

Malgré tout, cela n'enlève rien au fait que certains ont le foot dans le sang et que leur talent ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. Aujourd'hui, le Barça et le Real ont l'un et l'autre implanté une académie du foot à Riyad.

"L'Arabie Saoudite, l'une des meilleures nations du football en Asie"

Sport numéro un dans le pays, le football affecte même les marques locales qui adoptent parfois Manchester United, le Real Madrid et le FC Barcelone comme représentants officiels dans leurs publicités. Et "vice versa". Des logos de multinationales saoudiennes viennent aujourd'hui squatter les panneaux de pub sur les bords de la pelouse du Camp Nou et de Bernabeu :

Les ligues européennes sont essentielles ici, spécifiquement la Liga. Barcelone et le Real Madrid font frétiller les fans. La Premier League vient en second. Quant aux idoles, personne ne peut égaler Messi et Ronaldo. Néanmoins, l'Arabie saoudite se place comme l'une des meilleures nations du foot en Asie. Ils ont gagné trois fois la coupe d'Asie des nations. Quant à la ligue pro, elle compte cinq équipes principales. Et chaque génération les supporte avec ferveur en fonction de la ville d'origine de chacun.

(Omar Reda)

"The Bridge Under" (Omar Reda)

Omar Reda cherche surtout à illustrer, dans "The Bridge Under", la simplicité des relations sur un terrain et l'allégresse extrême qui anime ces jeunes joueurs en dépit d'un quotidien aride et plus morose. Pour symboliser cela, ce créatif a jeté son dévolu sur le ton sépia, plus vintage :

J'ai fait le choix de cet effet car il correspond à la convivialité régnante entre ces garçons et l'ambiance de la région. Le sol est dur et les poteaux sont rouillés. Certains joueurs jouent pieds nus et d'autres portent des tenues en lambeaux. Plus je les côtoyais, plus ils me rappelaient les acteurs du film Attack the Block. Ils ont la même attitude, ce sont des teenagers qui gouvernent le quartier et qui profitent de leur temps à jouer en dépit des embûches.

(Omar Reda)

"The Bridge Under" (Omar Reda)

Globe-trotter invétéré, Omar Reda n'a plus véritablement aujourd'hui le temps de suivre le football. En revanche, les pays qu'il traverse ainsi que ses nombreux voyages le renvoient souvent à la culture du ballon rond :

Je suis de Tripoli au Liban. Le football de rue est une activité incontournable voire presque quotidienne pour les écoliers ou les plus vieux, et ce malgré une grande diversité de sports. Mais ce qui se rapproche davantage du street soccer saoudien se trouve sans conteste au Ghana et en Tanzanie. Là-bas, les terrains sont basiques et les footballeurs en herbe s'affrontent sans chaussure, sur du sable ou des graviers, toujours épris d'une joie de vivre débordante.

Comme dirait Aimé Jacquet : "Le football est le reflet de notre société. Regardez bien l'expression d'un joueur sur le terrain, c'est sa photographie dans la vie. " Omar Reda l'a admirablement compris.